11 janvier 2019

Décès du comte Philippe de Lannoy (1922-2019)

C’est par ce communiqué que la Cour grand-ducale a annoncé le décès du comte Philippe de Lannoy à l’âge de 96 ans : « C’est avec une grande tristesse que Leurs Altesses Royales le Grand-Duc et la Grande-Duchesse font part du décès du Comte de Lannoy, père de la Grande-Duchesse héritière, survenu le 10 janvier 2019. Leurs Altesses Royales le Grand-Duc et la Grande-Duchesse et toute la famille grand-ducale se joignent à la douleur de la Princesse Stéphanie, du Prince Guillaume et de la famille du Comte de Lannoy. Leurs pensées les plus émues, leurs prières et leur très grande affection les accompagnent ». Il est décédé dans son château d'Anvaing. Ses funérailles se sont déroulées en l'église Saint-Amand à Anvaing le 16 janvier 2019, avant d'être inhumé dans le caveau familial. La reine Mathilde avait fait le déplacement. Du côté de la famille grand-ducale, le grand-duc Henri et ses enfants le prince Louis et la princesse Alexandra étaient présents, tout comme le prince Guillaume et la princesse Sibilla.

Le comte Philippe de Lannoy et sa fille Stéphanie lors du mariage en 2006
du comte Olivier de Lannoy et d'Alice van Havre
Photo : Collection privée de la famille de Lannoy

Le comte Philippe, Marie, Ernest, Albert de Lannoy et du Saint-Empire était né le 4 août 1922 à Bruxelles. Il était l’aîné du comte Paul de Lannoy (1898-1980) et de la princesse Béatrice de Ligne (1898-1982) qui s’étaient mariés en 1921 au château de Beloeil. Six autres enfants étaient ensuite nés de cette union : Guillebert (1923-2008), Albert (1925-1989), Myriam (1926-2008), Diane (1928-2003), Isabelle (née en 1930) et Claude (né en 19321). Son grand-père paternel le comte Philippe de Lannoy (1866-1937) était au moment de sa naissance, et ce depuis trois ans, Grand Maître de la Maison de la Reine Elisabeth. En 1929, il devint Grand Maréchal de la Cour jusqu’au décès du roi Albert Ier en 1934. Son grand-père paternel fut également bourgmestre d’Anvaing, charge qui passa à son décès à son fils Paul jusqu’en 1964. Quant à son grand-père maternel Ernest (1857-1937), 10ème Prince de Ligne, il fut désigné par le roi Albert Ier comme tuteur de la princesse Marie-Clotilde et du prince Louis Napoléon, les enfants mineurs du prince Victor Napoléon, décédé prématurément en 1926, et de la princesse Clémentine de Belgique. 

Le comte et la comtesse Philippe avec
leur fille Stéphanie à l'occasion de sa
première communion en 1991
Photo : Collection privée de la famille
de Lannoy
Volontaire de guerre depuis la Royaume-Uni au sein du First Belgian Field Regiment, le comte Philippe s’est vu décerné en 1946 la Médaille du Volontaire de Guerre 1940-1945. Devenu docteur en droit, il s’est marié le 17 juillet 1965 à Oeleghem, dans la province d’Anvers, avec Alix, Marie, Isabelle, Louise, Ghislaine della Faille de Leverghem, née le 20 septembre 1941 à Louvain. Licenciée en philologie classique, elle était la fille d’Harold della Faille de Leverghem (1908-1994) et de Madeleine de Brouchoven de Bergeyck (1912-1996). Le couple a eu huit enfants : Jehan en 1966, Christian en 1968, Nathalie en 1969, Gaëlle en 1970, Amaury en 1971, Olivier en 1974, Isabelle en 1976 et Stéphanie en 1984. La famille vivait au château d’Anvaing, une demeure datant du XVIe siècle. Avec la mort de son père en 1980, le comte Philippe est devenu le chef de famille. Il a hérité du château familial, mais aussi d'un hôtel particulier situé rue aux Laines à Bruxelles. Le couple a ouvert son château au public à l'occasion de festivités locales ou de manifestations culturelles et sportives. 

