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29 août 2017

La famille grand-ducale et les présidents français

Après le règne de la grande-duchesse Marie-Adélaïde, critiquée par la France pour son attitude durant la Première Guerre mondiale et qui fit pression pour qu'elle abdique en 1919, le régime français observa avec une certaine méfiance les débuts de sa sœur Charlotte. Pour preuve, un télégramme d’octobre 1920 émanant du ministre de France à Luxembourg en réponse au ministre des Affaires étrangères Leygues qui s’étonnait de la nouvelle des fiançailles de la princesse Sophie de Luxembourg avec le plus jeune fils du roi de Saxe. Après une entrevue avec le Maréchal de la Cour, le diplomate eut un entretien avec le Ministre d’Etat « pour lui marquer combien nous étions loin de nous attendre à de pareilles nouvelles alors que le gouvernement luxembourgeois nous assurait de son constant désir de marcher en toute occasion d’accord avec l’Entente ». La grande-duchesse Charlotte put éloigner les soupçons sur sa personne en se désolidarisant de l’attitude de ses sœurs qui ne l’avaient d’ailleurs pas consultée avant leurs fiançailles. D’ailleurs, une note du Département datant de novembre 1920 visait une autre personnalité de la famille grand-ducale, considérée comme germanophile : « On aurait lieu à craindre que la grande-duchesse douairière Marie-Anne, qui réside en Bavière avec ses filles, ne renonce pas facilement à toute influence dans le pays ».

Le 15 février 1920, la grande-duchesse Charlotte, accompagnée du prince Félix, avait été invitée à se rendre à Thionville, ayant jadis fait partie du duché de Luxembourg, où elle fut accueillie par le président français Raymond Poincaré. Ce déplacement coïncidait avec la remise de la Légion d’honneur à cette ville, mais sans doute que l'événement scellait une réconciliation formelle entre les deux pays. En mémoire de cette visite, une Rue de la Grande-Duchesse Charlotte (1896-1985) a été inaugurée en 2006 en présence du grand-duc Henri et de la grande-duchesse Maria Teresa. 

© Bibliothèque Nationale de France

La grande-duchesse Charlotte et le prince Félix ont été officiellement reçus au Palais de l’Elysée par le président Albert Lebrun le 22 juillet 1937. Un déplacement qui intervenait à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris à laquelle participait le grand-duché. Deux ans plus tard, le 3 août 1939, le président Lebrun a effectué un voyage au Luxembourg et dîna à la légation française en présence des membres du gouvernement. Il fut également reçu en audience par la famille grand-ducale. Bien que de nature semi-privé, ce déplacement fut accueilli favorablement au Luxembourg, comme une promesse d’amitié, particulièrement appréciée dans le contexte de la montée des périls. 

1937
1939

Du 20 au 22 juin 1957, le président René Coty a effectué une visite d’Etat au Luxembourg. Il y reçut un accueil très chaleureux des autorités mais aussi des Luxembourgeois. Pour son arrivée, la capitale était décorée d’oriflammes, de guirlandes lumineuses et, aux abords du Pont Adolphe, d’obélisques décoratifs surmontés de flammes symboliques portant les écussons des deux pays. Les écoliers purent d’ailleurs bénéficier d’une journée de congé pour aller accueillir le président Coty. Lors du dîner de gala, la grande-duchesse Charlotte indiqua que : « Votre visite, Monsieur le Président, nous apparaît comme une démonstration solennelle de l’amitié séculaire qui n’a cessé d’unir nos deux pays dans les bons comme dans les mauvais moments ». Outre le couple héritier, le prince Charles et la princesse Marie-Adélaïde participaient aux réjouissances. Après le dîner, une apparition au balcon eut lieu. Lors de ce déplacement, le président de la République alla rendre visite au grand-duc héritier Jean et à la grande-duchesse héritière Joséphine-Charlotte dans leur résidence du Betzdorf, l’occasion de faire également connaissance avec leurs enfants. Un feu d’artifice fut tiré dans la capitale pour saluer le départ du président Coty.



