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21 mars 2023

La princesse Jean-Charles de Ligne-La Trémoïlle (1922-2023)

Marie du Rosaire Rose (dite « Rosario ») de Lambertye-Gerbéviller est née le 14 octobre 1922 dans le VIIIe arrondissement de Paris, plus précisément dans l’hôtel particulier de ses parents situé au numéro 51 de l’Avenue Montaigne. Ses parents sont le marquis Charles de Lambertye-Gerbéviller (1883-1940), appartenant à la plus ancienne noblesse lorraine, et Lina (Lorraine) Sancho-Mata y Contreras (1896-1991), de nationalité espagnole. 

Acte de naissance de Marie du Rosaire Rose de Lambertye-Gerbéviller


Son père a fait carrière dans la marine et eut l’occasion de beaucoup voyager à travers le monde. Il a combattu durant la Première Guerre mondiale. Affecté à une brigade de fusiliers marins engagée dans la défense de Dixmude, il fut blessé grièvement en octobre 1914 par un coup de baïonnette, ce qui lui valut d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur (il sera promu officier en 1935) et titulaire de la Croix de guerre 1914-1918 avec palmes. En décembre 1917, le Quai d’Orsay l’envoya en mission spéciale auprès de l’ambassade de France à Madrid avec le prince de Beauvau-Craon. L’Espagne n’était pas un pays étranger pour lui : il y était né et sa mère était une Espagnole issue d’une famille fortunée, Maria Virtudes Martinez de Irujo y del Acázar (1852-1940), fille du 2ème Marquis de Casa Irujo (1802-1855) et de la 7ème Duchesse de Sotomayor (1826-1889). C’est d’ailleurs en Espagne qu’il rencontra, durant sa mission diplomatique, celle qui deviendra son épouse à l’issue des hostilités. En effet, le 19 mai 1919 dans la capitale espagnole, il s’unit avec Lina Sancho-Mata y Contreras, issue d’une famille de la grande bourgeoisie d’affaires de Madrid. Le couple eut trois filles : Gabrielle née à Biarritz, puis Rosario et Léontine, nées toutes deux à Paris respectivement en 1922 et en 1925. 

Ses parents


A sa naissance, son père poursuivait alors sa carrière en Espagne où il était attaché naval adjoint à l’ambassade de France à Madrid. En plus de Paris, la famille vivait naturellement aussi rue d'Alcalá, une importante artère madrilène. En 1908, à seulement 25 ans, son père avait hérité du château de Gerbéviller, un domaine de 800 hectares situé en Meurthe-et-Moselle. A partir de 1921 et poussé par son épouse, le marquis Charles va s’atteler à la reconstruction, dans des proportions plus modestes, avec l’appui de l’architecte Albert Laprade, de cet édifice incendié le 24 août 1914 par les troupes allemandes. En mars 1925, la famille, qui logeait lors de ses séjours à Gerbéviller dans le bâtiment des communs reconstruit en 1919, put enfin emménager dans le château reconstruit. 

Le château avant 1914


Photo : Château de Gerbéviller


En 1939, ayant alors le grade de capitaine de frégate, son père a été nommé commandant du front de mer de Calais. Durant ses fonctions, il eut l’occasion de recevoir le Duc de Windsor, alors major-général rattaché au Corps expéditionnaire britannique envoyé en France. Le 26 mai 1940, le marquis Charles est décédé pour la France. Sa veuve est partie se réfugier en Espagne. Après avoir été brièvement occupé par les Allemands, le château de Gerbéviller fut occupé quelques semaines par le général Leclercq et son état-major. A l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la marquise Charles est venue se réinstaller à Gerbéviller ; elle prit en main la gestion du patrimoine familial et devint exploitante agricole. Alors que son époux fut membre du conseil municipal, celle que les habitants et ses filles appelaient « La Marquise » a occupé le poste de maire de Gerbéviller de 1954 à 1965. 




Le 11 mars 1942, Rosario de Lambertye s'est mariée dans le XVIe arrondissement de Paris avec un Belge, le prince Jean-Charles de Ligne, né le 16 juin 1911 à Bruxelles, fils unique du prince Henri de Ligne (1881-1967) et de la princesse Charlotte de La Trémoïlle (1892-1971). Suite au décès accidentel et prématuré en 1933 de son oncle maternel le prince Louis de La Trémoïlle, il fut autorisé à adjoindre « La Trémoïlle » à son patronyme le 20 décembre 1934 par décision du roi Léopold III ; créant ainsi une branche cadette au sein de la Maison de Ligne. Ce prince, alors sous-lieutenant de cavalerie, avait pris part à la Campagne des Dix-Huit Jours en mai 1940. Fait prisonnier lors de la reddition de l’armée belge, il réussit à s’évader et à passer en Angleterre où il a rejoint l’armée canadienne. Il a participé au débarquement en Normandie en 1944, puis aux campagnes visant à libérer la Belgique et les Pays-Bas, puis servit encore en Allemagne. Il fut décoré par le Royaume-Uni de la Médaille de la Défense 39-45 et de la France-Germany Star

Bal en 1950
De g. à d. : la princesse Jean-Charles de Ligne La
Trémoïlle, Mme Bertrand de La Haye-Jousselin et
la princesse Armand d'Arenberg
Photo : Robert Doisneau

De cette union sont nés trois enfants : la princesse Hedwige, née le 18 février 1943 à Madrid, le prince Charles-Antoine, né le 30 septembre 1946 à Paris, et la princesse Nathalie, née le 22 septembre 1948 à Paris. Le prince et la princesse Jean-Charles, domiciliés sur l’Avenue Foch, formaient un couple en vue dans la capitale française, invités des dîners et bals. En 1967, le prince Jean-Charles a hérité du château d’Antoing, situé dans le Hainaut, en Belgique ; une demeure appartenant depuis 1634 à la Maison de Ligne. Par le biais de l’héritage des La Trémoïlle, le couple jouissait également du château de Serrant, situé à Saint-Georges-sur-Loire, non loin d’Angers. Le couple s'est consacré à la restauration de ce château, demeure essentiellement de style Renaissance, remontant au XVIe siècle. En 1954, le château fut ouvert au public. C’est essentiellement à la belle saison que le couple y posait ses valises, accueillant parfois des hôtes illustres. Ainsi, du 12 au 15 mai 1981, la reine-mère Elizabeth logea au château de Serrant, lors d’un de ses fréquents voyages privés en France. La princesse Jean-Charles lui céda alors sa chambre. 

