7 juin 2013

Archives : les funérailles du prince Charles de Belgique en 1983

Le prince Charles, comte de Flandre, est décédé le 1er juin 1983 à 79 ans à la clinique du Sacré-Coeur d'Ostende. Malade depuis la fin du mois de mai, il était atteint d' "une forme de leucémie aiguë qui frappe surtout les personnes âgées"1. Le roi Baudouin et la reine Fabiola s'étaient rendus à son chevet le 29 mai2. Leur dernière rencontre remontait à 1973 lorsqu'il avait été hospitalisé pour son col du fémur cassé. 

Le jour du décès du Prince, M. Wilfried Martens, Premier ministre, a déclaré : "Le prince Charles, comte de Flandre, vient de mourir. Le gouvernement se doit de rappeler en cette circonstance le rôle que le Prince a joué pour assurer le maintien et la continuité de nos institutions. Second fils du roi Albert et de la reine Elisabeth, il n'avait occupé dans la vie nationale qu'une place discrète, jusqu'au moment où de graves et douloureux événements m'ont amené à se mettre entièrement à la disposition du pays. En septembre 1944, lors de la libération de notre pays par les armées alliées, S.M. le roi Léopold et sa famille étaient aux mains de l'ennemi en Allemagne. Conformément à la Constitution, les Chambres, devant l'impossibilité pour le souverain de régner, ont pourvu à la Régence. Le prince Charles a tout naturellement été désigné pour exercer cette haute mission. Pendant près de six ans, il s'est acquitté avec une grande dignité de ses devoirs de chef de l'Etat. La Régence coïncidait avec les multiples tâches auxquelles les Belges devaient faire face pour relever le pays de ses ruines, relancer notre économie, assurer notre situation dans l'ordre international. A la réalisation de tous ses objectifs, le Régent a porté l'intérêt le plus actif. Il a incarné, à son tour, et avec abnégation, la grande tradition de service à laquelle s'est inlassablement conformée notre dynastie. En 1950, le prince Charles a quitté sa charge avec la plus grande discrétion. La nation évoquera avec reconnaissance les services qu'il lui a rendus, et l'histoire en conservera le souvenir." 3


Suite au décès du Prince, plusieurs monarques ont envoyé des télégrammes de condoléances : la reine Elizabeth II, l'empereur Hirohito du Japon ainsi que le roi Hassan II du Maroc4. Le 2 juin, sa dépouille a été transférée au Palais royal. Paré de l'uniforme de lieutenant-général et du grand-cordon de l'Ordre de Léopold, le prince Charles fut exposé dans le Salon du Penseur.  Près de dix mille Belges lui ont rendu hommage en une journée5.


Le gouvernement s'est déplacé pour se recueillir devant la dépouille, tout comme son frère, le roi Léopold III, le 3 juin. L'ancien souverain y est venu en compagnie du colonel Guy Weber, son aide de camp. Ce dernier écrira plus tard sur cet épisode : "Il était visiblement très ému. Ses mains tremblaient. Un monde de souvenirs devait l'assaillir. Toute une page d'histoire de Belgique était tournée. Le Roi, très pâle, resta un long moment et je le vis faire un signe de croix. Quand il descendait les marches de l'escalier d'honneur, il était comme écrasé par un chagrin refoulé. Il ne devait plus être le même, jusqu'à sa propre disparition..."6. Les deux frères ont toujours entretenu des rapports conflictuels, et ce jusqu'au bout. Ils s'étaient certes revus en 1966 pour un déjeuner à l'Hôtel du Cap d'Antibes7 et Charles a été reçu à quelques reprises à Argenteuil8. Mais cela n'avait rien changé. En 1982, l'ancien prince-régent aurait aimé revoir son frère et envisagé une vraie réconciliation. C'était sans compter l'aigreur que possédait encore Léopold III à l'égard de son cadet9. Il n'assista pas d'ailleurs aux funérailles de son frère, auxquelles il se fit représenter par ses enfants, Alexandre et Marie-Esméralda, et son aide de camp.

Le 6 juin, une séance d'hommage au prince Charles a eu lieu à la Chambre et au Sénat en présence du prince Albert10. Il était, parait-il, reçu à l'occasion au Belvédère, la résidence des princes de Liège. Paola s'est d'ailleurs rendue à une de ses expositions de peintures en 1973 et y était retournée l'année suivante en compagnie de son fils Laurent11.


Le prince Charles a eu droit à des funérailles nationales le 7 juin en l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg. Le cercueil a été porté par huit soldats du premier régiment des Guides, dont le Prince fit partie. Le corbillard était directement entouré du Premier ministre Wilfried Martens, du président de la Chambre Jean Defraigne, du président du Sénat Edward Leemans, des vice-Premiers ministres Charles-Ferdinand Nothomb et Jean Gol, du premier président et du procureur général de la Cour de cassation, du chef de l'Etat-major général, du commandant du district militaire et du grand-maréchal de la Cour.


Alors que les dames patientaient déjà dans l'édifice religieux, les hommes de la famille suivaient directement le corbillard pour un parcours assez court entre le Palais royal et l'église qui se trouve sur la Place Royale. Le cortège était encadré de l'Escorte royale à cheval tandis qu'une haie d'honneur se déployait, composée de trois détachements de l'École Royale Militaire, quatre de la force terrestre, deux autres de la force aérienne et un détachement de la force navale.


