25 septembre 2012

Retour sur le mariage du grand-duc héritier Henri et de Maria Teresa

Les deux jeunes gens se sont connus grâce à leurs études, sur les bancs de l'université de Genève. Tous deux ont obtenu leur licence en sciences politiques en 1980. Après une relation bien préservée qui durait déjà depuis quatre ans, ils ont décidé d'officialiser la nouvelle. La famille du grand-duc héritier connaissait cette jeune roturière puisqu'elle avait déjà été conviée dans leur chalet en Suisse, dans leur villa du sud de la France ou encore, en octobre 1980, au château de Fischbach pour une chasse notamment en présence du roi Constantin de Grèce. Les fiançailles se déroulèrent donc le 10 novembre 1980 au château de Colmar-Berg.



Le Ministre d'Etat Pierre Werner déclarait alors : « Nous nous associons à la joie de la Famille grand-ducale et formulons les vœux les plus ardents pour le bonheur des jeunes fiancés ». La grande-duchesse Charlotte, grand-mère de l'héritier au trône, fit parvenir un communiqué depuis l'Espagne où elle se trouvait : « En pensées avec vous, je vous adresse à tous les deux mes vœux les plus affectueux à l’occasion de vos fiançailles. Je me réjouis de vous embrasser dès mon retour ». Cependant, la presse évoqua une désapprobation de la grande-duchesse Charlotte concernant le mariage de son petit-fils avec une roturière. L'histoire voulait que Joséphine-Charlotte, seule contre sa belle-mère mais aussi son époux et des membres du clan Bourbon-Parme, aurait réussi à faire accepter l'union. La grande-duchesse Maria Teresa a elle-même réfuté ces informations en 2014.



La cérémonie fut fixée au 14 février, jour de la Saint-Valentin. Quoi de plus romantique ? Sur le choix de cette date, Maria Teresa a indiqué dans une interview à Point de Vue en 2001 : « C'est un concours de circonstances. Mes beaux-parents nous avaient demandé de choisir un week-end, avant ou après la visite d'Etat de la reine des Pays-Bas qui devait avoir lieu en mars. Évidemment, nous avons choisi un week-end avant et c'est tombé le 14 février. Mais nous n'avons pas pensé une seconde à la signification de cette date. Ce n'est que le lendemain de l'annonce officielle, en lisant les journaux, que nous avons réalisé. Nous étions devenus les mariés de la Saint-Valentin. Je trouvais que c'était très joli. Et ce symbole, né malgré nous, reste très significatif de notre couple. Il n'y a pas de hasard ». Avant la date du mariage, on aperçu les membres féminins de la famille grand-ducale à Paris pour des achats et des essayages. Alors que Joséphine-Charlotte fit confiance à Chanel, Maria Teresa et sa future belle-soeur Margaretha se rendirent chez Pierre Balmain. Marie-Astrid, elle, préféra faire ses emplettes à Bruxelles. 




La veille du mariage, un dîner de gala s'est déroulé en soirée pour cent dix invités dans la salle de séance du Parlement. La table disposée en "U" rassemblait les invités les plus prestigieux comme les princes étrangers. Au même moment, quatre cents autres invités profitèrent d'un dîner dans un grand hôtel de la capitale. Le grand-duc Jean respecta la tradition en prononçant un discours :  
« Mon cher Henri, ce n'est pas sans émotion que nous avons suivi, ta mère et moi, l'éclosion d'une affection, puis l'épanouissement d'un amour, qui aboutiront demain à ton mariage avec Maria Teresa. Avant de vous engager, vous avez pris le temps de bien vous connaître. Et cela paraissait d'autant plus nécessaire que tu auras un jour à assumer ta mission à la tête du Grand-Duché. Je ne vous ai caché ni les devoirs, ni la responsabilité que tu devras porter, et que ta femme partagera. 
« Bien chère Maria Teresa, tu sais que nous nous réjouissons du choix de notre fils et de la décision que vous avez prise, en accord avec vos parents, de vous unir pour la vie. C'est avec toute notre affection que nous t'accueillons au sein de notre famille. Les vœux les plus fervents de vos parents vous accompagneront tous deux. A bien des égards, votre vie se confondra avec l'avenir de ce pays qui nous est cher. Maria Teresa nous a dit, combien elle était heureuse de trouver chez nous une nouvelle patrie. Je suis également certain que nos compatriotes recevront très chaleureusement notre jeune mariée. Je voudrais maintenant vous convier tous ici présents à lever votre verre au bonheur et à la prospérité de nos fiancés ».
Le dîner put alors être servi. Le menu se composait d'un velouté de langouste Joinville, de boudin de foie d'oie, d'une suprême de pigeonneau Saint-Clair et d'un vacherin aux fraises, le tout arrosé de vins de Moselle puis d'un champagne français. Le dîner a été suivi d'une réception au Palais grand-ducal. A cette occasion, on vit la reine Margrethe II de Danemark prendre du plaisir à danser, et même la reine Marie-José d'Italie, grande tante du marié, se mit au charleston. On pouvait également souligner l'élégance habituelle de la princesse Paola de Belgique, habillée par l'un de ses couturiers fétiches, Jean-Louis Scherrer, dans une toilette au corsage de satin et à la jupe de velours vert. 
  