Château d'Antoing
© JohnCham / Wikimedia Commons

Photo : Château de Serrant

Visite de la reine-mère Elizabeth à Serrant en 1981


A l’instar de sa mère qui publia en 1975 ses Mémoires, la princesse Jean-Charles publia en 1997 sous le nom de « Rosario de Lambertye » un livre intitulé Entre deux… aux éditions Kailash ; un ouvrage malheureusement impossible à dénicher aujourd’hui. Elle est d'ailleurs restée attachée aux terres de Gerbéviller où sa mère est décédée en 1991. Le château est alors passé à sa sœur Gabrielle, épouse du prince Armand d’Arenberg. La princesse Jean-Charles et ses deux sœurs, épaulées par leurs descendants, ont d’ailleurs continué de gérer le groupement forestier familial ayant son siège au château de Gerbéviller, constitué avec leur mère en 1967, source de revenus non-négligeables. 

Le prince et la princesse Jean-Charles posant
au château de Serrant en 1990


En 1966, sa fille Hedwige a épousé au château d’Antoing le prince Charles-Guillaume de Merode (1940). Le couple a eu deux fils. L’aîné, Frédéric (1969), travaillant dans la finance, s’est marié à Hannah Robinson (1971), de nationalité britannique. Ils sont les parents de Félix (2000) et Isabelle (2002). Le cadet, Emmanuel (1970), est célèbre pour ses activités d’anthropologue et de primatologue, conservateur du parc national des Virunga en République démocratique du Congo. Marié à la paléontologue kenyane d’origine britannique Louise Leakey (1972), il est le père de Seiyia (2004) et d'Alexia (2006). 

Mariage de la princesse Hedwige


En 1971, son fils le prince Charles-Antoine s’est marié avec lady Moira Forbes (1951), fille du 9ème Comte de Granard (1915-1992) ; union qui s’est terminée par un divorce en 1975. En 1976, il s’est remarié avec la princesse Alyette de Croÿ-Roeulx (1951), fille du prince Rodolphe de Croÿ (1924-2013) et d’Odile de Bailleul (1926-2019), fille de marquis. Le couple a donné naissance à deux fils : Edouard (1976), hommes d’affaires, et Charles-Joseph (1980), photographe et peintre à Paris. Les deux petits-fils de la princesse Jean-Charles se sont tous deux mariés à Antoing. L’aîné a épousé en 2009 Isabella Orsini (1974), une actrice italienne. Trois enfants sont nés de cette union : Althéa (2010), Athénais (2014) et Antoine (2019). Le prince Charles-Joseph s’est marié en 2010 avec une Chinoise, Ran Li (1984), fille d'un maire de la province de Guangdong. Le couple a donné naissance à un fils, Amedeo (2012). Après un nouveau divorce en 2002, le prince Charles-Antoine s’est remarié en 2011 avec Angelina Askeri (1983), de nationalité russe. De cette troisième union est née une fille prénommée Arielle (2012). 

Mariage du prince Charles-Antoine avec lady Moira Forbes

Le prince Charles-Antoine et sa seconde épouse, la princesse
Alyette de Croÿ-Roeulx


En 1973, sa fille Nathalie s'est mariée au château de Serrant avec le prince Alain de Polignac (1940), fils du prince Edmond de Polignac (1914-2010) et de Ghislain Brinquant (1918-2011). Le couple a eu deux enfants. Le prince Ludovic de Polignac (1974), célibataire, est directeur général et associé fondateur d’une société d'affaires. La princesse Diane de Polignac (1976) est quant à elle galeriste d'art à Paris. Veuve de Khalil Boisson de Chazournes (1972-2016), avec qui elle a eu une fille prénommée Ariane, elle est aujourd’hui remariée au baron Stanislas de Nervo. Le 22 septembre 1992 à Paris, le jour de ses 44 ans, la princesse Nathalie s’est malheureusement donnée la mort après des complications médicales. 




Le 9 juillet 2005, le prince Jean-Charles est décédé au château de Serrant. Ce dernier passa alors à sa fille Hedwige, tandis que le château d’Antoing passa au prince Charles-Antoine en tant que chef de la branche cadette de la Maison de Ligne. 

Le prince Jean-Charles et sa fille, Hedwige,
au château de Serrant en 1990


Les années passant, la princesse Jean-Charles a essentiellement partagé sa vie entre Paris et Antoing. Surnommée affectueusement « Yayo », elle était surtout entourée par son petit-fils le prince Edouard et sa famille qui partageaient également leur vie entre la France et la Belgique, en plus de l’Italie. Ces dernières années, l’épouse du prince Edouard, Isabella, a d’ailleurs contribué à faire connaître la « princesse Yayo » au travers de ses publications sur les réseaux sociaux. En 2019, la princesse Jean-Charles s’est rendue à Beloeil, au bras de son fils, aux funérailles de la princesse Antoine de Ligne, née princesse Alix de Luxembourg. Sa santé s’est par la suite détériorée. Elle passa la période du confinement lié au coronavirus à Antoing. En octobre 2022, son centenaire a été célébré au château d’Antoing en présence d’édiles locaux et de la presse régionale. 

Au mariage de son petit-fils le prince Edouard en 2009

Avec son arrière-petite-fille la princesse Althéa

Cérémonie au château d'Antoing pour son centenaire
La Princesse entourée (de g. à d.) par la prince Edouard,
le prince Charles-Antoine, le prince Amadeo et le prince
et la princesse Charles-Joseph
Photo : Editions Vers L'Avenir


Souffrante depuis plusieurs semaines, Son Altesse la princesse Jean-Charles de Ligne La Trémoïlle et du Saint-Empire s’est éteinte au château d’Antoing le 17 mars 2023. Ses funérailles ont été célébrées le 24 mars 2023 en l’église Saint-Pierre d’Antoing, un édifice financé en 1878 par le prince Eugène de Ligne. 


Le 1er août 2022, c’était sa sœur aînée, Gabrielle, qui est décédée à l’âge de 101 ans en son domicile parisien. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle se révéla comme jeune infirmière volontaire autodidacte. En 1941 à Paris, elle avait épousé le prince Armand d’Arenberg (1906-1985), membre de la branche française de cette prestigieuse famille, fils du prince et duc Charles-Louis d’Arenberg (1871-1919) et de Emma de Gramont de Lesparre (1883-1958). Le couple, qui vivait rue Oudinot à Paris, a eu deux enfants : Marie-Virtudes dite « Mirabelle » (1947) et Charles (1949). Elle a repris à sa mère la charge du château de Gerbéviller et de son parc. En 2001, FR3 l’a d’ailleurs filmée pour un reportage dans les jardins du château. Chevalier du Mérite agricole, elle fut aussi promue au rang de chevalier de la Légion d’honneur en 1999 en tant que présidente d’un comité du Souvenir français et pour 58 années d’activités associatives et de services militaires. Plusieurs années avant son décès, son fils Charles avait repris les rênes du domaine de Gerbéviller. Elle a été inhumée dans le caveau de la chapelle familiale de Gerbéviller.