La grande-duchesse Charlotte et le prince Félix étaient à Paris le 4 février 1961. Un déjeuner fut offert en leur honneur à l’Elysée, dans le Salon Murat, par le président Charles de Gaulle et son épouse. Ce déjeuner comptait une quarantaine de convives. Le général de Gaulle commença son discours par ces mots : « Votre Altesse Royale a tenu à nous rendre visite, d’une manière presque intime. Nous espérons, cependant, que nous aurons un jour la joie et l’honneur de la recevoir à Paris avec toute l’ampleur officielle et populaire qui répondrait aux sentiments que la France porte au Luxembourg et à sa gracieuse souveraine ». A l’issue du déjeuner, Charlotte remit l’Ordre du Lion d’Or de la Maison de Nassau au général. Une estime mutuelle devait sans doute unir ces deux figures de la Résistance. 



Les vœux du général de Gaulle furent exhaussés en 1963. La grande-duchesse Charlotte réserva sa toute dernière visite d’Etat, avant son abdication, pour la France. Celle-ci s'est déroulée du 2 au 5 octobre. Mais la grande-duchesse Charlotte eut l’occasion de revoir le président français l’année suivante, le 26 mai 1964, à l’occasion de l’inauguration du canal de la Moselle. En compagnie du président ouest-allemand Lübke, ils prirent part à une mini-croisière de 270 kilomètres à bord du Strasbourg, entre les villes d’Apach et de Trêves. Suite au décès du général de Gaulle, le grand-duc Jean se rendit au service solennel organisé à la cathédrale Notre-Dame de Paris pour les chefs d’Etat, tandis que sa mère assista au service célébré en la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg.



Les 3 et 4 mai 1972, ce fut au tour du président Georges Pompidou, accompagné de son épouse, d’effectuer une visite d’Etat au Luxembourg. Ils y reçurent un accueil tout aussi enthousiaste que le président René Coty en son temps. Et tout comme lui, après le dîner de gala à la Chambre des députés et la réception au Palais, il eut l’occasion d’apparaître au balcon. Suite au décès du président en exercice Pompidou, un deuil fut décrété à la Cour grand-ducale, et ce jusqu’aux funérailles. Le grand-duc Jean assista au service solennel à la cathédrale Notre-Dame de Paris. 



Le grand-duc Jean et la grande-duchesse Joséphine-Charlotte se rendirent en visite d’Etat en France du 18 au 20 septembre 1978 à l’invitation du président Valéry Giscard d’Estaing et de son épouse. Lors du dîner de gala à l’Elysée, auquel le prince et la princesse Napoléon ainsi que la princesse Irène des Pays-Bas furent conviés, le grand-duc Jean évoqua dans son allocution la mémoire de Robert Schuman, moteur de la construction européenne qui naquit au grand-duché en 1886. Le dîner de retour, offert par le couple grand-ducal, fut organisé à l’Hôtel Marigny. Pour l’anecdote, le président Giscard d’Estaing offrit lors de ce séjour au grand-duc Jean un parchemin du XIVe siècle évoquant les liens entre Jean l’Aveugle, comte de Luxembourg, et le roi Philippe VI.

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Mais ce n’était pas la première fois que les deux couples se rencontraient. Le grand-duc Jean et la grande-duchesse Joséphine-Charlotte avaient été reçus à déjeuner à l’Elysée en 1976. L'année suivante, le couple grand-ducal avait été convié en compagnie d'autres chefs d'Etat à l’inauguration du Centre Georges Pompidou à Paris. Après ce septennat, l'ancien président et son épouse ont eu l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises des membres de la famille grand-ducale lors de divers rendez-vous mondains qui se sont déroulés dans la capitale parisienne, comme lors de plusieurs gala de la Fondation pour l'enfance présidée par Anémone Giscard d'Estaing. Le grand-duc Henri et l'ancien président Giscard d'Estaing se sont également retrouvés lors de la prestation de serment du président portugais Aníbal Cavaco Silva à Lisbonne en 2006. 