Le lendemain, à dix heures, la cérémonie civile débuta dans la Salle des Fêtes du Palais. C'est le bourgmestre de Luxembourg, Camille Polfer, aidé des échevins et du secrétaire général de la ville, qui a uni les époux. Le prince Philippe de Belgique était le témoin du marié, tandis que Catalina Mestre officiait comme témoin pour sa sœur. La cérémonie ne rassemblait que la famille proche et les officiels les plus importants. La grande-duchesse Charlotte avait déjà quant à elle pris place dans la cathédrale Notre-Dame, aux côtés de la reine Marie-José d'Italie et de la grand-mère de Maria Teresa (photo ci-contre). L'ancienne souveraine n'a d'ailleurs pas assisté non plus au dîner de gala la veille, pas plus qu'elle ne se montrera lors de l'apparition au balcon le lendemain. Certains y verront les signes de sa désapprobation - démentie récemment - tandis que d'autres évoqueront son état de santé qu'elle devait ménager.

Le cortège se rendit ensuite vers la cathédrale pour la cérémonie religieuse. Pour cette occasion, plusieurs voitures avaient été louées à une firme française. Le grand-duc héritier Henri avait enfilé son uniforme de capitaine de l'armée luxembourgeoise et s'était paré du Grand-Cordon de l'Ordre du Lion d'Or de la Maison de Nassau. La mariée, elle, portait une robe en soie blanche, bordée de vison, qui avait demandé pas moins de quatre cents heures de travail aux ateliers du couturier Balmain. La traîne, portée par sa sœur Catalina qui officiait également comme demoiselle d'honneur, était bordée d'hermine à l'instar de l'encolure, de l'ourlet et des manches. Le voile, en dentelle de Bruxelles, était le même que celui porté par Joséphine-Charlotte lors de son mariage en 1953. Le tout était rehaussé par un diadème composé de trois rangs de diamants appartenant à sa belle-mère et qui peut être porté en collier. Quant à la coiffure de Maria Teresa, elle était l'oeuvre de M. Chou, disciple du célèbre Alexandre.



Le cortège des altesses était composé par le roi Baudouin et la reine Fabiola, par le prince Albert et la princesse Paola (habillée cette fois-ci par Louis Mies), par le prince Philippe, la princesse Astrid et le prince Laurent. La famille famille royale belge est présente en nombre, il ne manque que le roi Léopold III, grand-père paternel du marié, qui vit retiré à Argenteuil et avec qui les relations se sont distendues. Suivaient le roi Olav V de Norvège, la reine Margrethe II et le prince Henrik de Danemark, le duc d’Édimbourg, le prince Rainier III et la princesse Grace de Monaco, la princesse Margriet des Pays-Bas et son époux Pieter Van Vollenhoven, le prince héréditaire Hans-Adam et la princesse héréditaire Marie-Aglaë de Liechtenstein, l'infante Margarita d'Espagne et son époux Carlos Zurita, la princesse Christina de Suède et son époux Tord Magnusson, le comte et la comtesse Flemming de Rosenborg, l'archiduc et l’archiduchesse Otto, l'archiduc et l'archiduchesse Rodolphe, l'archiduc et l'archiduchesse Charles-Louis, l'archiduchesse Robert, le prince et la princesse Ludwig de Bavière, le prince Franz de Bavière, la princesse Isabelle de Bourbon-Parme ainsi que le prince et la princesse Edouard de Lobkowicz. Les Orléans brillaient par leur absence, même si la princesse Marie d'Orléans était présente la veille au bal. Le prince et la princesse Napoléon, eux, n'ont pas annulé leurs vacances aux Bahamas. Au sein du corps diplomatique, les ambassadeurs de France, d'Allemagne et de Suisse avaient également pris place dans l'édifice religieux.