Photo : Château de Gerbéviller


Quant à la princesse Léontine, celle-ci a épousé en 1949 à Gerbéviller le prince Albert-Edouard de Ligne (1912-1963), fils du prince Albert de Ligne (1874-1957) et Marie-Louise Calley Saint-Paul de Sincay (1885-1968), et filleul du roi Albert Ier. Son époux avait participé à la Campagne des Dix-Huit Jours en 1940. Ayant échappé aux Allemands, il se mit au service de la Croix-Rouge pour laquelle il a remplis des fonctions en Belgique et en France. Menacé d’emprisonnement pour être le chef d’un mouvement patriotique, il prit la fuite vers l’Espagne d’où il a rejoint le Royaume-Uni et la « Royal Air Force ». Formé pendant deux ans au Canada, les hostilités prirent fin lorsqu’il revint pour combattre. Pour souligner ses mérites, il reçut diverses distinctions honorifiques, dont les insignes d’Officier de l’Ordre de Léopold lors d’une cérémonie présidée au palais de Bruxelles par le prince-régent Charles. Le couple, vivant à Bruxelles, a eu une fille, la princesse Wanda de Ligne (1950). En 1963, son époux fut victime d’un accident de la route, à Natoye, dans la province de Namur. Le prince Albert de Belgique assista à ses funérailles. Désormais veuve, vers la fin des années 1960, la princesse Albert-Edouard quitta l’Avenue Louise pour s’installer avec sa fille Wanda à Madrid, où elle retrouva sa mère qui y vivait une partie de l’année. Elle y prit en charge l’exploitation agricole familiale. Elle revint fréquemment à Gerbéviller, où elle disposait d’un pied-à-terre, cadeau de sa mère à l’occasion de son mariage. Elle est décédée le 6 janvier 2016 à Madrid. 

Mariage en 1979 au château de Beloeil de la princesse
Wanda de Ligne
A gauche, la princesse Albert-Edouard de Ligne



Sources (non exhaustives)

- d’ARENBERG Charles (Prince) (2019), « La reconstruction du château de Gerbéviller après la Première Guerre mondiale », Le Pays Lorrain, vol. 100, n° 1, pp. 47-58 
- de LIGNE Albert (Prince) (1950), Histoire généalogique de la Maison de Ligne, Bruxelles, éditions La Caravelle, p. 144 et pp. 148-149 
- LONDCHAMPS Alix (1981), Le Marquisat de Gerbéviller, éditions Pierron 
- MEYLAN Vincent (2022), « Au château d’Antoing. Le siècle de « LA » princesse », Point de Vue, n° 3864, pp. 32-33

- L’Est Républicain (2016), « Gerbéviller : décès de la princesse Marie Léontine de Ligne », [article en ligne]
- L’Est Républicain (2022), « Disparition de la princesse Gabrielle d’Arenberg », [article en ligne
- INA / FR3 Nancy (2001), « Jardins du château de Gerbéviller », [vidéo en ligne]
- Notélé (2022), « Zone franche avec le Prince Charles-Antoine de Ligne de la Tremoïlle », [vidéo en ligne]
- Noblesse & Royautés (2013), « Mariées du Gotha : Wanda de Ligne », [article en ligne]
- Journal d’un Petit Belge (2022), « Les 100 ans de la princesse Maria de Ligne La Trémoïlle », [article en ligne]
- « LAMBERTYE (de) Charles, Edmond, Marie, Gabriel, Ernest, Toussaint », Mémorial des officiers de marine, [site web]
- Archives de Paris, Actes de naissance du VIIIe arrondissement, acte n° 2226 (cote 8N 190)

15 août 2020

La tradition funéraire de l'obiit et la famille royale belge

La pratique funéraire de l'obiit (parfois également orthographié « obÿt ») est très ancienne. Selon Stefan Crick (« Funerair erfgoed: obiits en rouwgebruiken bij adel », PDF en ligne), cette tradition remonterait à l'époque chevaleresque. En effet, dans le cortège funèbre d'un chevalier, des membres de la famille étaient amenés à porter plusieurs de ses attributs : bouclier, heaume, épée, gants, éperons, ou encore cotte d'armes. Après le service funèbre dans l'église, ces éléments étaient suspendus au dessus de la tombe du défunt chevalier. Au fil du temps, avec le développement de l'héraldique, ces éléments directement liés au défunt ont été remplacés par une évocation héraldique.



Ainsi serait né l'obiit. Mais que signifie ce terme ? Il peut littéralement être traduit comme « est mort » ou « mourut » et il provient du verbe latin obire. Selon le dictionnaire de référence latin-français du philologue Félix Gaffiot, le verbe obire signifie « aller devant ». Au sujet de cette traduction, Jean Marie Desbois précise ceci : « Mais aller au-devant de quoi ? Vers un endroit éloigné. Le soleil obit (3e personne du présent de l'indicatif), il va « au-devant du bout », à l'horizon, à l’extrémité des choses. Il meurt, pourrait-on dire alors. Ainsi, le sens que nous retenons de nos jours à obire est clair, dès lors qu'il s'applique aux humains. Un homme qui obit, c'est un homme qui va devant l'horizon de sa vie, qui disparaît derrière la ligne de son âge, qui se couche comme le soleil du soir. Obire, c'est « s'en aller », quitter la scène du monde comme l'acteur d'un théâtre. Vision poétique de la mort qui était celle des auteurs latins de l'Antiquité » (« « Obiit », que signifie ce terme ? », Géné Provencearticle en ligne du 20/12/2014).

Cortège funèbre de la princesse Charlotte de Belgique (1840-1927), impératrice du Mexique


L'obiit est un panneau de bois peint de forme quadrangulaire, toujours présenté sur pointe. Les armoiries du défunt y sont représentées. La date du décès est souvent inscrite, parfois également la date de naissance. Le fond est sombre, souvent de couleur noire, bien que les obiits réservés aux demoiselles mortes jeunes et célibataires avaient un fond blanc. Au Royaume-Uni, les obiits peuvent être divisés verticalement avec un fond noir et un fond blanc. En effet, si le fond noir se trouve à gauche, alors cela signifie que le mari est mort, laissant une veuve. Si le fond noir se trouve à droite, cela signifie que la femme du mari est décédée, laissant un veuf. 