1976
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Le président François Mitterrand se rendit durant ses deux mandats à plusieurs reprises au Luxembourg pour des visites de travail. Le premier déplacement après sa victoire en 1981 fut d’ailleurs de cette nature, à l’occasion du 20e sommet européen le 30 juin. Il rencontra alors le grand-duc Jean lors d’une audience. En juin 1984, le grand-duc Jean figurait parmi les chefs d'Etat invités à la commémoration des 40 ans du Débarquement en Normandie auquel il participa d'ailleurs à partir du 11 juin 1944. Le grand-duc Jean fut également invité en 1988 lors de la cérémonie du transfert des cendres de Jean Monet au Panthéon.



Les 13 et 14 mai 1992, le président Mitterrand et son épouse se rendirent en visite d’Etat au Luxembourg. Le Palais grand-ducal étant en travaux, le président bénéficia de la Villa Vauban, lieu de travail provisoire du grand-duc Jean, pour ses rencontres politiques. Le dîner de gala eut lieu dans le cadre de l’ancienne abbaye d’Echternach. Les temps avaient alors changé et ces déplacements officiels n’attiraient plus les foules, comme c'était le cas pour le président Coty en 1957 et le président Pompidou en 1972. Le président Mitterrand fit d’ailleurs face à des manifestants écologiques – comme François Hollande en 2015 – concernant plusieurs dossiers français intéressant le grand-duché, comme la proximité de la centrale nucléaire de Cattenom. Le couple grand-ducal eut l'occasion de revoir le président Mitterrand en 1995. Celui-ci s'était rendu au Luxembourg pour se voir remettre le Prix Joseph Bech pour ses efforts concernant la construction européenne. Suite au décès de l’ex-président en 1996, Jean et Joséphine-Charlotte assistèrent au service solennel à la cathédrale Notre-Dame de Paris. L'année suivante, le couple grand-ducal et le grand-duc héritier Henri ont rencontré le président Jacques Chirac invité au palais grand-ducal avec d'autres chefs d'Etat et de gouvernement à l'occasion d'un sommet européen se tenant à Luxembourg.

1992
Photo : Collection personnelle Valentin Dupont

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Avec l’abdication du grand-duc Jean, son successeur effectua deux visites officielles de courtoisie à Paris et à Berlin. Le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa furent accueillis le 10 octobre 2000 par le président Jacques Chirac et son épouse à l’Elysée. Bernadette Chirac emmena ensuite la grande-duchesse Maria Teresa pour une visite de l'hôpital Necker pour enfants malades. Aucune visite d’Etat n’eut lieu durant les deux mandats du président Chirac. Notons cependant que le couple grand-ducal et le grand-duc Jean furent invités aux célébrations des 50 ans du Débarquement de Normandie en juin 2004. La grande-duchesse Maria Teresa s'est rendue en 2005 à Paris à l'occasion de la tenue d'une conférence de haut-niveau sur l'accès à la microfinance honorée de la présence du président Chirac. Par ailleurs, Bernadette Chirac a eu l'occasion de rencontrer des membres de la famille grand-ducale à plusieurs reprises lors de mondanités. Elle fut également invitée en 1997 lors des 70 ans de la grande-duchesse Joséphine-Charlotte.