Dans les années 60, le comte Philippe a été employé au sein du cabinet du ministre Pierre Wigny. Conseiller provincial pour le Hainaut, il s'est aussi engagé dans la politique locale. D'un naturel réservé et d'une grande rigueur, il « était quelqu'un de simple, abordable, malgré son rang, toujours prêt à rendre service, et très à l'écoute des autres » a déclaré à L'Avenir le conseiller communal Michel Delitte. Membre du parti social-chrétien, le comte Philippe exerça la fonction d'échevin à partir de 1971. D'abord à Anvaing, puis à partir de 1977 pour la commune fusionnée de Frasnes-lez-Anvaig dont il fut de 1988 à 1994 l'échevin des Finances. De 1980 à 1995, il fut le président du conseil d’administration du Centre culturel du Pays des Collines. Il fut également membre de l’Association des bibliothèques publiques de Frasnes-lez-Anvaing et présida le pouvoir organisateur de l'Ecole Libre Saint-Vincent de Paul, fondée en 1820 par la comtesse Blanche de Lannoy (1802-1883) et dans laquelle tous ses enfants ont étudié. Le comte Philippe a quitté la politique en 1994 en même temps que le bourgmestre sortant Jean Jorion avec qui il travailla pendant dix-huit ans. Par ailleurs, à la fin des années 60, le comte Philippe avait permis la création de l'AC Anvaing, en mettant gracieusement à disposition du club de football un terrain situé sur la drève du château.

Les 70 ans de la comtesse Philippe de Lannoy
Photo : Collection privée de la famille de Lannoy

Le 26 avril 2012, la Cour grand-ducale annonça les fiançailles du grand-duc héritier Guillaume de Luxembourg avec la comtesse Stéphanie de Lannoy. Le lendemain, le comte et la comtesse Philippe de Lannoy rejoignirent la famille grand-ducale pour un déjeuner au château de Berg. Quatre mois plus tard, le 27 août, la mère de la future mariée est malheureusement décédée dans un hôpital bruxellois à l’âge de 70 ans des suites d’un accident vasculaire cérébral. Ses funérailles se sont déroulées à Frasnes-lez-Anvaing le 31 août en présence de plusieurs membres de la famille grand-ducale, de la reine Fabiola et de la princesse Mathilde. Au Républicain lorrain, le bourgmestre de la localité Jean-Luc Crucke indiqua : « Je connais bien le comte avec qui j’ai siégé plusieurs années lorsqu’il était échevin. Sa femme, la comtesse Alix de Lannoy, la maman de Stéphanie, décédée fin août, était également très appréciée. C’était une personne charmante, efficace, dévouée et qui s’investissait beaucoup dans la vie de la commune ». L’épouse du comte Philippe avait en effet été administratrice et trésorière de l’Association des bibliothèques publiques de Frasnes-les-Anvaing et était active au sein de la vie paroissiale. 

Embed from Getty Images Embed from Getty Images

Le mariage civil du grand-duc héritier Guillaume et de la comtesse Stéphanie de Lannoy s’est déroulé à l’hôtel de ville de Luxembourg le 19 octobre 2012. Le lendemain, le comte Philippe, en raison de son âge, ne fut pas capable d’accompagner sa fille jusqu’à l’autel. Remplacé par son fils aîné Jehan dans cette tâche, le comte Philippe accorda ensuite sa bénédiction au couple avant le début de la cérémonie, soutenu par son fils Christian. Après sa nouvelle vie au Luxembourg, la princesse Stéphanie est revenue fréquemment avec son époux, dans la plus grande discrétion, à Anvaing pour retrouver son père et sa famille. Le couple héritier et le comte Philippe étaient apparus ensemble à Tongre-Notre-Dame, non loin du château familial, pour une messe durant laquelle furent officiellement reçues des reliques du bienheureux Charles d’Autriche en octobre 2015. 



Au sujet de ses autres enfants, le comte Jehan, avocat de profession, vivait avec son épouse américaine et leurs quatre enfants dans une dépendance du château d’Anvaing, comme ses frères Amaury et Olivier. Le comte Philippe avait d’ailleurs pris des dispositions testamentaires afin que le domaine familial ne soit pas divisé à son décès et qu’il revienne à son fils aîné. Le comte Christian a embrassé la carrière diplomatique. Il fut notamment Consul Général de Belgique à Guangzhou jusqu’en 2016, mission durant laquelle il eut l'honneur d'accueillir le roi Philippe et la reine Mathilde en visite d'Etat en Chine. Lui et son épouse espagnole ont quatre enfants. La comtesse Nathalie, avocate elle aussi, a épousé en 1996 John Hamilton avec qui elle a eu cinq filles. La comtesse Gaëlle est quant à elle religieuse au sein des Foyers de Charité. Le comte Amaury a repris l’engagement de ses parents au sein de l’Association des bibliothèques de Frasnes-les-Anvaing en devenant à son tour, après le décès de sa mère, administrateur et trésorier, en plus d’être secrétaire de la fabrique d’église. Il a épousé en 2016 la comtesse Astrid d’Harcourt qui lui a donné un garçon. Le comte Olivier s’est marié avec sa petite-cousine Alice van Havre. Ils sont les parents de trois fils. Enfin, la comtesse Isabelle a épousé en 2001 le baron Jean-Charles de le Court à qui elle a donné six enfants. 