Chapelle ardente au Palais de Bruxelles après le décès du roi Albert Ier en 1934


Sous l'Ancien Régime, quand un seigneur venait à mourir, un obiit était déposé dans chaque église de sa seigneurie. Ces éléments héraldiques s'intégraient à des célébrations funèbres bien plus élaborées et complexes que les funérailles contemporaines. Ces obiits n'étaient pas forcément destinés à durer dans le temps. En effet, ils étaient placés devant les candélabres durant les messes célébrées le jour anniversaire du défunt. Bien plus tard, un obiit était installé dans une église avec laquelle le défunt avait un lien particulier, ou alors ramené au château familial.

Funérailles de la reine Astrid en 1935


La famille royale belge, à l'instar de nombreuses familles nobles, a perpétué cette tradition. Le visiteur qui se rend dans l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg, proche du palais de Bruxelles, peut d'ailleurs admirer à droite du chœur, dans l'autel de Saint Jean Népomucène, les obiits des rois Léopold Ier (1790-1865), Léopold II (1835-1909), Albert Ier (1875-1934), Léopold III (1901-1983) et Baudouin (1930-1993), sans oublier celui du prince-régent Charles (1903-1983). Cette église n'est pas officiellement la paroisse royale mais l'édifice, agrémenté d'une loge royale et dont un passage discret la relie directement aux jardins du palais, est intimement lié à la famille royale. En effet, le roi Léopold Ier prêta serment sur les marches de l'église le 21 juillet 1831. Plusieurs baptêmes ou funérailles de membres de la famille royale s'y sont déroulés. Ceci explique donc la présence de ces obiits dans l'édifice religieux. 

Obiit du roi Léopold Ier, décédé le 10 décembre 1865
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés

Obiit du roi Léopold II, décédé le 17 décembre 1909
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés

Obiit du roi Albert Ier, décédé le 17 février 1934
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés

Obiit du prince-régent Charles, comte de Flandre, décédé le 1er juin 1983
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés

Obiit du roi Léopold III, décédé le 25 septembre 1983
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés

Obiit du roi Baudouin, décédé le 31 juillet 1993
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés


Sur l'une des colonnes de la nef se trouvent les obiits du prince Philippe (1837-1905), comte de Flandre, et de son épouse, née princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen (1845-1912), les parents du roi Albert Ier. Habitant le palais de la Régence tout proche, ils assistaient régulièrement à des offices dans cette église. En dehors, des obiits des souverains belges et du prince-régent Charles, ce sont les deux seuls autres obiits aujourd'hui exposés. Les obiits qui ont réalisés pour d'autres membres de la famille royale sont quant à eux conservés dans les greniers du palais de Bruxelles. 

Obiits du prince Philippe, décédé le 17 novembre 1905 (haut) et
de la princesse Marie, décédée le 26 novembre 1912 (bas)
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés


Photo : Olivier Polet / tous droits réservés
(Photographie issue de l'ouvrage Aux marches du Palais paru en 2002 chez 
La Renaissance du livre)


Obiit de la reine Elisabeth (1965)
Jusqu'en 1965 et le décès de la reine Elisabeth, l'obiit était directement associé aux célébrations funèbres des membres de la famille royale. Cet élément était souvent placé devant le catafalque lors des funérailles du défunt et parfois également exposé dans la chapelle ardente. Lors des funérailles de la reine Astrid en 1935 et de la reine Elisabeth en 1965 célébrées en la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule, ou pour la chapelle ardente installée au palais de Bruxelles en hommage au roi Albert Ier en 1934, des photographies d'époque montrent que d'autres panneaux, assez similaires dans leurs formes à l'obiit, étaient placés devant des candélabres. 

Après 1965, des obiits ont été réalisés pour le roi Léopold III et le prince-régent Charles en 1983 puis pour le roi Baudouin en 1993. Ces obiits n'ont cependant pas été associés aux funérailles ou utilisés dans la chapelle ardente, bien que placés par la suite, comme de tradition, en l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg. Puisque ces élément ne sont plus désormais associés directement aux cérémonies funèbres d'un défunt de la famille royale et que seuls les obiits des anciens souverains ou régent sont exposés après les funérailles, nous pouvons légitimement supposer que des obiits n'ont pas été réalisés suite au décès de la princesse Lilian en 2002, du prince Alexandre en 2009 et de la reine Fabiola en 2014. 

Funérailles de la reine Elisabeth en 1965



Cette tradition reste aujourd'hui plus ou moins vivace dans les grandes familles de la noblesse belge. A cet égard, l'artiste-peinte, héraldiste et généalogiste Olivier Nolet de Brauwere précise : « La tradition sommeille actuellement mais elle peut reprendre à tout moment, personne ne sait pourquoi, cela fonctionne par vagues. Ce sont surtout les familles titrées qui font la démarche, mais aussi des gens qui tiennent à rendre hommage à un disparu, ou qui s'y prennent à l'avance pour être certains que l'oeuvre sera réalisée dans les règles de l'art ». En 2008, le chef du cabinet du Roi prit contact avec lui. Le Palais, transmettant la documentation nécessaire, le chargea de réaliser l'obiit du comte Patrick d'Udekem d'Acoz (1936-2008), le père de la reine Mathilde (voir ci-contre). Le projet qu'il remit fut approuvé par la famille. Olivier Nolet de Brauwere eut très peu de temps pour réaliser cet obiit : ce travail lui prit une soixantaine d'heures et il ne dormit que quatre heures en trois jours !

Cette tradition funéraire n'a pas été reprise par la famille grand-ducale luxembourgeoise. Notons cependant qu'un obiit a été réalisé pour la princesse Alix de Luxembourg (1929-2019), veuve du prince belge Antoine de Ligne. Cette famille continue de respecter cette tradition et l'obiit de la sœur du grand-duc Jean fut porté par deux de ses petits-enfants du château de Beloeil jusqu'à l'église toute proche. Par ailleurs, des obiits ont également été réalisés pour les parents de la grande-duchesse héritière Stéphanie, le comte Philippe de Lannoy (1922-2019) et son épouse née Alix della Faille de Leverghem (1941-2012). Ces obiits étaient portés en tête du cortège funèbre lors de leurs funérailles célébrées à Anvaing.

