30 octobre 2012

Billet d'humeur

Pas le temps de revenir du mariage luxembourgeois que la famille royale belge a fait la « une » de l’actualité, et pas pour les tenues portées à cette occasion ou suite au récent succès de la mission économique en Turquie. Non, un journaliste de la RTBF, Frédéric Deborsu, a écrit un livre-brûlot-torchon (pour rester poli), intitulé Question(s) Royale(s) sur ce qu’il dit lui-même être la « vraie » histoire cachée de cette famille. Soulignons que l’auteur en question, qui prétend à qui le veut qu'il est royaliste, a profité d’un congé sans solde pour pouvoir écrire ce livre dont une présentation devait être faite par F. Deborsu le mardi 23 octobre lors d’une conférence de presse. Ayant pu en prendre connaissance au préalable, le groupe Sudpresse n’a pas résisté à l’occasion de rompre l’embargo et de publier les extraits les plus emprunts de soufre. Suite à cela, l’auteur et son éditeur ont déposé plainte contre X.
 
 
 
Au final, ce sont les ducs de Brabant qui font l’objet des plus explosives révélations supposées : le mariage de Philippe et Mathilde ne serait qu’une fumisterie. Le prince héritier y aurait été contraint par sa famille, tandis que Mathilde s’y serait résignée pour redorer sa famille qui avait connu des revers financiers. Le tout s’accompagne de deux insinuations : le prince aurait eu une relation qualifiée de « hors norme » avant son mariage avec son ami, le comte Thomas de Marchant et d’Ansembourg, et le choix de l’hôpital Erasme – réputé pour ses inséminations artificielles – pour l’accouchement des enfants du couple ne serait pas anodin. Comprenez donc que le lecteur doit déduire que le prince serait homosexuel, et pour preuve, le mariage n’a sûrement jamais été consommé… Rien de plus, rien de moins. Le reste comporte des révélations qui étaient pourtant déjà connues, des rumeurs, des « on dit » qui ont déjà alimenté de nombreux livres. Il avait été avancé que le Roi aurait donné une interview (une première) dans laquelle il se livre au grand jour. Finalement, il ne s’agissait que d’une conversation en off datant de 1994 auquel avait assisté le frère de l’auteur, le journaliste Christophe Deborsu. Notre Bon Souverain serait également atteint d'un cancer de la peau et serait impatient d'abdiquer, au déplaisir de son entourage. Bref, on nous ressort la fameuse rumeur de l'abdication, une rumeur presqu'aussi vieille que le règne d'Albert II.
 
Bien entendu, F. Deborsu a pris le soin d’être prudent dans ses dires. Ce genre de livres est d’ailleurs parfois même relu avant publication par des avocats, au cas où. Une position très courageuse donc… Tout comme les nombreuses personnes qui ont souhaité garder l’anonymat. La protection des sources journalistiques est une règle d’or, même reconnue par la justice. Mais il est tellement facile de se cacher derrière l’anonymat. L’auteur affirme que chaque information a été recoupée au moins trois ou quatre fois par des témoins crédibles. Mais qu’en est-il de ces sources crédibles et multiples ? Nombreux sont sûrement ceux qui n’attendent qu’à déverser leur fiel sur la famille royale, qu’ils soient républicains notoires (Thierry Debels) ou courtisans délaissés (Noël Vaessen). Dernièrement, la journaliste du Soir Magazine Emmanuelle Praet a déclaré que plusieurs de ses collègues avaient été interrogés pour ce livre. Et leurs déclarations n’ont pas été transcrites avec fidélité, l’auteur se permettant apparemment de prendre des libertés avec le journalisme en amplifiant certaines déclarations. Face à cette rigueur loin d’être irréprochable, on peut s’interroger sur la même rigueur qui a animé F. Deborsu dans le choix de ses témoins ! Par ailleurs, Martine Dubuisson, journaliste et experte de la famille royale pour Le Soir, aurait dû participer à l’écriture de ces 300 pages et quelques. Est-ce parce que la tournure que prenait ce travail était trop douteuse qu’elle aurait préféré se retirer ? Ou alors tout simplement parce que cela aurait été une blessure d’orgueil pour Frédéric-le-Petit de partager la couverture ?