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Il n'y a pas eu non plus de visite officielle lors du mandat du président Nicolas Sarkozy. Le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa étaient par contre invités le 11 novembre 2008 aux célébrations des 90 ans de l'Armistice à Douaumont. Le président français Sarkozy et le grand-duc Henri ont également eu l'occasion de se croiser aux funérailles d'Etat de l'ancien président tchèque Václav Havel en décembre 2011. Des rencontres officieuses entre les présidents français et la famille grand-ducale sont néanmoins probables puisque le Fort de Brégançon, lieu de villégiature officiel du chef d'Etat français depuis 1968, se situe à côté de la Tour Sarrazine, propriété estivale de la famille grand-ducale. Dans ce cadre, la presse luxembourgeoise avait d’ailleurs rapporté que le grand-duc Henri aurait rencontré le président François Hollande lors des vacances d’été en 2012.



En juin 2014, le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa étaient invités à participer à la commémoration des 60 ans du Débarquement de Normandie. Le grand-duc Jean se trouvait également dans la tribune officielle. Le président français François Hollande a effectué une visite officielle au Luxembourg le 6 mars 2015. Un déplacement d’une seule journée qui a démarré par un accueil du couple grand-ducal suivi d’un entretien au Palais. Dans l’après-midi, ils se sont rendus ensemble au château de Betzdorf, lieu qui a vu la naissance du grand-duc Henri en 1955 et qui abrite le siège de la Société Européenne des Satellites. Le programme officiel les a conduit ensuite à Esch-Belval. En soirée, un dîner de gala fut offert au Palais grand-ducal en présence du couple héritier. Dans son toast, le grand-duc Henri a déclaré : « C’est un privilège pour la Grande-Duchesse comme pour moi-même que de vous souhaiter la bienvenue ce soir. En effet, la venue d’un Président de la République française au Grand-Duché de Luxembourg est un événement marquant, tant par sa portée que par sa rareté. […] Évoquer les relations du Luxembourg avec la France se révèle un exercice complexe. Leur importance n’a pas vraiment d’équivalent, leur plasticité à travers le temps étonne, la part qu’elles laissent à l’émotion est unique. Parler de la France, c’est aussi parler de nous-mêmes et de ce que nous, Luxembourgeois, ressentons au plus profond ».



Le président Emmanuel Macron et son épouse ont effectué une visite de travail d'une journée au grand-duché le 29 août 2017. Ils ont tout d'abord été reçus en audience par le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa au Palais grand-ducal. Alors que le chef d'Etat français avait un programme séparé avec le premier ministre luxembourgeois rejoint par le premier ministre belge, la grande-duchesse Maria Teresa a emmené Brigitte Macron pour deux visites culturelles dans la capitale : l'abbaye de Neumünster qui est un centre culturel et le Musée d'Art Moderne Grand-Duc Jean. Lors de ces visites, la compagne du premier ministre belge et l'époux du premier ministre luxembourgeois étaient également présents. Les rapports d'activités de la Première dame publiés par l'Elysée nous apprennent par ailleurs que la grande-duchesse Maria Teresa et Brigitte Macron se sont rencontrées à deux autres reprises en 2017 : à l'occasion d'un entretien au mois de juillet et pour un déjeuner au mois d'octobre.

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Le 10 octobre 2017, le prince Félix et la princesse Claire se sont rendus à la Frankfurter Buchmesse, la foire du livre de Francfort. Le couple s'est tout d'abord rendu à l'hôtel de ville pour une réception officielle en présence notamment du président Emmanuel Macron. Ils ont ensuite retrouvé le président français pour la cérémonie officielle d'ouverture de la foire du livre et l'inauguration du pavillon d'honneur de la France. Du 19 au 21 mars 2018, le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa ont effectué une visite d'Etat en France. Arrivés la veille à la Gare de l'Est, le couple a été accueilli au Palais de l'Elysée après une cérémonie d'accueil officielle à l'Hôtel des Invalides. En soirée, le couple grand-ducal était de retour à l'Elysée pour le dîner de gala offert par le président Macron et son épouse. Dans son discours, le grand-duc Henri indiqua : « Je me souviens avec émotion de ma grand-mère la Grande-Duchesse Charlotte rendant hommage en 1963 ici-même à l'Elysée au Général de Gaulle. Tous deux ont écrit des pages décisives de l'histoire de leur pays. J'aimerais aussi évoquer l'attachement constant de mon père, le Grand-Duc Jean, à cette terre de France et à ses habitants, dont il a été un des libérateurs au sein du régiment britannique des Irish Guards en 1944 et qu'il continue de couver de son regard bienveillant. Sa visite d'Etat à Paris à l'invitation du Président Giscard d'Estaing en 1978 permit de mettre en exergue une nouvelle page de notre destin commun, à savoir l'aventure européenne ».