Obiit de la princesse douairière de Ligne,
née princesse Alix de Luxembourg, décédé le 11 février 2019
Auteur inconnu
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés


Funérailles du comte Philippe de Lannoy à Anvaing en 2019
Auteur inconnu
Photo : Notélé (capture d'image)

Merci à Olivier Nolet de Brauwere pour son aide apportée dans la préparation de cet article, et à Olivier Polet qui a autorisé l’utilisation d'une de ses photographies.

19 février 2019

La princesse Alix de Luxembourg (1929-2019)

La princesse Alix, Marie, Anne, Antonia, Charlotte, Gabrielle de Luxembourg, princesse de Nassau et de Bourbon-Parme, est née le 24 août 1929 vers 14h au château de Berg. Benjamine de la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg (1896-1985) et du prince Félix de Bourbon-Parme (1893-1970), avant elle étaient nés Jean (1921), Elisabeth (1922-2011), Marie-Adélaïde (1924-2007), Marie-Gabrielle (1925) et Charles (1927-1977). Le lendemain, son acte de naissance a été dressé avec pour témoins le président du gouvernement Joseph Bech et le grand maréchal de la Cour François de Colnet d’Huart. Son baptême s’est déroulé le 26 août dans la salle « Je Maintiendrai » du château de Berg. 


En 1931, la poste luxembourgeoise lui consacra une série de timbres-poste, émise au profit de Caritas. L’enfance de la princesse Alix eut pour cadre le château de Berg. L'enseignement primaire y fut dispensé par Mademoiselle Marie Knaff ainsi que par d'autres précepteurs luxembourgeois et étrangers. Comme ses frères et sœurs, outre le français et le luxembourgeois, elle apprit l'allemand et l'anglais, tandis que son père lui inculqua des notions d'italien. En 1938, elle célébra sa première communion à Colmar-Berg en même temps que son frère Charles. 




Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale a interrompu cette vie familiale paisible. La famille grand-ducale a pris le chemin de l'exil dans la nuit du 10 mai 1940. Installée provisoirement en Dordogne, la famille grand-ducale obtint des visas grâce au consul général portugais à Bordeaux. Après avoir traversé l'Espagne, elle trouva donc refuge au Portugal. Là, le prince Félix et ses enfants embarquèrent à bord d’un croiseur envoyé par le président Roosevelt. Quant à la grande-duchesse Charlotte, elle resta au Portugal avant de rejoindre Londres où avait trouvé refuge une partie du gouvernement luxembourgeois. Le prince Félix et ses enfants arrivèrent à Annapolis, capitale du Maryland, le 25 juillet et furent reçus par le président américain à la Maison Blanche. Le 4 octobre, la grande-duchesse Charlotte les rejoignit aux Etats-Unis où ils vécurent dans une propriété située à Long Island. Vingt jours plus tard, la famille s’établit à Montréal afin de respecter, à l’époque encore, la neutralité américaine dans ce conflit mondial. La capitale canadienne, outre Londres, servit de second siège pour l'autre partie du gouvernement luxembourgeois. 



La grande-duchesse Charlotte et le prince Félix décidèrent d’envoyer leurs enfants à Québec. Les quatre princesses furent logées auprès de leur tante l’impératrice Zita d’Autriche dans la villa Saint-Joseph à Sillery. Après avoir été scolarisée quelques temps à la Marymount Scool de New York et dans une école catholique de Montréal, la princesse Alix a finalement été inscrite au Collège Jésus-Marie de Sillery, tout comme ses sœurs Elisabeth, Marie-Adélaïde et Marie-Gabrielle, ainsi que sa cousine l'archiduchesse Elisabeth d'Autriche. Elles étaient logées en pension dans ce collège. Le 25 août 1941, toute la famille fut invitée à déjeuner par le président américain à Washington. Quelques jours plus tard, la grande-duchesse Charlotte retourna à Londres, et ce jusqu’en mai 1942. Ensuite, elle s’installa de nouveau au Canada, d’où elle effectua de fréquents voyages aux Etats-Unis, avant de s’établir définitivement à Londres en octobre 1943. 

Archive du Collège Jésus-Marie de Sillery

En novembre 1942, le grand-duc héritier Jean incorpora le régiment des Irish Guards. Charles, Elisabeth, Marie-Adélaïde et Marie-Gabrielle s’engagèrent quant à eux au sein de la Croix-Rouge. Trop jeune, la princesse Alix ne put faire preuve d’un tel engagement durant la Seconde Guerre mondiale. Le 10 avril 1944, la ville de Luxembourg fut enfin libérée et le gouvernement revint d’exil deux semaines plus tard. Mais le retour de la famille grand-ducale dût être différé à la suite de la contre-offensive allemande dans les Ardennes. C’est finalement le 14 mai 1945 que le grande-duchesse Charlotte fut de retour au Luxembourg, accompagnée du prince Félix, du grand-duc héritier Jean et de la princesse Alix. La famille reçut un accueil triomphal sur le parcours l’emmenant au Palais grand-ducal où elle est apparue au balcon en fin d’après-midi. Le lendemain, la princesse Alix accompagna ses parents et son frère aîné à la cathédrale Notre-Dame pour une grand-messe clôturée par un Te Deum. Deux jours plus tard, elle retrouva ses autres frère et sœurs, revenus au grand-duché avec un convoi d’ambulances de la Croix-Rouge. 

La grande-duchesse Charlotte, le prince Félix, le grand-duc héritier Jean et
la princesse Alix au balcon du Palais grand-ducal le 14 mai 1945
Photo : Collection Valentin Dupont

En 1945, la famille grand-ducale emménagea au château de Fischbach qui avait moins souffert de l’occupation par rapport à la résidence de Colmar-Berg qu’elle utilisait avant-guerre. La princesse Alix a complété son cursus scolaire au grand-duché et fréquenta également l’Institut catholique de Paris. Elle était une jeune femme passionnée par l’histoire, l’architecture et l’archéologie. Le 15 juillet 1946, au lendemain d’une visite de Winston Churchill au grand-duché, la princesse Alix accompagna ses parents, son frère Jean et sa sœur Marie-Gabrielle pour un voyage au Royaume-Uni. Elle participait à certaines activités officielles aux côtés de sa famille. Protectrice de l’association féminine de l’Union des Sociétés luxembourgeoises de Gymnastique, elle accordait chaque année avec ses sœurs son haut patronage au Bazar de la Croix-Rouge. 


