6 novembre 2012

La grande-duchesse Marie-Anne

La grande-duchesse Marie-Année, née princesse de Bragance et infante de Portugal, voit le jour le 13 juillet 1861 au château de Bronnbach à Wertheim am Main. Voici l'ensemble de ses prénoms de baptêmes : Maria Anna do Carmo Henrique Teresa Adelaide Joana Carolina Ines Sofia Eulalia Leopoldina Isabel Bernardina Micaela Gabriela Rafaela Francisca de Asis e de Paula Inacia Gonzaga. Elle est la cinquième fille de l'ex-roi Michel Ier de Portugal et des Algarves (1802-1866) et de la princesse Adélaïde de Löwenstein-Wertheim-Rosenberg (1831-1909).
 
 
Son père a régné sur le Portugal de 1828 à 1834 dans des circonstances troubles. Dès 1820, avec sa mère la reine Charlotte Joachim, il s’oppose à son père le roi Jean IV qui a accepté une constitution libérale. Le souverain sera contraint de déchoir son fils cadet de ses droits au trône et son épouse de ses droits à la régence. Malade, en 1826, le roi fait régente sa fille, l’infante Isabelle-Marie. Il décède quatre jours après cette décision. C’est donc à son fils aîné, Pierre, à qui revient le trône. Ce dernier a proclamé plusieurs années auparavant l’indépendance du Brésil et s’est fait empereur sous le nom de Pierre Ier. Devenant donc également le roi Pierre IV du Portugal, il préfère cependant abdiquer au profit de sa fille Maria da Gloria et se consacrer au Brésil. La reine Marie II n’est alors qu’une enfant et il conserve la régence dans les mains de sa sœur Isabelle-Marie. Dans un esprit de réconciliation, Marie II épouse son oncle, l’infant Michel (l’union sera plus tard annulée) qui est proclamé roi consort Michel Ier. En 1828, son époux en profite pour s’emparer du pouvoir. Jusqu’en 1834, date à laquelle son frère Pierre Ier récupère le trône au nom de sa fille. Cet événement conduira à une guerre civile opposant les libéraux et les absolutistes.
 
Ses parents l'ex-roi Michel Ier de Portugal et la princesse Adélaïde de Löwenstein-Wertheim-Rosenberg avec leurs deux aînés, la princesse Marie des Neiges et le prince Michel.
 
Le Cortès portugais a banni Michel et son éventuelle descendance du territoire portugais. Il s’établit tout d’abord dans un appartement à Rome appartenant au pape Grégoire XVI. L’exil se poursuit en Angleterre et ensuite au grand-duché de Bade. C’est là qu’il se marie en 1851 avec la princesse Adélaïde de Löwenstein-Wertheim-Rosenberg. Ils s’établissent au château de Bronnbach où naîtront Marie-des-Neiges (1852-1941), Michel (1853-1927), Marie-Thérèse (1855-1844), Marie-Josée (1857-1943), Aldegonde (1858-1946), Marie-Anne et Antoinette (1862-1959).
 
 
Marie-Anne reçoit une éducation stricte et pieuse. Son père décède cinq ans après sa naissance. Elle a fréquenté des pensionnats catholiques privés à Metz puis à Mayence. L’aspect religieux de son éducation donnera toujours un sens à sa vie. Un projet de mariage avec le prince royal des Pays-Bas n’a pas abouti en 1883. Mais dès 1884, le prince Guillaume de Nassau s’éprend d’elle et désire l’épouser. Il est le fils aîné du duc Adolphe de Nassau (1817-1905) et de la princesse Marie-Adélaïde d'Anhalt-Dessau (1833-1916). Cependant les Nassau sont luthériens et il s’agit d’une princesse catholique. Le père du prince refuse donc de donner son autorisation. La situation change quand ce dernier devient en 1890 grand-duc du Luxembourg et qu’il règne sur une population essentiellement d’obédience catholique. Le grand-duc Adolphe donne alors son autorisation au mariage, mais le contrat de mariage précise tout de même que les garçons issus de l’union devront être élevés dans la foi protestante et les filles dans le catholicisme.
 
 
Le mariage a lieu le 21 juin 1893 au château de Fischhorn en Autriche. La cérémonie, somptueuse, est présidée par l'archevêque de Salzbourg et un pasteur luthérien de Vienne. La mariée porte un manteau de chœur fait d’un précieux damas à motifs de palmes, brodé de fils d’or, orné de couronnes de lys et de roses agrémentés des armoiries des Nassau, des Bragance et du Luxembourg. Elle a fait don de sa robe en 1896 au trésor de la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg. Le couple fait sa Joyeuse Entrée dans Luxembourg-Ville le 22 juillet 1893 et s'installe ensuite au château de Colmar-Berg. C'est là qu'y est né le premier enfant du couple, Marie-Adélaïde, le 14 juin 1894. Cinq autres filles suivront : les princesses Charlotte (1896), Hilda (1897), Antonia (1899), Elisabeth (1901) et Sophie (1902). Puisque le couple ne donnera pas naissance à un garçon et que la loi de succession sera modifiée pour que les femmes puissent régner, c'est de cette manière qu'aujourd'hui la famille grand-ducale est catholique.
 