Du côté de la communication du Palais, celui-ci a tenu à réagir le jour même de la fuite due à Sudpresse en précisant que sur base des extraits rendus publics, tout cela contenait de nombreux éléments totalement « injurieux » et « erronés ». Pas question pour lui cependant de tenter d’interdire la publication. Le prince Philippe, lourdement attaqué, devait par la suite s’exprimer par la voie d’un communiqué : « Le jour le plus heureux de ma vie fut celui où Mathilde a accepté ma demande en mariage. Depuis ce jour-là, notre mariage nous a donné quatre enfants que nous entourons de notre amour et qui nous le rendent abondamment. C'est en toute sérénité que je fais cette mise au point ». Cela tranche considérablement avec l’habituel et assez inefficace no comment. Après concertation avec le prince héritier, son ami, aujourd’hui psychothérapeute de renom et père de famille, a tenu à effectuer un recadrage dans la presse. Il s’est dit « choqué car tout est faux. Je suis profondément indigné qu’on puisse ternir la famille royale ainsi que ma personne. J’ai été invité au mariage de Philippe et je m’y suis rendu (ndlr : l’auteur prétendait le contraire). Je l’ai d’ailleurs rencontré par la suite. Il a donc menti deux fois car je ne suis pas homo et même, si je l’avais été, serait-ce un crime?». Il s’étonne également que F. Deborsu ne l’ait contacté que sur le très tard et qu’il ne l’a même pas informé qu’il serait cité dans le livre. Il réfléchit même à la possibilité de porter plainte.
 
Fraîchement arrivé, le nouveau conseiller presse du Palais depuis septembre, Bruno Nève de Mévergnies, aurait sûrement rêvé de débuts plus sereins. La situation a cependant été bien gérée. L’institution monarchique devrait néanmoins prendre cette turbulence comme une occasion de rebondir au niveau de sa communication et de la transparence de ses comptes (au sujet de la communication, lire cet article). La monarchie constitutionnelle doit à la fois pouvoir associer tradition et modernité, proximité avec ses concitoyens et distance protocolaire, fastes tolérables dans une démocratie moderne et transparence financière. Il s’agit d’un équilibre qui n’est pas simple à atteindre et encore moins à maintenir. Mais il est indispensable de l’avoir comme cap. Au sinon, les attaques concernant le coût de la monarchie feront sans cesse les choux gras de certains journaux en quête de sensationnalisme et alimenteront les discussions de bistrots. Comment se rendre compte de l’importance de l’institution si celle-ci communique justement mal ? Il est incompréhensible de voir par exemple que le site Internet de la famille royale belge est on ne peut plus vieillot, que des informations importantes sont manquantes (comme une liste complète des présidences d’honneur et des hauts patronages) et qu’il arrive même que certaines activités ne s’y trouvent pas alors que les journalistes se contentent uniquement de cette source pour faire une décompte des activités en fin de chaque année. Et il y a assez de bons exemples au sein des autres familles royales régnantes, et même non régnantes, pour que le Palais s’en inspire.
 
Mise mal à l’aise, la RTBF, qui pourtant avait été très heureuse du score d’audience réalisé par le documentaire de F. Deborsu sur le prince Laurent (dans lequel, finalement, on n’apprenait pas grand-chose), a décidé d’écarter son « journaliste » du devant de la scène. La chaîne publique l’a remisé pour un mois au service documentation. On ne peut qu'espérer que durant ce petit stage, loin de la lumière des projecteurs que F. Deborsu semble tant apprécier, il pourra y apprendre les rudiments du journalisme. Cette mise au frais temporaire qui pourrait très bien être prolongée n’est, s’il faut à la fois croire la chaîne et son employé, pas une sanction, même si ce week-end la RTBF a empêché l’auteur du livre à assister à une séance de dédicaces. Affaire à suivre. En lui souhaitant à l'avance (on ne sait jamais) une belle fin de carrière dans les sous-sols du boulevard Reyers. Hélàs, on est jamais trop à l'abri de la connerie et de la médiocrité...
 