La famille grand-ducale en 1948

Photo : Collection Valentin Dupont

La princesse Alix fut la première de la fratrie à se marier. Le 19 avril 1950, ses fiançailles avec le prince Antoine de Ligne furent célébrées au château de Beloeil, en Belgique. Ils s’étaient rencontrés pour la première fois en janvier, lors du mariage de l’archiduc Charles-Louis, cousin germain d’Alix, et de la princesse Yolande de Ligne, sœur d’Antoine. Ce dernier, né le 8 mars 1925 à Bruxelles, était issu de l’union entre Eugène (1893-1960), 11ème Prince de Ligne, et de Philippine de Noailles (1898-1991), elle-même fille du 6ème Duc de Mouchy et Prince et Duc de Poix. La date du mariage fut fixée au 17 août 1950. Il devait s’agir du premier mariage d’un membre de la famille au grand-duché depuis celui des parents d’Alix en 1919. Le 26 avril, la princesse Alix accompagna sa famille au Vatican pour une audience avec le pape Pie XII. Trois jours plus tard, dans le cadre d’une visite officielle en Italie, la grande-duchesse Charlotte offrit un déjeuner en présence de hautes personnalités italiennes lors duquel tous ses enfants étaient présents. Le 14 mai, le prince Antoine rejoignit la famille grand-ducale pour prendre part à la procession de clôture de l’Octave. 

Le 16 août 1950, en soirée, un dîner intime se déroula au Palais grand-ducal en présence des proches parents des fiancés et du prince Amaury de Merode, Grand Maréchal de la Cour belge et représentant personnel du roi Léopold III. Lors de ce dîner, le prince Félix indiqua dans son discours : « En nous séparant de notre enfant, nous avons la douce consolation de la voir entrer dans une famille dont les traditions et les conceptions s'apparentent étroitement aux nôtres. Cette heureuse concordance est à nos yeux la garantie la plus sûre de l'union parfaite, où les époux communient dans les idées et les sentiments enracinés au plus profond de l'âme humaine (…) Le jeune foyer reposera donc sur les assises solides de traditions et de vertus familiales qui lui assureront l'harmonie des cœurs et la sérénité des âmes, source et condition essentielle du véritable bonheur conjugal ». Dans sa réponse, le prince Eugène de Ligne, occupant alors la fonction d'ambassadeur de Belgique en Inde, précisa au sujet de sa future belle-fille : « Point n'est besoin de La connaître depuis longtemps pour ressentir au contact de Son adorable sourire le charme irradiant de Sa personnalité, et de deviner qu'Elle joint au sens prononcé d'un précieux humour une volonté toute remplie de douceur et de bonté. Gentille Princesse, ne m'en veuillez pas de ma sincérité. C'est à Vos ascendants que s'adresse mon hommage, et Vos Augustes Parents me pardonneront d'apprécier, comme il mérite de l'être, le trésor des qualités que Vous leur devez. Il paraît que Vous aviez récemment pour livre de chevet un ouvrage écrit par ma vénérée Mère défunte sur l'aïeule issue d'une des branches de Votre Maison. C'est cette même Claire-Marie de Nassau qui construisit le bâtiment de Beloeil, ainsi prédestiné à abriter Votre bonheur ». Le prince Eugène faisait là référence à la princesse Claire-Marie de Nassau-Siegen (1621-1695) qui épousa le 2ème Prince de Ligne Albert Henri (1615-1641), puis son frère Claude Lamoral Ier (1618-1679), 3ème Prince de Ligne et qui fut créé vice-roi de Sicile. 


Le lendemain matin, le couple a été uni civilement dans la Salle des Fêtes du Palais grand-ducal par le bourgmestre Emile Hamilius. Ensuite, en cortège, les invités se sont rendus à pied jusqu’à la cathédrale Notre-Dame. Des milliers de personnes s’étaient massées le long du trajet. La Musique de la Force aérienne belge avait fait le déplacement et était flanquée à gauche du portail du Palais, tandis qu’une escadrille de cette même force, à laquelle appartenait le prince Antoine, survola la capitale. Parmi les invités, à l’exception du prince Amaury de Merode, figuraient uniquement des membres de la famille proche des mariés, avec pour la princesse Alix de nombreux cousins Bourbon-Parme et Habsbourg, mais aussi ses cousins de Bavière et de Saxe. La mariée portait une robe de satin blanc revoilée d’organza, un manteau de cour et un voile de dentelle de Bruxelles retenu par un diadème de diamants aux motifs floraux provenant des collections grand-ducales. Cette tenue était complétée par un collier de perles et une broche de diamants. Sa traîne était portée par Pepito et Santiago de Saavedra y de Ligne, neveux du prince Antoine, fils de la princesse Isabelle de Ligne et de son époux le marquis de Villalobar. 


La cérémonie religieuse fut présidente par l’évêque-coadjuteur Léon Lommel. Le grand-duc héritier Jean servit comme témoin de sa sœur, tandis que le prince Antoine avait choisi son frère aîné Baudouin. A l’issue de la cérémonie, le nonce apostolique Fernando Cento apporta au couple la bénédiction papale. A leur sortie de la cathédrale, les époux passèrent sous un dais de sabres réalisé par des officiers de la Force aérienne belge. Ensuite, la grande-duchesse Charlotte et le prince Félix offrirent une réception au Palais grand-ducal. Lors de cette réception, les jeunes mariés ont reçu les félicitations de l’ensemble des invités, ainsi que des membres du gouvernement, du corps diplomatique, du Conseil d’Etat, des gouverneurs des provinces belges de Hainaut et de Luxembourg, du chef d’état-major de l’Aviation belge et du bourgmestre de Beloeil. Enfin, réclamés par la foule, la princesse Alix et le prince Antoine apparurent au balcon du Palais, rejoints ensuite par leurs parents et leurs frères et sœurs. Le couple s’envola ensuite pour une lune de miel aux Baléares. A leur retour, ils effectuèrent une « Joyeuse Entrée » à Beloeil et s’installèrent dans le château familial. 