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Le 20 mars, lors de la visite protocolaire à la mairie de Paris, le couple grand-ducal eut l'occasion d'y retrouver leur fille la princesse Alexandra. Après un déjeuner avec le premier ministre Edouard Philippe, ils ont retrouvé le couple présidentiel à l'Académie française à l'occasion de la Journée internationale de la francophonie. Accompagnés de Brigitte Macron, le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa ont visité la Station F, le plus grand campus de start-up au monde fondé par Xavier Niel. La journée s'est clôturée par une réception dînatoire organisée dans le cadre du Musée Rodin où le couple grand-ducal avait été rejoint par le grand-duc héritier Guillaume et la grande-duchesse héritière Stéphanie, le prince Félix et la princesse Claire, le prince Louis et la princesse Alexandra. La dernière journée de la visite d'Etat s'est déroulée à Toulouse.

Le 10 mai 2018, étant l'un des parrains de la Fondation du Prix international Charlemagne d'Aix-la-Chapelle, le Grand-Duc a assisté à la remise du prix au président Emmanuel Macron. En août, alors en vacances dans leur propriété de Cabasson, le couple grand-ducal invita à dîner le couple présidentiel alors en villégiature au Fort de Brégançon. Les deux couples se sont retrouvés à Paris à l'occasion du centenaire de l'Armistice de la Première Guerre mondiale. Le 10 novembre, le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa ont participé à un dîner offert par le président Macron. Le lendemain, le couple grand-ducal assista à une cérémonie internationale à l'Arc de triomphe après avoir été accueilli au Palais de l'Elysée. 

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Le janvier 2019, la grande-duchesse Maria Teresa a retrouvé Brigitte Macron à l'Institut de France pour une remise de prix de la Fondation Stéphane Bern pour l'Histoire et le Patrimoine. Le 27 mars, l'épouse du président français a effectué le déplacement au grand-duché afin de soutenir le Forum international Stand Speak Rise Up!, une initiative de la grande-duchesse Maria Teresa afin de lutter contre les violences sexuelles dans les zones sensibles. Le 30 septembre, le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa se sont une nouvelle fois rendus officiellement à Paris afin d'assister à l'hommage solennel célébré en l'église Saint-Sulpice suite au décès du président Jacques Chirac. Auparavant, à l'instar des autres dignitaires étrangers, le couple grand-ducal avait été convié à un déjeuner à l'Elysée.


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Sources :
- KERSTIN S. (2015), « Les présidents français au Luxembourg. De Coty à Hollande en passant par Pompidou », Luxemburger Wort [consulté en ligne]
- « M. Mollard, Ministre de France à Luxembourg, à M. Leygues, Ministre des Affaires étrangères » dans MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES (2002), Documents diplomatiques français. 1920. Tome III. 24 septembre 1920 – 15 janvier 1920, Bruxelles, P.I.E.-Peter Lang, pp. 162-163

11 février 2014

La visite d'Etat de Baudouin et Fabiola en France en 1961

Le 6 février, le roi Philippe et la reine Mathilde ont effectué une visite officielle en France. Au programme, un hommage à la statue du roi Albert Ier à côté de la place de la Concorde, un déjeuner à l'Elysée, une rencontre avec le président de l'Assemblée nationale et une réception à l'ambassade de Belgique. C'est l'occasion de revenir sur la visite d’État du roi Baudouin, la première accompagnée de la reine Fabiola, chez le voisin français en 1961. Une visite de quatre jours durant lesquelles la république avait déployé tous ses fastes. 