Le comte Philippe de Lannoy était donc vingt-trois fois grand-père. L’un de ces derniers bonheurs fut sans doute la naissance, le 23 juin 2018, de son petit-fils le comte Théodore de Lannoy. Président d'honneur de la fanfare Sainte-Cécile, il était par ailleurs titulaire de plusieurs décorations honorifiques : Chevalier de l’Ordre de Léopold (palmes d’or en 1990), Officier de l’Ordre de Léopold II, Grande Décoration d’Honneur pour services rendus à la République d’Autriche et Chevalier Grand-Croix de grâce (jure sanguinis) de l’Ordre Sacré et Militaire Constantinien de Saint-Georges (1982).

4 septembre 2017

Le mariage religieux de la princesse Marie-Gabrielle de Nassau

La princesse Marie-Gabrielle de Nassau, l'aînée des quatre enfants du prince Jean de Luxembourg et de son ex-épouse Hélène Vestur, s'est mariée religieusement avec Antonius Willms le 2 septembre 2017 à Marbella en Espagne. Le marié est le fils de Hayo Willms et de la comtesse Maria Theresia von Goëss-Saurau. Le couple s'était précédemment marié civilement à Luxembourg le 15 mai 2017.



Le samedi 2 septembre, de nombreux représentants du gotha européen ont convergé vers l'Ermitage du Saint Christ du Calvaire (Santiago de la Vera Cruz), une église construite au XVIe siècle située dans la vieille ville de Marbella. La famille grand-ducale élargie était représentée par le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa, le grand-duc héritier Guillaume et la grande-duchesse héritière Stéphanie, le prince Félix et la princesse Claire, le prince Louis accompagné de ses deux fils Gabriel et Noah, la princesse Alexandra, le prince Guillaume et la princesse Sibilla, l'archiduc Christian et l'archiduchesse Marie-Astrid, le comte et la comtesse Rodolphe de Limburg Stirum, l'archiduc Imre et l'archiduchesse Kathleen, l'archiduc Christoph (père d'une seconde fille depuis peu), le prince Nikolaus et la princesse Margaretha de Liechtenstein, venus avec leurs filles les princesses Maria-Anunciata et Marie-Astrid. Les princes Constantin, Wenceslas et Carl de Nassau, frères de la mariée, étaient tout naturellement présents. 





La famille royale belge était quant à elle représentée par le prince et la princesse Amedeo ainsi que par la princesse Maria Laura. Des descendants de la princesse Alix de Luxembourg, sœur du grand-duc Jean, avaient également effectué le déplacement en Espagne : la princesse Sophie de Ligne et son fils le comte Guy de Nicolaÿ, M. et Mme Alexander James Spearman (née princesse Amelia d'Orléans-et-Bragance) et la princesse Gabriela d'Orléans-et-Bragance. 



La princesse Marie-Gabrielle est arrivée au bras de son père, le prince Jean de Luxembourg. Elle portait une robe de Lorenzo Caprile rehaussée de 10.000 cristaux Swarovski. Pour l'occasion, le grand-duc Henri avait prêté à sa nièce le diadème avec saphir coussin hérité de la grande-duchesse Adélaïde-Marie. C'était la toute première fois qu'une princesse le portait le jour de son mariage. Le père Paul Habsburg, fils de l'archiduc Michael d'Autriche et de la princesse Christiana de Löwenstein-Wertheim-Rosenberg, officiait lors de la célébration. A l'issue de la cérémonie, la princesse Marie-Gabrielle a offert son bouquet de fleurs à la statue de la Sainte-Vierge, comme le veut la tradition dans la famille.