La famille royale prit place dans le chœur, devant l'ancienne loge royale, qu'un passage relie d'ailleurs directement au Palais royal. Étaient présents le roi Baudouin et la reine Fabiola, le prince Albert et la princesse Paola, le grand-duc Jean et la grande-duchesse Joséphine-Charlotte, le prince Alexandre, la princesse Marie-Esméralda, le prince Philippe, la princesse Astrid, le prince Laurent, l'archiduc et l'archiduchesse Carl-Christian d'Autriche, le prince Victor-Emmanuel et sa sœur la princesse Marie-Gabrielle de Savoie ainsi que les princes Michel et Pierre de Yougoslavie. La sœur du prince Charles, Marie-José, qui accueillait parfois son frère en Suisse, était souffrante12.


Au premier rang (de d. à g.) : le roi Baudouin, la reine Fabiola, le grand-duc Jean, la grande-duchesse Joséphine-Charlotte, le prince Albert, la princesse Paola, le prince Alexandre, la princesse Maria-Esméralda, le prince Victor-Emmanuel de Savoie et la princesse Marie-Gabrielle de Savoie
Au second rang (de d. à g.) : le prince Philippe, la princesse Astrid (cachée), le prince Laurent, les princes Dimitri et Michel de Yougoslavie, la princesse Marie-Astrid de Luxembourg (cachée) et l'archiduc Carl-Christian d'Autriche



La célébration eucharistique a été présidée par le cardinal Godfried Danneels, qui qualifia le défunt comme suit : "ce prince de transition dont la volonté de servir ne fut pas prise en défaut"13. Le primat de Belgique était appuyé par le cardinal Leo-Jozef Suenens, l'évêque de Bruges Emiel-Jozef De Smedt, l'évêque de Liège Guillaume-Marie van Zuylen et le doyen de la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule. La chorale grégorienne de Saint-Michel a assuré divers chants durant la cérémonie.

Outre les corps constitués et le corps diplomatique, dans l'assistance se trouvaient le prince Bernhard des Pays-Bas, les archiducs Rodolphe et Carl-Ludwig d'Autriche, le prince Franz de Bavière, le prince Antoine de Ligne ou encore le comte Serge de Witt (époux de la princesse Marie-Clotilde Napoléon). Le Maroc avait dépêché le général Moulay Hasis Aloui, ministre de la Maison royale, tandis que la France avait envoyé André Labarrière, le ministre délégué en charge des Relations avec le Parlement. Signalons encore les présences de Camille Chamoun, président du Liban de 1952 à 1958, de David Lévy, vice-premier ministre d'Israël, de l'archevêque Guido del Mestri, nonce apostolique à Bonn, représentant le Saint-Siège, ou encore de l'amiral Sir Anthony Norton, représentant de l'état-major de la Royal Navy14.



Après cette cérémonie, les hommes de la famille se sont rendus à l'église Notre-Dame de Laeken pour l'absoute au son de Bach et de "la Mort d'Ase" de Grieg, joués par le musique de la force navale. L'inhumation a ensuite eu lieu au sein de la crypte royale. Plus tard, comme il est de tradition, son obiit a rejoint l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg. Ensuite, un déjeuner a été offert par le roi Baudouin au Palais royal.





Notes :
1. Rien Emmery, Prince Charles de Belgique, Bruxelles, Racine, 2007, p. 276
2. Ibid.
3. Annales parlementaires, Session ordinaire 1982-1983, p. 2495
4. Françoise Laot, « L'émotion de la Belgique après la mort du prince Charles », Point de Vue, n°1819, 1983
5. Ibid.
6. Vincent Leroy, Le prince Charles de Belgique, Edition personnelle, 2006, p. 156
7. Jean Cleeremans, Léopold III homme libre, Chroniques des années 1951 à 1983, Braine-l'Alleud, J.-M. Collet, 2001, p. 24
8. Jean Cleeremans, Op. cit., p. 25
9. André de Staercke, Tout cela a passé comme une ombre, Mémoires sur la Régence et la Question royale, Bruxelles, Racine, 2003, pp. 363-366
10. Vincent Leroy, Op. cit, p. 158
11. Gunnar Riebs, Charles, Comte de Flandre, Prince de Belgique, Régent du Royaume, Bruxelles, Labor, p. 82
12. Françoise Laot, « Charles de Belgique : funérailles nationales, émotion populaire et... absences remarquées », Point de Vue, n°1820, 1983
13. Ibid.
14. Ibid.

2 commentaires:

  1. Est-il exact que la reine Elisabeth avait une
    préférence très marquée pour son fils Léopold
    au détriment du prince Charles,
    Valentin,voulez-vous me donner le site de la RTBF,car vendredi j'aimerais regarder "c'est du belge" si c'était possible.Merci.

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    1. Il est vrai que la reine Elisabeth a opéré une différence entre Léopold et Charles. Ainsi, on rappelle souvent l'anecdote de la souveraine cachant des oeufs à Pâques uniquement pour son fils aîné.

      Les relations entre Charles et sa mère n'ont jamais été très simples. Après la Régence, la reine Elisabeth a désiré remettre les compteurs à zéro et a essayé de se rapprocher de son fils.

      Voici le site de la RTBF : http://www.rtbf.be/tv/ . Je ne crois pas qu'il est possible de regarder beaucoup de programmes "en direct", mais on peut en revoir pas mal, dont "C'est du Belge", dès le lendemain. Il suffit de cliquer sur l'onglet "Revoir" et de choisir le programme dans la liste. Cependant, je ne sais pas si la RTBF empêche des internautes se trouvant à l'étranger à accéder à ses programmes... C'est en tout cas la pratique de nombreuses chaînes de télévision.

      Bien cordialement

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