Collection personnelle Valentin Dupont


Le mercredi 24 mai 1961 en matinée, la caravelle d'Air France Comté de Nice atterrit à Orly. A son bord, se trouvent le roi Baudouin et la reine Fabiola. Pour ce déplacement, ils sont accompagnés du Premier ministre Théo Lefevre et du Vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak. La Cour est représentée par le comte Gobert d'Aspremont Lynden, Grand Maréchal, le comte Gatien du Parc Locmaria, Maître des Cérémonies, le lieutenant-général R. Dinjaert, Chef de la Maison Militaire, Charles Kerremans, attaché au département du Grand Maréchal, le lieutenant-général O. Harteon comme aide de camp, le major R. de Heusch en tant qu'officier d'ordonnance, sans oublier la princesse de Merode-Westerloo, dame d'honneur de la souveraine.

A l'aéroport, le général de Gaulle, président de la république, et son épouse Yvonne accueillent le couple royal en présence du Premier ministre Michel Debré, du Ministre des Affaires étrangères Maurice Couve de Murville, du Ministre des Armées Pierre Messmer, ainsi que de l'ambassadeur de Belgique en France le baron Marcel-Henri Jaspar, de l'ambassadeur français basé en Belgique Raymond Bousquet, du général d'armée André Demetz, gouverneur militaire de Paris, du préfet de Seine-et-Oise Paul Demange et du préfet de police Maurice Papon. Alors que Mme de Gaule et la reine Fabiola prennent la voiture, le général de Gaulle entraîne le roi Baudouin au drapeau. Les hymnes nationaux sont exécutés et les troupes passées en revue. Dans le salon d'honneur de l’aéroport ont lieu les présentations des diverses personnalités présentes puis les discours des chefs d’État. Le président français indique notamment que « depuis la visite d'Albert Ier, il n'y a eu entre la Belgique et la France que des raisons de s'estimer, de s'allier et de s'aimer » 




Ensuite les deux couples prennent la direction de l'hôtel du ministre des Affaires étrangères, sur le Quai d'Orsay, où les souverains belges logeront durant leur séjour. Une partie de la délégation belge prendra ses quartiers par contre à l'Hôtel de Crillon. Le long du parcours, ce ne sont pas moins de 12.000 policiers qui assurent la sécurité. Arrivés à destination, un détachement de la Garde républicaine rend les honneurs puis les suites et la Maison du général de Gaulle sont présentées dans le Salon de la Rotonde. Le président français a détaché auprès du Roi des Belges le général Leguay, le commandant Jallas, le capitaine de corvette de Castelbajac, M. de Casteja (conseiller des Affaires étrangères), sans oublier Mme de Beaumarchais destinée à la reine Fabiola. Le couple royal a alors le loisir de découvrir les appartements mis à sa disposition, agrémentés pour l'occasion de prêts venant du Louvre : un Manet, deux Chardin et un Lancret.


Une heure plus tard, à exactement 12h28, le général de Gaulle est de retour, accompagné de son Premier ministre Michel Debré et d'une délégation française. Les deux chefs d’État se retrouvent dans le Hall d'Honneur puis prennent la direction du Tombeau du Soldat Inconnu. Accueillis par le Ministre des Armées Pierre Messmer et le Ministre des Anciens combattants et Victimes de la Guerre Raymond Triboulet, cette cérémonie d'hommage est le premier temps fort de toute visite d’État. Elle se conclut par la signature du livre d'or par le roi Baudouin.