Après la cérémonie religieuse, les époux ont échangé un baiser sous le porche de l'église, partageant ainsi leur bonheur avec leurs invités qui n'avaient pu prendre place à l'intérieur de l'édifice faute de places suffisantes. Ils ont ensuite pris la pose en compagnie de leurs parents et de leurs frères et sœurs. Le couple a finalement rejoint la Finca Llanos de Belvis à bord d'une Land Rover conduite par Antonius. Une réception s'est déroulée dans cette propriété située à Istàn, à une quinzaine de kilomètres de Malaga. Le lieu appartient à Alejandro Gamazo Hohenlohe et son épouse Marie-Caroline qui n'est autre que la sœur du marié. La veille du mariage religieux, une fête avait déjà réuni bon nombre d'invités à Marbella.




Merci à Albert Nieboer (Royal Press Europe) d'avoir autorisé
la publication de ses photos dans l'article. 


Retour sur la présentation du couple : lien
Retour sur le mariage civil à Luxembourg : lien

29 août 2017

La famille grand-ducale et les présidents français

Après le règne de la grande-duchesse Marie-Adélaïde, critiquée par la France pour son attitude durant la Première Guerre mondiale et qui fit pression pour qu'elle abdique en 1919, le régime français observa avec une certaine méfiance les débuts de sa sœur Charlotte. Pour preuve, un télégramme d’octobre 1920 émanant du Ministre de France à Luxembourg en réponse au Ministre des Affaires étrangères Leygues qui s’étonnait de la nouvelle des fiançailles de la princesse Sophie de Luxembourg avec le plus jeune fils du roi de Saxe. Après une entrevue avec le Maréchal de la Cour, le diplomate eut un entretien avec le Ministre d’Etat « pour lui marquer combien nous étions loin de nous attendre à de pareilles nouvelles alors que le gouvernement luxembourgeois nous assurait de son constant désir de marcher en toute occasion d’accord avec l’Entente ». La grande-duchesse Charlotte put éloigner les soupçons sur sa personne en se désolidarisant de l’attitude de ses sœurs qui ne l’avaient d’ailleurs pas consultée avant leurs fiançailles. D’ailleurs, une note du Département datant de novembre 1920 visait une autre personnalité de la famille grand-ducale, considérée comme germanophile : « On aurait lieu à craindre que la grande-duchesse douairière Marie-Anne, qui réside en Bavière avec ses filles, ne renonce pas facilement à toute influence dans le pays ».

Le 15 février 1920, la grande-duchesse Charlotte, accompagnée du prince Félix, avait été invitée à se rendre à Thionville, ayant jadis fait partie du duché de Luxembourg, où elle fut accueillie par le président français Raymond Poincaré. Ce déplacement coïncidait avec la remise de la Légion d’honneur à cette ville, mais sans doute que l'événement scellait une réconciliation formelle entre les deux pays. En mémoire de cette visite, une Rue de la Grande-Duchesse Charlotte (1896-1985) a été inaugurée en 2006 en présence du grand-duc Henri et de la grande-duchesse Maria Teresa. 

© Bibliothèque Nationale de France

La grande-duchesse Charlotte et le prince Félix ont été officiellement reçus au Palais de l’Elysée par le président Albert Lebrun le 22 juillet 1937. Un déplacement qui intervenait à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris à laquelle participait le grand-duché. Deux ans plus tard, le 3 août 1939, le président Lebrun a effectué un voyage au Luxembourg et dîna à la légation française en présence des membres du gouvernement. Il fut également reçu en audience par la famille grand-ducale. Bien que de nature semi-privé, ce déplacement fut accueilli favorablement au Luxembourg, comme une promesse d’amitié, particulièrement appréciée dans le contexte de la montée des périls. 

1937
1939

Du 20 au 22 juin 1957, le président René Coty a effectué une visite d’Etat au Luxembourg. Il y reçut un accueil très chaleureux des autorités mais aussi des Luxembourgeois. Pour son arrivée, la capitale était décorée d’oriflammes, de guirlandes lumineuses et, aux abords du Pont Adolphe, d’obélisques décoratifs surmontés de flammes symboliques portant les écussons des deux pays. Les écoliers purent d’ailleurs bénéficier d’une journée de congé pour aller accueillir le président Coty. Lors du dîner de gala, la grande-duchesse Charlotte indiqua que : « Votre visite, Monsieur le Président, nous apparaît comme une démonstration solennelle de l’amitié séculaire qui n’a cessé d’unir nos deux pays dans les bons comme dans les mauvais moments ». Outre le couple héritier, le prince Charles et la princesse Marie-Adélaïde participaient aux réjouissances. Après le dîner, une apparition au balcon eut lieu. Lors de ce déplacement, le président de la République alla rendre visite au grand-duc héritier Jean et à la grande-duchesse héritière Joséphine-Charlotte dans leur résidence du Betzdorf, l’occasion de faire également connaissance avec leurs enfants. Un feu d’artifice fut tiré dans la capitale pour saluer le départ du président Coty.