Le couple entouré par leurs parents au balcon du Palais grand-ducal

Le couple a eu trois fils et quatre filles : Michel en 1951, Wauthier en 1952, Anne en 1954, Christine en 1955, Sophie en 1957, Antoine-Lamoral en 1959 et Yolande en 1964. Tous sont nés au château de Beloeil, à l’exception du prince Antoine-Lamoral qui a vu le jour au château de Berg. Quelques mois après la naissance de Sophie, son époux a pris part à une expédition en Antarctique emmenée par le baron Gaston de Gerlache de Gomery dans le cadre de l'Année géophysique internationale. Le prince Antoine servit comme second pilote, assistant météorologue et photographe lors de cette mission qui faillit tourner au drame. En effet, le 5 décembre 1958, l’avion piloté par le prince Antoine heurta des glaces figées au moment d’un atterrissage. Après plusieurs jours d’attente, les quatre passagers entreprirent de rejoindre la base à pied. Finalement, les Russes réussirent à les retrouver. Le 2 avril 1959, la mission terminée, les explorateurs ont été accueillis triomphalement à Ostende. Plusieurs milliers de personnes s’étaient massés sur les quais, dont le roi Baudouin, le prince Charles de Luxembourg et la famille du prince Antoine. La journée s’est clôturée par un accueil tout aussi enthousiaste à Beloeil.

La princesse Alix et son fils Michel auprès de sa famille au Luxembourg
Photo : Collection Valentin Dupont
Après la naissance de Sophie en 1957. La princesse Alix et le nouveau-né sont
entourés de Michel, Wauthier, Anne et Christine
Photo : Collection Valentin Dupont
Retour du prince Antoine à Beloeil le 2 avril 1959

Le prince Antoine eut une vie bien remplie. Il a participé à une seconde expédition en Antarctique et s’est rendu à plusieurs reprises au Congo où sa famille avait des intérêts jusqu’en 1973. Pilote et propriétaire de ballons à air chaud, il fut président de l’Aéro-Club royal de Belgique de 1959 à 1977, et brièvement président de la Fédération aéronautique internationale. Administrateur de l’Institut Royal des Elites du Travail et président de l’Union nationale des Cadets du Travail, il présida également la branche belge du WWF de 1966 à 1975 ainsi que le Cercle du Parc. Au décès de son frère Baudouin en 1985, devenu le 13ème Prince de Ligne, il hérita du château de Beloeil et en assuma alors pleinement la gestion, lançant notamment les nuits musicales, le concours d’amaryllis et plusieurs événements culturels comme entre autres un concert du violoncelliste Rostropovitch en 2000 et un récital du baryton belge José Van Dam en 2002, deux événements qui se déroulèrent en présence de la reine Fabiola.

La princesse Alix et son frère le prince Charles au mariage du
grand-duc héritier Jean en 1953
Photo : Collection Valentin Dupont

Face à une telle personnalité, la princesse Alix a mené une vie plus discrète. Mère au foyer et maîtresse de maison, elle a soutenu son époux dans ses divers engagements et l’a accompagné à plusieurs reprises lors de déplacements à l’étranger. Elle fut également présidente d’honneur pendant plusieurs années de la Société Royale Nationale « Les Amis de la Rose », dont s’occupait son amie la baronne Gaston de Gerlache de Gomery et qui baptisa en 1980 une Rose Princesse Alix de Ligne. En 1997, elle accompagna la reine Paola à la 11ème Convention internationale des roses qui se tenait à Bruxelles. En 2005, la grande-duchesse Maria Teresa fut conviée au château de Beloeil pour le baptême d'une amaryllis portant son nom. Par ailleurs, tout comme son époux, elle était membre d’honneur du Grand Serment Royal et de Saint-Georges des Arbalétriers de Bruxelles. 

La princesse Alix et son fils Michel au
mariage de la princesse Elisabeth de
Luxembourg en 1955
Photo : Collection Valentin Dupont
La princesse Alix a également beaucoup voyagé à l’étranger, pour des raisons touristiques mais aussi pour rendre visite à des membres de sa famille. Elle s’est tout naturellement rendue fréquemment au grand-duché pour y retrouver ses parents, mais aussi pour les événements familiaux tels que les mariages, les baptêmes, les communions ou les anniversaires. En 1959, elle fut choisie comme marraine du comte Andreas Henckel de Donnersmarck, premier enfant de sa sœur Marie-Adélaïde, dont le baptême se déroula au château de Berg. La princesse Alix put profiter également des domaines que possède la famille grand-ducale dans le sud de la France et en Bavière. Bien que le couple formé par Antoine et Alix fût très uni, leurs préoccupations différentes les ont amenés à avoir une vie indépendante, chacun de son côté. Mais ils appréciaient passer des vacances communes à Majorque. Ensemble, ils assistèrent à de nombreuses mondanités et rendez-vous du gotha européen. Ils étaient des fidèles de la soirée annuelle de l’association « Aider Autrui » fondée par l’archiduc Rodolphe d’Autriche, cousin germain d’Alix, et son épouse Anna Gabriele. Alors que son époux présida l'Association belge de l'Ordre de Malte de 1986 à 1994, la princesse Alix ne fut jamais admise dans cet ordre, mais reçut les insignes de Dame de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem en 1962 et de Dame de la Croix étoilée dans les années 1990. 

Le prince Antoine et la princesse Alix lors du dîner de gala
donné la veille du mariage du roi Baudouin en 1960
En novembre 1969, la princesse Alix et le prince Antoine ont assisté avec leurs enfants aux noces d’or de la grande-duchesse Charlotte et du prince Félix. L’année suivante, la princesse Alix a perdu son père. En 1976, année lors de laquelle fut célébré le 80ème anniversaire de sa mère, la princesse Alix a vu le premier de ses enfants convoler en justes noces. Son fils Wauthier épousa la comtesse Régine de Renesse. Ce mariage offrit l’année suivante le premier petit-enfant, prénommé Philippe, pour Alix et Antoine. Mais cette année fut également assombrie par la mort inopinée de son frère le prince Charles. En 1981, trois de ses enfants se sont mariés. Le prince Michel a épousé à Rio de Janeiro la princesse Eléonore d’Orléans-Bragance. Christine et Anne se marièrent toutes deux à Beloeil avec, respectivement, le prince Antonio d’Orléans-Bragance (frère d’Eléonore) et Olivier Mortgat. En 2001, la princesse Anne a divorcé et s’est remariée en 2010 avec le chevalier Charles de Fabribeckers de Cortils et Grâce. En 1982, la princesse Sophie s’est unie au comte Philippe de Nicolaÿ, dont elle divorça en 1998. La princesse Alix a perdu en 1985 sa mère, la mythique grande-duchesse Charlotte. Sa fille Yolande s’est mariée en 1994 avec Hugo Townsend et son fils Lamoral a épousé en 2001 la comtesse Minthia de Lannoy. 

