9 octobre 2014

La princesse Charlotte de Luxembourg

La princesse Charlotte, Phyllis, Marie de Luxembourg, princesse de Nassau et de Bourbon-Parme est née le 15 septembre 1967 à New York. Les Luxembourgeois ont appris la nouvelle le lendemain, au travers d'un communiqué de la Cour, sept mois après le mariage surprise du prince Charles, frère du grand-duc Jean, avec l'Américaine divorcée Joan Douglas Dillon le 1er mars à Guildford. Ses parents s'établiront par la suite au château de Fischbach, résidence de la grande-duchesse Charlotte et du prince Félix, où est né un frère, le prince Robert en 1968.

Lors d'une activité publique avec ses parents le prince Charles et la princesse Joan


Elle fut scolarisée, à l'instar de son frère, au grand-duché. Dans une interview accordée en 2013, le prince Robert expliqua : « J’adorais le château, une superbe habitation dans un cadre idyllique et bucolique avec une vue sur les bois, les terres agricoles et le petit village. Nous vivions avec mes parents, mes grands-parents, une tante et deux cousines. Famille et invités s’y rendaient souvent et y logeaient. C’était merveilleux d’être si proche de ma grand-mère, la grande-duchesse Charlotte, et d’autres membres de notre grande famille ». Le 2 mai 1976, elle a célébré sa première communion avec son frère Robert en la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg. Elle a la douleur de perdre son père l'année suivante, décédé à presque 50 ans d'une crise cardiaque. La princesse Charlotte quitte alors le Luxembourg et sa mère se remarie en 1978 avec Philippe de Noailles, duc de Mouchy.

(© Collection personnelle Valentin Dupont)


(© Collection personnelle Valentin Dupont)


La princesse Charlotte a effectué des études en langues à l'Université d'Oxford. Passionnée par le théâtre, elle a ensuite passé un an au Théâtre National de Munich. C'est tout naturellement dans le secteur théâtral qu'elle s'est engagée professionnellement en fondant en 1989 Turtle Key Arts, un centre d'art dramatique, basé à Londres dont elle est toujours actuellement la directrice. A cet effet, elle est amenée à produire et co-diriger des productions théâtrales ainsi que de danse. Son but est d'également rendre accessible ce monde à tous et des programmes ont ainsi été mis en oeuvre pour accueillir des personnes autistes ou souffrant d'Alzheimer. Directrice de Turtle Song, elle fut dramaturge pour le compte de Footprints, une commission nationale de l'Association britannique des Sciences. Elle a également organisé des festivals et des cabarets tout en étant par ailleurs un des examinateurs de la faculté de Lettres et des Arts de l'Université de Luxembourg.

Avec son frère Robert en 1991

Photo exceptionnelle réunissant tous les petits-enfants de la grande-duchesse Charlotte
(à l'exception de la princesse Christine de Ligne) le 17 septembre 1993, veille du mariage
religieux de la princesse Charlotte, au Club House du Golf de Les-Beaux-de-Provence
Assis (de g. à d.) : la comtesse Marie-Charlotte Henckel von Donnersmarck, la comtesse
Antonia de Holstein-Ledreborg, la princesse Anita de Hohenberg, le prince Robert,
la princesse Yolande de Ligne, la princesse Anne de Ligne, le comte Heinrich Henckel
von Donnersmarck, la princesse Charlotte, la princesse Sophie de Hohenberg et la princesse
Margaretha
Debouts (de g. à d.) : la comtesse Monica de Holstein-Ledreborg, la comtesse Veronica
de Holstein-Ledreborg, le grand-duc héritier Henri, la comtesse Lydia de Holstein-Ledreborg,
le comte Félix Henckel von Donnersmarck, le prince Guillaume, la comtesse Silvia de
Holstein-Ledreborg, le prince Wauthier de Ligne, la comtesse Camilla de Holstein-Ledreborg,
le prince Jean, la comtesse Tatiana de Holstein-Ledreborg, le prince Michel de Ligne,
la princesse Sophie de Ligne, le comte Andreas Henckel von Donnersmarck, le prince Lamoral
de Ligne et la princesse Marie-Astrid