La grande-duchesse Charlotte et le prince Félix étaient à Paris le 4 février 1961. Un déjeuner fut offert en leur honneur à l’Elysée, dans le Salon Murat, par le président Charles de Gaulle et son épouse. Ce déjeuner comptait une quarantaine de convives. Le général de Gaulle commença son discours par ces mots : « Votre Altesse Royale a tenu à nous rendre visite, d’une manière presque intime. Nous espérons, cependant, que nous aurons un jour la joie et l’honneur de la recevoir à Paris avec toute l’ampleur officielle et populaire qui répondrait aux sentiments que la France porte au Luxembourg et à sa gracieuse souveraine ». A l’issue du déjeuner, Charlotte remit l’Ordre du Lion d’Or de la Maison de Nassau au général. Une estime mutuelle devait sans doute unir ces deux figures de la Résistance. 



Les vœux du général de Gaulle furent exhaussés en 1963. La grande-duchesse Charlotte réserva sa toute dernière visite d’Etat, avant son abdication, pour la France. Celle-ci s'est déroulée du 2 au 5 octobre. Mais la grande-duchesse Charlotte eut l’occasion de revoir le président français l’année suivante, le 26 mai 1964, à l’occasion de l’inauguration du canal de la Moselle. En compagnie du président ouest-allemand Lübke, ils prirent part à une mini-croisière de 270 kilomètres à bord du Strasbourg, entre les villes d’Apach et de Trêves. Suite au décès du général de Gaulle, le grand-duc Jean se rendit au service solennel organisé à la cathédrale Notre-Dame de Paris pour les chefs d’Etat, tandis que sa mère assista au service célébré en la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg.



Les 3 et 4 mai 1972, ce fut au tour du président Georges Pompidou, accompagné de son épouse, d’effectuer une visite d’Etat au Luxembourg. Ils y reçurent un accueil tout aussi enthousiaste que le président René Coty en son temps. Et tout comme lui, après le dîner de gala à la Chambre des députés et la réception au Palais, il eut l’occasion d’apparaître au balcon. Suite au décès du président en exercice Pompidou, un deuil fut décrété à la Cour grand-ducale, et ce jusqu’aux funérailles. Le grand-duc Jean assista au service solennel à la cathédrale Notre-Dame de Paris. 



Le grand-duc Jean et la grande-duchesse Joséphine-Charlotte se rendirent en visite d’Etat en France du 18 au 20 septembre 1978 à l’invitation du président Valéry Giscard d’Estaing et de son épouse. Lors du dîner de gala à l’Elysée, auquel le prince et la princesse Napoléon ainsi que la princesse Irène des Pays-Bas furent conviés, le grand-duc Jean évoqua dans son allocution la mémoire de Robert Schuman, moteur de la construction européenne qui naquit au grand-duché en 1886. Le dîner de retour, offert par le couple grand-ducal, fut organisé à l’Hôtel Marigny. Pour l’anecdote, le président Giscard d’Estaing offrit lors de ce séjour au grand-duc Jean un parchemin du XIVe siècle évoquant les liens entre Jean l’Aveugle, comte de Luxembourg, et le roi Philippe VI.



Mais ce n’était pas la première fois que les deux couples se rencontraient. Le grand-duc Jean et la grande-duchesse Joséphine-Charlotte avaient été reçus à déjeuner à l’Elysée en 1976. L'année suivante, le couple grand-ducal avait été convié en compagnie d'autres chefs d'Etat à l’inauguration du Centre Georges Pompidou à Paris. Après ce septennat, l'ancien président et son épouse ont eu l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises des membres de la famille grand-ducale lors de divers rendez-vous mondains qui se sont déroulés dans la capitale parisienne. Le grand-duc Henri et l'ancien président Giscard d'Estaing se sont également retrouvés lors de la prestation de serment du président portugais Aníbal Cavaco Silva à Lisbonne en 2006. 