Le chœur était décoré de bouquets d'asters blancs et d’œillets roses. La cérémonie fut concélébrée par Mgr Jean Hengen, évêque de Luxembourg, Mgr Eugène Cardinale, Nonce apostolique, aidés par le vicaire général et l'aumônier de la Cour. Avant l'homélie de Mgr Hengen, l'assistance a pu notamment profiter de l'Exultate Deo de Scarlatti puis de Kyrie, la messe en sol de Schubert. La cérémonie poursuivit ensuite son cours : le consentement mutuel, la bénédiction des alliances, la communion, le message du pape transmis par Mgr Cardinale suivi d'Andante de César Franck. Le retentissement de l'hymne national annonça la fin de la cérémonie religieuse. La sortie se fit alors au son du final de la sixième symphonie de Widor. Il était alors midi, et les cloches de toutes les églises du grand-duché retentissaient. Le couple sortit de la cathédrale sous un dais de sabres formé par douze officiers sur le parvis de l'édifice. Le cortège se rendit alors au Palais grand-ducal, pendant que cent-et-un coups de canon se faisaient entendre.




Comme il est de tradition, le couple est apparu au balcon du Palais, bientôt rejoint par la famille grand-ducale et les témoins des mariés, le prince Philippe de Belgique et Catalina Mestre. Dans les jours qui suivirent, la presse en profita d'ailleurs pour disserter sur une prétendue idylle entre ces deux jeunes gens. L'Harmonie municipale de la ville offrit alors une aubade, accompagnée de la Fanfare Prince Henri de Bonnevoie. Dans l'interview donnée en 2001 à Point de Vue, Maria Teresa déclarait ceci : « J'étais absolument sur un nuage. Sur le balcon, quand on nous a demandé d'échanger un baiser, nous nous sommes timidement embrassés sur la joue. Après, j'ai envoyé un baiser à la foule des gens massés en bas. Pour moi, c'était naturel, je ne pouvais leur parler et c'était une façon de leur dire : "Je vous aime", de les remercier de leur accueil et la foule m'a répondu avec une ferveur merveilleuse. C'était cela le plus touchant de cette journée, l'accueil des Luxembourgeois, ce que nous avons échangé. »



© Collection personnelle Valentin Dupont




Un buffet-déjeuner attendait ensuite sept cents invités dispatchés une fois de plus, cette fois-ci entre le Palais et le Parlement. Le programme de l'après-midi comprenait pour la famille et les représentants des monarchies régnantes une séance devant l'objectif d'un photographe pour les habituels clichés de groupe. A dix-sept heures, le jeune couple se rendit au Nouveau Théâtre pour une cérémonie organisée par le gouvernement et rassemblant des associations du pays. La journée s'est clôturée par un feu d'artifice, tiré depuis la citadelle. Mais Henri et Maria Teresa n'ont pas assisté à l'embrasement du ciel luxembourgeois. En effet, les tourtereaux avaient déjà emprunté un avion spécial pour Paris. De là, ils ont pris le Concorde en direction de New-York. Leur voyage de noces s'est déroulé sous le soleil des Bahamas. Ils devaient être de retour pour la visite d'Etat de la reine Beatrix des Pays-Bas au grand-duché du 11 au 13 mars.