Le 26 juin 1993, elle se marie civilement à Mouchy-le-Châtel, dans le département de l'Oise, avec Marc-Victor Cunningham. Ce britannique est né le 24 septembre 1964 à Harrogate et est le fils de Victor Cunningham et de Karen Armitage. Après une soirée au Club House du Golf de Les-Beaux-de-Provence rassemblant (presque) tous les autres petits-enfants de la grande-duchesse Charlotte, le mariage religieux s'est déroulé en l'église Saint-Paul-de-Mausole de Saint-Rémy-de-Provence en présence notamment de la grande-duchesse Joséphine-Charlotte. Une réception pour 500 invités fut ensuite offerte par le duc et la duchesse de Mouchy en leur propriété de Saint-Rémy. En 1996, la princesse Charlotte a donné naissance à son premier enfant : Charles, né le 8 août 1996 à Rockport dans le Maine. Il a été suivi par deux autres garçons : Louis et Donnall, nés à Londres respectivement en 1998 et en 2002.



La famille mène aujourd'hui une vie normale dans la capitale britannique où la princesse Charlotte préfère ne pas faire usage de son titre. Membre du conseil d'administration du Domaine Clarence Dillon géré par son frère le prince Robert, elle peut se permettre d'être beaucoup plus discrète que lui. Les seules occasions de la remarquer sont les événements familiaux de la famille grand-ducale auxquels elle est souvent conviée, et ce des mariages d'Henri, Marie-Astrid et Margaretha au début des années 1980 à celui du grand-duc héritier Guillaume et de la comtesse Stéphanie de Lannoy en 2012.

Au mariage du grand-duc héritier Guillaume en 2012
(© RTL.lu)

Mrs. Charlotte Cunningham au travail


Sources
- RITCHIE Jamie (2013), « The Sotheby's Wine Interview: Prince Robert de Luxembourg », Sotheby's [lien]
- Plusieurs numéros du magazine Point de Vue
- Plusieurs numéros du Bulletin de documentation édité par le Ministère d'Etat du Grand-Duché de Luxembourg
- Site Internet du Domaine Clarence Dillon
- Arts4dementia.org.uk 

- Collection personnelle

22 septembre 2014

Archives: le Prince et la Princesse de Ligne en 1994

Le 20 avril 1994, le prince Antoine de Ligne et son épouse, née princesse Alix de Luxembourg, étaient en visite au Zeepreventorium à De Haan, un centre médical et pédiatrique de revalidation situé à la Côte belge accueillant des jeunes souffrant de maladies chroniques ainsi que de la mucoviscidose. Le Prince de Ligne accepta d'accorder son Haut Patronage en 1995 lorsque ce centre est devenu l'asbl Fonds voor het Zeepreventorium De Haan. Le couple princier assistait alors régulièrement aux divers événements de charité organisés au profit de l'asbl. Après le décès du prince Antoine en 2005, c'est son fils le prince Wauthier qui a poursuivi ce dévouement auprès du centre. 

(© Collection personnelle Valentin Dupont)

(© Collection personnelle Valentin Dupont)

De gauche à droite : Dirk I.E. van der Bauwhede (président du Fonds), la Princesse,
le Prince et la baronne Hilde Franckx (médecin-en-chef du Fonds)
(© Collection personnelle Valentin Dupont)

De gauche à droite : M. et Mme van der Bauwhede, la Princesse, le Prince et Yvan Catrysse
(bourgmestre de De Haan)
(© Collection personnelle Valentin Dupont)

10 septembre 2014

Des parrains et marraines pas comme les autres

La monarchie belge est détentrice d'une tradition unique. En effet, certains nouveaux-nés se voient désigner le Roi ou la Reine comme parrain ou marraine. Cette faveur est accordée au septième fils ou à la septième fille d'une famille. Cet enfant doit donc être le septième d'une lignée, issue d'un même mariage, ininterrompue par un enfant du sexe opposé. Les démarches sont bien souvent entreprises par le bourgmestre après que le nouveau-né ait été déclaré à l'état-civil, même si rien n'interdit aux parents ou à un tiers de contacter le Palais. Pour que la démarche aboutisse, les parents se doivent d'être irréprochables. Il n'y a aucune obligation de donner le prénom du Roi ou de la Reine, même si celui-ci est souvent choisi comme premier ou second prénom.