1976

Le président François Mitterrand se rendit durant ses deux mandats à plusieurs reprises au Luxembourg pour des visites de travail. Le premier déplacement après sa victoire en 1981 fut d’ailleurs de cette nature, à l’occasion du 20e sommet européen le 30 juin. Il rencontra alors le grand-duc Jean lors d’une audience. En juin 1984, le grand-duc Jean figurait parmi les chefs d'Etat invités à la commémoration des 40 ans du Débarquement en Normandie auquel il participa d'ailleurs à partir du 11 juin 1944. Le grand-duc Jean fut également invité en 1988 lors de la cérémonie du transfert des cendres de Jean Monet au Panthéon.



Les 13 et 14 mai 1992, le président Mitterrand et son épouse se rendirent en visite d’Etat au Luxembourg. Le Palais grand-ducal étant en travaux, le président bénéficia de la Villa Vauban, lieu de travail provisoire du grand-duc Jean, pour ses rencontres politiques. Le dîner de gala eut lieu dans le cadre de l’ancienne abbaye d’Echternach. Les temps avaient alors changé et ces déplacements officiels n’attiraient plus les foules, comme c'était le cas pour le président Coty en 1957 et le président Pompidou en 1972. Le président Mitterrand fit d’ailleurs face à des manifestants écologiques – comme François Hollande en 2015 – concernant plusieurs dossiers français intéressant le grand-duché, comme la proximité de la centrale nucléaire de Cattenom. Le couple grand-ducal eut l'occasion de revoir le président Mitterrand en 1995. Celui-ci s'était rendu au Luxembourg pour se voir remettre le Prix Joseph Bech pour ses efforts concernant la construction européenne. Suite au décès de l’ex-président en 1996, Jean et Joséphine-Charlotte assistèrent au service solennel à la cathédrale Notre-Dame de Paris. L'année suivante, le couple grand-ducal et le grand-duc héritier Henri ont rencontré le président Jacques Chirac invité au palais grand-ducal avec d'autres chefs d'Etat et de gouvernement à l'occasion d'un sommet européen se tenant à Luxembourg.

1992
Photo : Collection personnelle Valentin Dupont

Embed from Getty Images

Avec l’abdication du grand-duc Jean, son successeur effectua deux visites officielles de courtoisie à Paris et à Berlin. Le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa furent accueillis le 10 octobre 2000 par le président Jacques Chirac et son épouse à l’Elysée. Bernadette Chirac emmena ensuite la grande-duchesse Maria Teresa pour une visite de l'hôpital Necker pour enfants malades. Aucune visite d’Etat n’eut lieu durant les deux mandats du président Chirac. Notons cependant que le couple grand-ducal et le grand-duc Jean furent invités aux célébrations des 50 ans du Débarquement de Normandie en juin 2004. La grande-duchesse Maria Teresa s'est rendue en 2005 à Paris à l'occasion de la tenue d'une conférence de haut-niveau sur l'accès à la microfinance honorée de la présence du président Chirac. Par ailleurs, Bernadette Chirac a eu l'occasion de rencontrer des membres de la famille grand-ducale à plusieurs reprises lors de mondanités. Elle fut également invitée en 1997 lors des 70 ans de la grande-duchesse Joséphine-Charlotte.



Il n'y a pas eu non plus de visite officielle lors du mandat du président Nicolas Sarkozy. Le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa étaient par contre invités le 11 novembre 2008 aux célébrations des 90 ans de l'Armistice à Douaumont. Le président français Sarkozy et le grand-duc Henri ont également eu l'occasion de se croiser aux funérailles d'Etat de l'ancien président tchèque Václav Havel en décembre 2011. Des rencontres officieuses entre les présidents français et la famille grand-ducale sont néanmoins probables puisque le Fort de Brégançon, lieu de villégiature officiel du chef d'Etat français depuis 1968, se situe à côté de la Tour Sarrazine, propriété estivale de la famille grand-ducale. Dans ce cadre, la presse luxembourgeoise avait d’ailleurs rapporté que le grand-duc Henri aurait rencontré le président François Hollande lors des vacances d’été en 2012.