 
 
 
 
 
Outre le château de Berg, la famille passe beaucoup de temps au château de Hohenburg ainsi qu'à Königstein. La grande-duchesse héritière Marie-Anne a vite conquis le cœur des Luxembourgeois qui la surnomment « Notre Mère ». Son époux devient le grand-duc Guillaume IV suite au décès de son père en 1905. Son règne sera marqué par la maladie. Dès 1906, il est frappé par une attaque vasculaire cérébrale. Son état ne s’améliore pas et la grande-duchesse Marie-Anne assume à sa demande une lieutenance à partir du 19 mars 1908. Cette fonction sera commuée en une régence le 13 novembre de la même année, après que les médecins aient constaté que Guillaume IV était désormais incapable de réactions physiques et intellectuelles. Durant toutes ses années, elle est une infirmière dévouée auprès de son mari. Elle s’occupe également avec rigueur de l’éducation de ses six filles, en étant très exigeante vis-à-vis d’elles comme le fut sa propre mère auparavant à son égard.
 
 
 
 
Le 25 février 1912, le grand-duc Guillaume IV est délivré de ses souffrances. Son aînée, la princesse Marie-Adélaïde lui succède, mais comme elle n’est pas majeure sa mère continue d’exercer la régence pour quelques mois. Marie-Anne en finit avec ses fonctions politiques le 18 juin 1912. Durant la Première Guerre Mondiale, la grande-duchesse douairière se rend au chevet des personnes malades ou nécessiteuses. En 1919, sa fille aînée sera contrainte d’abdiquer suite à son attitude durant le conflit et c’est sa sœur Charlotte qui lui succède.
 
 
 
A l’instar de sa grand-mère maternelle qui est devenue à la fin de sa vie une sœur bénédictine au couvent de Sainte-Cécile dans le nord de la France, l’ex-grande-duchesse Marie-Adélaïde devient, elle, carmélite. Anne-Marie accompagne sa fille dans son exil qui la conduit à Modène puis à Rome, et s'installe ensuite au château de Hohenburg à Lenggries. Finalement, sa fille aînée, malade, la rejoint quelques années plus tard. Après plusieurs mois où elle s’est occupée avec dévotion comme elle le fit avec son époux, Marie-Adélaïde décède le 24 janvier 1924.
 
 
 
Juillet 1926, à l'occasion des 65 ans de la grande-duchesse douairière
 
Ses enfants et ses petits-enfants viennent à l’occasion lui rendre visite, quand ce n'est pas elle qui fait le voyage. En 1940, alors qu’elle effectue une visite au Luxembourg, elle est surprise par la guerre. Elle n’a d’autre choix que de fuir avec sa fille Charlotte, son beau-fils Félix et ses petits-enfants. Ils trouvent tout d’abord refuge en France, au Portugal puis gagnent les Etats-Unis pour enfin s’installer au Canada. La grande-duchesse Marie-Anne a vécu deux ans à Montréal puis décède le 31 juillet 1942 à l’âge de 81 ans au Doctors Hospital de New-York après cinq semaines d’hospitalisation des suites d’une opération à l’abdomen. Elle avait reçu auparavant la visite de sa sœur Marie-Antoinette, duchesse de Parme (mère de son beau-fils le prince Félix), accompagnée de sa fille l’impératrice Zita d’Autriche-Hongrie. Elle est morte en présence de sa fille la grande-duchesse Charlotte, de son beau-fils Félix et de son autre fille la princesse Hilda. Son cercueil a été rapatrié en 1947, en même temps que celui de la grande-duchesse Marie-Adélaïde, et repose depuis dans la crypte de la cathédrale Notre-Dame.
 
 

3 commentaires:

  1. Merci Valentin de ce très beau portrait de la grand-mère du Grand-duc Jean de Luxembourg.

    Je suppose que ce dernier figure sur la photographie prise en juillet 1926, mais je ne parviens pas à le distinguer avec certitude ...

    RépondreSupprimer
  2. Très intéressant article sur la grande-duchesse Marie-Anne. Afin d'être tout à fait objectif, après l'avénement au trône de la grande-duchesse Charlotte, il y a eu des pressions politiques pour que les grandes-duchesses Marie-Adélaïde et Marie-Anne prennent leurs distances avec la nouvelle grande-duchesse et ne résident plus en permanence au grand-duché (un peu comme ce fut le cas pour Léopold III en 1959 à l'égard du jeune roi Baudouin). A cette époque, on a reproché à la grande-duchesse Marie-Anne d'avoir consacré plus d'attention à l'éducation religieuse qu'à l'éducation politique de la grande-duchesse Marie-Adélaïde dont on a reproché l'attitude au cours de la première guerre mondiale, mais aussi son manque de neutralité dans tout ce qui touchait l'Eglise et l'enseignement catholique. Autre reproche à l'égard des deux grandes-duchesses : leur entourage était presque exclusivement allemand. Il a d'ailleurs été congédié par la nouvelle grande-duchesse Charlotte.

    Bref, pour toutes ces raisons, après 1919, la grande-duchesse Marie-Anne est revenue de temps en temps au grand-duché mais discrètement. Sa dernière apparition publique remonte à la procession de l'Octave au printemps 1940 où elle était apparue au balcon du palais grand-ducal.

    Par contre, je n'ai jamais vu de photo de la grande-duchesse Marie-Anne avec un des bijoux de la famille grand-ducale.

    RépondreSupprimer
  3. Très intéressant;j'avoue que je m'y perds chez les Bragance et les Bourbon-Parme.

    RépondreSupprimer