© Collection personnelle Valentin Dupont

La famille des mariés
© Collection personnelle Valentin Dupont
Assis  (de g. à d.) : Maria Teresa Batista y Falla, le grand-duc Jean, Maria Teresa et Henri, la grande-duchesse Joséphine-Charlotte et José Antonio Mestre y Alvarez
 Au premier rang (de g. à d.) : le prince Philippe de Belgique, le prince Guillaume, la princesse Margaretha, le prince Jean, la princesse Marie-Astrid, la grande-duchesse Charlotte, María Narcisa Alvarez y Tablo, José Antonio Mestre y Batista, Luis Mestre y Batista et Catalina Mestre y Batista
Au second rang (de g. à d.) : la princesse Alix de Luxembourg et son époux le prince Antoine de Ligne, la princesse Paola et le prince Albert de Belgique, la reine Fabiola et le roi Baudouin, la princesse Elisabeth de Luxembourg, la princesse Marie-Adélaïde de Luxembourg et son époux le comte Carl-Josef Henckel von Donnersmarck, la princesse Marie-Gabrielle de Luxembourg et son époux le comte Knud Holstein til Ledreborg
Au troisième rang (de g. à d.) : Laureano Batista y Falla et son épouse Adela de la Campa y de la Torre, Augustin Batista y Falla et son épouse Celí Cifuentes y Bernal et Vitor Batista y Falla


Avec les représentants des familles régnantes
© Cour Grand-Ducale/Archives
Assis (de g. à d.) : Maria Teresa Batista y Falla, le grand-duc Jean, Maria Teresa et Henri, la grande-duchesse Joséphine-Charlotte, José Antonio Mestre y Alvarez
Au premier rang (de g. à d.) : la princesse Grace et le prince Rainier III de Monaco, la reine Fabiola et le roi Baudouin de Belgique, la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg, María Narcisa Alvarez y Tablo, le roi Olav V de Norvège, la reine Margrethe II et le prince Henrik de Danemark, le duc d'Edimbourg
Au second rang (de g. à d.) : Carlos Zurita et son épouse l'infante Margarita d'Espagne, Pieter Van Vollenhoven et son époux la princesse Margriet des Pays-Bas, le prince héréditaire Hans-Adam et la princesse héréditaire Marie-Aglaë de Liechtenstein, la princesse Christine de Suède et son époux Tord Magnusson

6 commentaires:

  1. Très joli article, merci beaucoup de nous avoir fait revivre cette belle journée! Amicalement. Elodie

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  2. Très bon travail de recherche et rendez-vous le 20 octobre... A part la famille royale belge, a-t-on le nom d'autres invités étrangers?

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    1. La Cour avait indiqué que lorsque la liste des invités serait bouclée, elle sera rendue publique (du moins au niveau des familles royales). Pour un tel mariage, je crois que la liste a déjà été bouclée depuis un petit temps, mais sa divulgation se fait toujours attendre... On peut au minimum espérer la plupart des princes héritiers, et l'un ou l'autre souverain comme la reine Beatrix des Pays-Bas ou la reine Sofia d'Espagne. "Dana press" a annoncé récemment que toute la famille royale norvégienne fera le déplacement. "The Japan Times" annonce la présence du prince héritier Naruhito du Japin (sans son épouse) au Luxembourg du 18 au 21 octobre. La presse luxembourgeoise avait un temps annoncé le présence des ducs de Cambridge, mais ce n'était qu'une rumeur et Buckingham y enverra certainement les habituels comtes de Wessex.

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  3. Que de souvenirs, ce fut une si belle journée, la mariée était ravissante.

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  4. Valentin,j'ai eu beaucoup de plaisir à lire cet article bien romantique!Je vous en remercie sincerement!

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  5. Je suis comme les enfants,les mariages me font rêver.Je me souviens que, seule,
    Joséphine-Charlotte soutenait ce projet de mariage;cela est d'autant plus
    étrange que, par la suite, il y a eu des heurts entre elle et sa belle-fille
    qui alla jusqu'à convoquer la presse pour des mises au point.
    Stéphanie portera-t-elle le même diadème que sa belle-mère et ses belles-soeurs
    Réponse dans quelques semaines.

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