La princesse Christine de Ligne et le prince Antonio d'Orléans-Bragance
lors de leur mariage au château de Beloeil en 1981, entourés du prince Antoine
et de la princesse Alix, ainsi que de la princesse Maria Elisabeth d'Orléans-Bragance

Le 29 avril 1990, Alix assista à l’inauguration du Monument Grande-Duchesse Charlotte, situé sur la Place de Clairefontaine à Luxembourg. Le 14 avril 1995, la princesse Alix assista aux côtés du grand-duc Jean et de la grande-duchesse Joséphine-Charlotte à la célébration organisée à l’occasion du cinquantenaire du retour de la grande-duchesse Charlotte. En mars 1999, le prince Antoine et la princesse Alix furent conviés par le roi Albert II et la reine Paola au déjeuner privé organisé au Palais de Bruxelles, le premier jour de la visite d'Etat du grand-duc Jean et de la grande-duchesse Joséphine-Charlotte. Ayant assistés en 1960 au mariage du roi Baudouin et de la reine Fabiola, ils figuraient parmi les invités au mariage du prince héritier Philippe avec Mathilde d’Udekem d’Acoz en décembre 1999.

La princesse Alix et le roi Baudouin (suivi par la reine Fabiola) au château
de La Follie à Ecaussinnes-d'Enghien à l'occasion des 50 ans de
l'Association de la Noblesse du Royaume de Belgique en 1986
La princesse Alix en compagnie de sa soeur Elisabeth et de ses neveux
le grand-duc héritier Henri et la grande-duchesse héritière Maria Teresa
pour l'inauguration du Monument Grande-Duchesse Charlotte en 1990
Photo : Collections de la Maison Grand-Ducale
La princesse Alix avec la reine Paola en 1997 à l'occasion de la
11ème Convention internationale des roses à Bruxelles

Le 9 juillet 2005, le prince Antoine et la princesse Alix accueillirent au château de Beloeil le mariage de leur petite-fille Elisabeth de Ligne avec le baron Baudouin Gillès de Pélichy. Le 21 août, le prince Antoine assista seul à une messe célébrée en la basilique de Tongre-Notre-Dame, tandis que son épouse se trouvait en Bavière. Le soir, alors qu’il souffrait d’une angine de poitrine depuis quelques jours, le prince Antoine succomba dans son lit à une attaque cardiaque. Âgé de 80 ans, il avait encore été vu une semaine auparavant en train de tondre les pelouses du château de Beloeil. Ses funérailles se sont déroulées le 27 août en l'église Saint-Pierre de Beloeil en présence du grand-duc Jean et de la reine Fabiola. L’année suivante, la princesse Alix devint pour la première fois arrière-grand-mère avec la naissance d’Antoine, fils de sa petite-fille Elisabeth. Elle assista également au passage du Tour de Luxembourg à Fischbach avec son frère le grand-duc Jean.

Le couple en octobre 1998 pour une soirée au château de Saffelaere
au profit du Fonds voor het Zeepreventorium De Haan auquel le prince
Antoine accordait son haut patronage
Photo : Collection Valentin Dupont

En 2007, elle assista aux côtés de son frère aux funérailles de sa sœur Marie-Adélaïde en Autriche. Deux ans plus tard, la princesse Alix eut la douleur de perdre l’un de ses petits-enfants, le prince Pedro Luis d’Orléans-Bragance, mort dans l’accident du vol 447 d’Air France qui avait décollé à Rio de Janeiro en direction de Paris et qui s’écrasa dans l’Atlantique. Son petit-fils travaillait au Luxembourg et passait ses week-ends au château de Beloeil.

La princesse Alix avec la famille de sa fille Christine en 2004 à l'issue
d'une messe d'action de grâce à Rio de Janeiro en l'honneur des 90 ans
de la princesse Marie Elisabeth d'Orléans-Bragance, née princesse de Bavière
Noël au Brésil avec sa fille Christine, son beau-fils Antonio et ses petits-enfants
Pedro Luiz, Maria Gabriela, Amelia et Rafael.


Mariage de sa petite-fille Alix en 2016
Photo : Cour Grand-Ducale
Veuve, avec une mobilité amoindrie, la princesse Alix apparut de moins en moins en public et dût renoncer à ses séjours à l’étranger, même si elle pouvait compter sur de fréquentes visites de ses enfants et petits-enfants à Beloeil. En 2011, elle se rendit deux fois au grand-duché afin de célébrer les 90 ans de son frère le grand-duc Jean mais aussi pour une messe de requiem en l’église Saint-Michel en mémoire de sa sœur la princesse Elisabeth. Cette même année, elle accueillit avec son fils Wauthier une délégation du Luxembourg City Tourist Office et des guides officiels luxembourgeois à l’occasion de la fin de la saison touristique au château de Beloeil. En 2012, elle assista aux funérailles de la comtesse Philippe de Lannoy à Anvaing et au mariage à Luxembourg de son petit-neveu le grand-duc héritier Guillaume. Sa dernière apparition publique remontait à juin 2016 pour le mariage de sa petite-fille la princesse Alix de Ligne et du comte Guillaume de Dampierre. Elle assistait par ailleurs au baptême de son arrière-petite-fille Olympia de Dampierre, célébré en juillet 2018 dans la chapelle du château de Beloeil. 

La princesse Alix s’est éteinte le 11 février 2019 au château de Beloeil qu’elle habita près de septante ans. Ses funérailles se sont déroulées en l’église Saint-Pierre de Beloeil le 16 février en présence notamment de son frère le grand-duc Jean, du grand-duc Henri et de la grande-duchesse Maria Teresa, de ses nièces Marie-Astrid et Margaretha, nées princesse de Luxembourg, des filles de sa sœur Marie-Gabrielle qui n'avait pu effectuer le voyage depuis le Danemark, et de descendants de ses frère et sœurs défunts Charles, Marie-Adélaïde et Elisabeth. La famille royale belge était représentée par le prince Laurent. Durant la messe de funérailles, plusieurs de ses petits-enfants ont pris la parole, tout comme une représentante de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem. En fin de cérémonie, sa fille la princesse Anne a remercié l’ensemble du personnel médical qui s’était dévoué auprès d’elle ces dernières années. L’inhumation de la défunte s’est déroulée plus tard dans l’intimité de la famille, dans la crypte située à côté de l’église.

Photo : Valentin Dupont / Royalement Blog
Photo : Valentin Dupont / Royalement Blog