En juin 2014, le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa étaient invités à participer à la commémoration des 60 ans du Débarquement de Normandie. Le grand-duc Jean se trouvait également dans la tribune officielle. Le président français François Hollande a effectué une visite officielle au Luxembourg le 6 mars 2015. Un déplacement d’une seule journée qui a démarré par un accueil du couple grand-ducal suivi d’un entretien au Palais. Dans l’après-midi, ils se sont rendus ensemble au château de Betzdorf, lieu qui a vu la naissance du grand-duc Henri en 1955 et qui abrite le siège de la Société Européenne des Satellites. Le programme officiel les a conduit ensuite à Esch-Belval. En soirée, un dîner de gala fut offert au Palais grand-ducal en présence du couple héritier. Dans son toast, le grand-duc Henri a déclaré : « C’est un privilège pour la Grande-Duchesse comme pour moi-même que de vous souhaiter la bienvenue ce soir. En effet, la venue d’un Président de la République française au Grand-Duché de Luxembourg est un événement marquant, tant par sa portée que par sa rareté. […] Evoquer les relations du Luxembourg avec la France se révèle un exercice complexe. Leur importance n’a pas vraiment d’équivalent, leur plasticité à travers le temps étonne, la part qu’elles laissent à l’émotion est unique. Parler de la France, c’est aussi parler de nous-mêmes et de ce que nous, Luxembourgeois, ressentons au plus profond ».



Le président Emmanuel Macron et son épouse ont effectué une visite de travail d'une journée au grand-duché le 29 août 2017. Ils ont tout d'abord été reçus en audience par le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa au Palais grand-ducal. Alors que le chef d'Etat français avait un programme séparé avec le premier ministre luxembourgeois rejoint par le premier ministre belge, la grand-duchesse Maria Teresa a emmené Brigitte Macron pour deux visites culturelles dans la capitale : l'abbaye de Neumünster qui est un centre culturel et le Musée d'Art Moderne Grand-Duc Jean. Lors de ces visites, la compagne du premier ministre belge et l'époux du premier ministre luxembourgeois étaient également présents. Les rapports d'activités de la Première dame publiés par l'Elysée nous apprennent par ailleurs que la grande-duchesse Maria Teresa et Brigitte Macron se sont rencontrées à deux autres reprises en 2017 : à l'occasion d'un entretien au mois de juillet et pour un déjeuner au mois d'octobre.

Embed from Getty Images
______________________________
Sources :
- KERSTIN S. (2015), « Les présidents français au Luxembourg. De Coty à Hollande en passant par Pompidou », Luxemburger Wort [consulté en ligne]
- « M. Mollard, Ministre de France à Luxembourg, à M. Leygues, Ministre des Affaires étrangères » dans MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES (2002), Documents diplomatiques français. 1920. Tome III. 24 septembre 1920 – 15 janvier 1920, Bruxelles, P.I.E.-Peter Lang, pp. 162-163

20 mai 2017

Archives : la procession de clôture de l'Octave en 1987

Le pèlerinage de l'Octave se déroule chaque année durant deux semaines à Luxembourg. Cette quinzaine débute le troisième dimanche après Pâques. Cette fête religieuse, considérée comme la plus importante se déroulant au grand-duché, remonte au XVIIe siècle. Cette célébration conduit les pèlerins jusqu'à la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg où ils honorent la statue de la Vierge, Consolatrice des Affligés, patronne de la Ville de Luxembourg et du Grand-Duché. 

La famille grand-ducale y prend part chaque année, le dernier jour de la quinzaine, soit le cinquième dimanche après Pâques. Le matin, une messe pontificale est célébrée en la cathédrale. La procession de clôture de l'Octave est considérée comme le point d'orgue de cette quinzaine. Durant l'après-midi, plusieurs membres de la famille grand-ducale prennent part à cette procession dans les rues de la capitale. Ensuite, ils apparaissent au balcon du palais grand-ducal pour saluer la foule et assister à une aubade.   

Voici quelques clichés pris lors de l'Octave 1987. Comme le montrent ces photographies, le grand-duc Jean et le grand-duc héritier Henri portaient l'uniforme lors de la messe pontificale puis lors de la procession de clôture, ce qui n'est aujourd'hui plus le cas pour les hommes de la famille. Cette année-là, le grand-duc héritier Henri et la grande-duchesse héritière Maria Teresa avaient emmené leur fils aîné Guillaume lors de la procession de clôture. Sa cousine l'archiduchesse Marie-Christine d'Autriche, l'aînée des enfants de la princesse Marie-Astrid de Luxembourg, était également de la partie. Lors de l'apparition au balcon du palais grand-ducal, le prince Félix, deuxième fils des héritiers, avait rejoint le reste de la famille.