Cette histoire aura démontré au moins une chose : que nous vivons, en Belgique, dans une authentique démocratie où la liberté de parole n’est pas bafouée. On n’aurait pas pu en dire autant avec le président François Mitterrand qui durant tout son mandat a réussi à empêcher la sortie d’un pamphlet à son sujet, intitulé L’honneur perdu de François Mitterrand. Mais au final, le meilleur côtoie le pire. Et l’homme du XXIe a peut-être un peu trop tendance à placer une confiance aveugle dans les médias, dans tout ce qui peut être écrit ou dit. De toute façon : « Il n’y pas de fumée sans feu, non ?! ». Et bien c’est très certainement le premier adage populaire qu’il faudrait proscrire. En effet, on ne compte plus aujourd’hui les personnalités bien vivantes qui ont été victimes de rumeurs sur leurs décès ou ce qu’on appelle les légendes urbaines, totalement infondées, et dont parfois les médias se font le relais.
 
Mais la liberté de pensée n’autorise pas tout. Jusqu’où peut-on aller dans une société ultra-exhibitionniste et ultra-voyeuriste ? La véracité douteuse des faits a déjà été abordée, mais de toute façon, est-il nécessaire de s’immiscer à un tel point dans la vie privée des membres de la famille royale ? La qualité de personnage public n’induit pas que l’on doit renoncer à l’entièreté de sa vie privée. Il y a une ligne jaune à ne pas franchir, et ici cela a été fait sans conteste. La crise conjugale d’Albert et Paola est une évidence pour tous les Belges, tous deux ont eu des relations extraconjugales, les torts étaient partagés, cela a déteint négativement sur les enfants. L’affaire Delphine Boël a éclaté en 1999 et le Roi a fait mention de cette crise dans son discours de Noël. Point. Il n’était pas nécessaire de s’étendre sur des informations (qui d’ailleurs sont peut-être erronées) comme la fréquentation par le prince Albert de maisons closes de luxe, des perruques que la princesse Paola pouvait mettre pour aller à la rencontre de ses amants, de ses avances auprès d'un ministre wallon, etc. C’est d’autant plus vrai quand les personnes incriminées ont des enfants, qui vont à l’école comme tout le monde, qui regardent la télévision ou écoutent la radio. Même des personnalités pourtant de tendance républicaine, ont dénoncé cet aspect majeur et malsain de l'ouvrage !

En conclusion, je ne débourserai pas 19,95€ pour lire cela. Peut-être est-ce une erreur de juger d’un livre sans l’avoir lu, mais à la vue des extraits parus dans la presse ou livrés par des tierces personnes, je préfère laisser la tâche à d’autres de subir cette indigeste littérature. Il y a tant de biographies, de livres sérieux, fouillés, qui ont demandé des heures de travail, de recherches au sein d’archives tangibles et non pas des témoignages douteux. Et pourtant, la plupart de ces livres sont passés (presque) inaperçus… Non, je n’ai vraiment pas envie de cautionner une telle démarche, entachée de manque (absence ?) d’éthique journalistique, de rigueur élémentaire et de volonté de se faire un nom, voire de l’argent facile. Chers amis, chers lecteurs, je ne peux que vous conseiller de vous abstenir d'acheter ce livre largement en dessous de la ceinture. 

Ces propos n'engagent que moi... mais n'hésitez pas à les partager !