La tradition a été initiée par le roi Léopold Ier, même s'il ne fut en réalité parrain que d'un seul garçon. Cette coutume s'est vraiment généralisée sous le roi Léopold II et il fallut attendre la reine Elisabeth pour que les septièmes filles consécutives d'une famille se voient aussi accorder une marraine royale. Lors de la Régence, c'est le prince Charles qui assuma le parrainage, même si certaines familles effectuèrent des démarches afin que se soit plutôt le roi Léopold III, alors en exil en Suisse, le parrain. Notons par ailleurs que le prince Alexandre, fils de Léopold III et de la princesse Lilian, accepta d'être le parrain du douzième enfant d'une famille originaire de Neder-Over-Heembeek. Le roi Baudouin eut exactement 594 filleuls au cours de son règne de 42 ans marqué par le baby-boom des années 1950 et 1960. De son côté, la reine Fabiola compta environ 260 filleules. Le couple royal a choisi d'étendre la tradition aux enfants n'ayant pas la nationalité belge mais dont les parents étaient installés depuis suffisamment longtemps en Belgique et dont la plupart des frères ou sœurs étaient nés sur le sol national.

En 1953 une délégation de filleuls du roi Léopold II se rassemblent
pour fleurir, le jour de la Saint-Léopold, la statue de leur parrain à la
Place du Trône


Baudouin Henry, né en 1968, interrogé par la presse suite au décès de son parrain déclara : « Un représentant du Roi est venu à mon baptême pour apporter un cadeau : un gobelet et une cuillère en argent. Ensuite, à l’occasion de ma communion, j’ai reçu un courrier me félicitant et me souhaitant « Bon amusement ! ». Mais il ne s’est jamais manifesté aux anniversaires, ne s’est jamais informé sur les études que j’envisageais de suivre ». Les cadeaux, toujours en argent et portant le monogramme royal, peuvent être une timbale, un plateau, une coupe, un gobelet, un bol ou encore une cuillère. Ceux-ci ne sont plus à l'heure actuelle présentés aux parents par un représentant du Roi ou de la Reine lors du baptême mais une cérémonie est organisée à cet effet par les autorités communales qui remettent souvent également un cadeau pour le nouveau-né.

Un gobelet et une cuillère offertes à un filleul du roi Baudouin
Extrait d'un reportage du JT de la RTBF en 1991 sur cette tradition et
une famille qui compte trois filleuls royaux!


Un autre filleul du roi Baudouin, originaire de Basse-Bodeux et ayant préféré gardé l'anonymat pour ne pas faire de « jaloux », raconta à la presse que lorsqu'il fut mis au courant de l'identité de son parrain il prit l'habitude de lui envoyer une carte, chaque fin d'année, pour lui présenter ses bons vœux. Et il en recevait toujours une en retour. Un jour, âgé de six ans, il demanda dans une lettre si son parrain ne pouvait pas lui offrir un vélo... Un membre du cabinet du Roi se présenta par la suite pour remettre aux parents un chèque équivalent au prix d'un vélo! Baudouin Seynhaeve, lui, eut la chance de recevoir son parrain chez lui. En visite à Mouscron en 1974, le roi Baudouin et la reine Fabiola ne manquèrent pas de saluer le petit garçon de onze ans lors de leur passage dans le quartier du Nouveau-Monde. Le couple royal décida ensuite de visiter la maison familiale afin de rencontrer les parents ainsi que les neuf autres frères!

A Mouscron en 1974


Les filleuls et filleules du couple royal furent invités - ceux ayant au moins vingt-cinq ans - en 1991 à l'occasion des festivités « 60-40 » qui célébraient les 60 ans du roi Baudouin et les 40 ans de règne. Ils reçurent une invitation pour un événement moins joyeux: les funérailles du souverain en 1993. Une retransmission de l'événement eut lieu spécialement à leur intention en l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg. Bien des années plus tard, en 2006, la reine Fabiola s'éclipsa d'une garden-party organisée à Laeken, à laquelle avaient été invités des jeunes, pour rencontrer au calme plusieurs de ses filleules ainsi que des filleuls de feu son époux. S'étant enquise de la vie professionnelle et familiale de ces jeunes dans une ambiance très détendue, elle s'amusa à raconter, avec une certaine malice, qu'un jour un filleul du roi Baudouin et une de ses filleules s'étaient mariés. Baudouin Bosschaerts et Fabiola Hofmans avaient d'ailleurs été reçu pour le thé à Laeken, avant leur mariage, en 1979.