5 octobre 2012

Le Palais Royal : la Salle Empire

La Salle Empire (24 mètres sur 10) correspond à l'ancienne salle de bal de l'hôtel Belgiojoso (occupé par le ministre plénipotentiaire de l’empereur Joseph II). A l’époque, elle se trouvait dans un style Louis XVI avec un plafond plat. Durant la période française, c'est ici, le 21 juillet 1803, que Napoléon (alors Premier Consul) et Joséphine recevront les autorités bruxelloises à l'occasion d'un séjour en Belgique.

Sur cette photo, le balcon destiné à un orchestre est visible
(© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés)

La vocation initiale de salle de bal sera conservée durant le règne du roi Léopold Ier. En 1868, dans le sillage des travaux instigués par Léopold II, l’architecte Balat fait abattre le mur du fond de la salle, ajoutant ainsi dans son prolongement un salon. Le plafond est transformé dans un style Empire. En voûte surbaissée, il est orné de médaillons, de rinceaux et de palmettes. Les vingt colonnes cannelées dans un style corinthien sont d'origine. Elles contiennent alternativement une glace ou une porte à deux battants. Les frises sont composées tantôt de rinceaux, tantôt d'enfants dansant. A la fin du XIXème siècle, l'espace sert de salle à manger.

(© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés)

Entre 1905 et 1907, dans le contexte des travaux qui donneront naissance à une nouvelle façade, cette salle est entièrement restaurée afin de correspondre à son esprit primitif. Notons que la première fenêtre de la salle donne, à l’instar de la Grande Antichambre, sur le balcon. Au dessus de la cheminée, se trouve un discret balcon destiné à accueillir un orchestre.

(© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés)

Longtemps, un mobilier en bois doré recouvert de soierie bleue avec une couronne royale s'y trouvait. Il semblerait que ce mobilier faisait partie de la dot de la reine Louise-Marie en 1832. Depuis quelques années, le mobilier a été remplacé, celui-ci doté d'une simple soierie verte. Au centre, le visiteur peut admirer un tapis persan, placé auparavant dans la Salle du Trône, qui a été offert au roi Léopold II par le shah de Perse en 1900. Sur un de ses bords, on peut d'ailleurs y lire en persan : "Sa Majesté Mozaffar-Oldin-Shah, en témoignage d'amitié, pour Sa Majesté Léopold II, Roi des Belges, envoie comme souvenir Kirman 1319 ce fait à Kirman". Deux bustes en marbre sont disposés de part et d'autre de la salle : l'un représente le roi Léopold Ier, et l'autre son fils cadet, le prince Philippe, comte de Flandre.


Sur ce buste de Thomas Vinçotte, le prince Philippe est en uniforme et porte le bijou de la Toison d'Or qu'il a reçue en 1872
(© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés)

Le 2 juillet 1959, c'est dans la Salle Empire que s'est déroulé le mariage civil du prince Albert avec Paola Ruffo di Calabria. Durant le règne du roi Baudouin, de nombreuses cérémonies et concerts s'y déroulent, comme les audiences royales données à l'occasion des voeux de Nouvel An. C'est également ici que le Roi reçoit les lettres de créance des ambassadeurs en poste en Belgique, bien que le roi Albert II préféra utiliser le château de Laeken à cet effet à la fin de son règne. Ce lieu sert également pour une première prise de contact après la cérémonie d'accueil, devant le Palais royal, des personnalités en visite d’État en Belgique. Et plus récemment, la cérémonie de signature du premier volet des réformes institutionnelles a eu lieu dans cette salle.



Depuis 2004, cette pièce d'apparat accueille une œuvre d'art moderne de Patrick Corillon. Intitulée "Les Fleurs du Palais Royal", elle se compose de onze pots dorés, chacun contenant de la terre d'une des provinces de Belgique et de Bruxelles. De ces pots jaillissent des fleurs, armatures de fer et de verre, qui délivrent des messages en plusieurs langues. La symbolique qu'a voulu donner l'artiste est celle-ci : lire ces messages permet de faire pousser la fleur qui se trouve à l'intérieur de nous-mêmes.

(© Antonio José da Conceição Ponte/tous droits réservés)