En 2012, le roi Albert II et la reine Paola avaient respectivement 31 filleuls et 33 filleules. De son mariage avec le prince Albert, le 2 juillet 1959, jusqu'au moment où le roi Baudouin convola en décembre 1960, ce fut la princesse Paola qui accorda son parrainage à quatre filles. La première de celles-ci, Paola Thémans, née le 2 novembre 1959, a écrit à la Princesse au moment de sa communion solennelle en 1971. Dans la lettre, elle y exprimait le souhait de pouvoir rencontrer sa marraine. Une réponse favorable émana de la princesse Paola qui jugea que c'était justement l'occasion de pouvoir recevoir ses quatre filleules. Elles furent donc invitées, avec leurs parents, le 16 juin 1971 au Belvédère en présence du prince Philippe.

Dans son ouvrage sur la reine Paola, Vincent Leroy y retranscrit les souvenirs de cet après-midi : « Ma marraine avait bien voulu recevoir aussi ma sœur jumelle Patricia, car nous étions inséparables. Maman avait coupé nos robes de communiantes. Quand j’ai vu la princesse, je l’ai embrassée et je lui ai dit « Bonjour Marraine ». Maman a voulu me reprendre mais la princesse a dit : « Laissez, c’est normal ». Puis nous avons pris le goûter : des gâteaux et une glace aux framboises qu’elle avait faite elle-même. J’ai reçu un livre sur les plantes, signé par ma marraine. Malheureusement, on me l’a volé quand mon mari et moi habitions Namur. Elle a parlé avec mes parents ; mon père était très attaché à la princesse. Jusqu’à sa mort il y a deux ans, il a d’ailleurs gardé dans son portefeuille une photo de cette journée. Mais moi, je ne pensais qu’à une chose ; jouer. On habitait un appartement et puis là, au Belvédère, il y avait des balançoires et un grand parc. J’ai pris le vélo de la princesse et je suis partie avec Philippe. Nous devions repartir à 4 ou 5 heures de l’après-midi ; on a en fait quitté le château vers 6 ou 7 heures ! Philippe, c’était un garçon comme les autres. Il a d’ailleurs pris des photos que nous avons reçues par la suite. Ce qui m’a frappé, c’est que, quand nous sommes partis, il a suivi la voiture et puis s’est arrêté brusquement. Le chauffeur nous a dit qu’il ne pouvait pas aller plus loin ».



Autre anecdote : en 2007 la reine Paola s'est vue présenter Betsheva-Paola Spira, une fillette de quatre jours à la sortie du 7 World Trade Center, septième fille d'une famille juive orthodoxe belgo-américaine installée aux Etats-Unis. Le père déclara alors à la presse : « Je me souvenais vaguement de cette coutume. Lorsque la petite est née, j'ai appelé le Consulat belge à New York. Cela m'a été confirmé. En même temps, on m'a expliqué que la Reine allait venir ce week-end ». Et concernant la rencontre avec le couple royal : « Le Roi et elle sont vraiment sympas. Elle m'a recommandé de faire la démarche afin que notre fille devienne sa filleule. Elle a porté la petite. Nos autres filles lui ont offert un petit bijou pour chacune des petites princesses de Belgique ». Ajoutons qu'il n'existe pas de limite quant à ces démarches. Ainsi, en 2004, Bachir El Mokhtari, un jeune belgo-marocain de 18 ans vivant à Anvers, est devenu officiellement le filleule du roi Albert II. Ses parents ne connaissaient pas cette tradition et c'est un professeur qui avait entrepris sur le tard les démarches.   

Sources : 

- Site de la Monarchie Belge [lien]
- Reportages du Journal Télévisé de la RTBF (18/07/1981) et de l'émission Place Royale (2008) 
- Archives des journaux Le Soir, La Libre Belgique, La Dernière Heure, La Province, La Nouvelle Gazette et l'Agence Marocaine de Presse
- CLEEREMANS J. (2001), Léopold III homme libre. Chronique des années 1951 à 1983, Braine-l'Alleud, J.-M. Collet, p. 19
- LEROY V. (2008), Les 70 ans de la reine Paola, Mariembourg, Imprimages, pp. 41-42