Photo : Archives Le Soir


Le cortège de dix voitures pénètre ensuite, via la Grille du Coq, à l’Élysée, demeure officielle du président français. Le président de Gaulle conduit son hôte dans le Salon des Ambassadeurs et sont peu après rejoints par la reine Fabiola et Mme de Gaulle pour un déjeuner intime dans le Salon Murat. Les deux couples dégustent alors du melon au porto, un bar braisé au chablis, une poularde de Bresse périgourdine, des formages puis un soufflé au Grand Marnier, le tout arrosé par un Chevalier-Montrachet de 1955. A l'issue du déjeuner, vers 14h40, alors que la reine Fabiola regagne le Quai d'Orsay, le général de Gaulle entraîne le roi Baudouin dans son cabinet pour un entretien privé de quarante-cinq minutes.





De retour lui aussi à l'hôtel du ministre des Affaires étrangères, le roi Baudouin se voit présenter les chefs de mission diplomatique dans le Salon de l'Horloge, resté célèbre pour la déclaration qu'y a faite Robert Schuman le 9 mai 1950 pour la construction européenne. Un peu plus d'une heure plus tard, il accorde une audience à Marie-Hélène Cardot, vice-présidente du Sénat et présidente du Groupe d'Amitié France-Belgique au Sénat, à M. Courant, député et président du Groupe d'Amitié France-Belgique à l'Assemblée nationale, ainsi qu'à tous les membres de ces deux bureaux. Pendant ce temps, la reine Fabiola a eu le temps de retrouver sa mère, la marquise douairière de Casa Riera, descendue à l'Hôtel de Crillon.


En soirée, un dîner de gala était offert au Palais du Louvre par le président français en l'honneur du Roi et de la Reine des Belges. La reine Fabiola arbore la version uniquement florale du diadème des ducs de Medinaceli. Salués devant la Porte Denon par le Ministre de la Culture André Malraux, les souverains belges retrouvent le couple présidentiel sur le perron. Patientant dans la Galerie de Praxitèle, les invités sont présentés progressivement aux deux couples dans la Salle du Parthénon et gagnent ensuite leurs places dans la Galerie des Cariatides. Après le dîner, les deux couples se retirent dans la salle où avaient eu lieu les présentations. Avant de regagner le Quai d'Orsay, le couple royal se voit présenter dans le Salon d'Auguste les chefs de mission diplomatique et leurs conjoints. Baudouin et Fabiola prennent ensuite congé du couple présidentiel dans la Galerie du Manège, il est alors 23h30.







Lors du dîner , comme toujours lors d'une telle visite, les deux chefs d’État ont prononcé un discours. Un extrait de la réponse du Roi au général de Gaulle ne passera pas inaperçu dans les milieux laïques belges : « Nul dialogue n'est valable entre les hommes si ceux-ci ne communient pas à quelque vérité souveraine et reconnue de tous. La science peut abolir les distances et franchir les espaces, elle est incapable, par elle-même, de faire tomber un préjugé, d'amener l'homme à tendre la main à l'homme, de nouer entre eux des liens durables et de leur apporter des raisons de vivre. Or, aujourd'hui comme hier, les hommes ont besoin, pour vivre, de savoir pourquoi notre monde contemporain s'interroge encore avec acuité sur le sens même de la vie personnelle et collective. Ceux qui ont opté pour les sables mouvants du relativisme ne peuvent offrir une réponse valable à ces questions vitales. On ne construit pas une cité humaine sur de pareils fondements, sur de pareils marécages. Cette primauté du spirituel sur la technique, la France en est profondément convaincue. La grandeur de votre pays à travers l'histoire, Monsieur le Président, vient de ce qu'il a gardé le culte des valeurs essentielles qui sont à la base de notre civilisation et qui sont l'héritage du christianisme ». Si bien qu'Henri Janne, sénateur socialiste et ancien recteur de l'Université Libre de Bruxelles, a publié un article dans Le Soir du 1er juin afin de remettre en cause, non pas tant la personne du roi Baudouin, mais celle du ministre socialiste des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak qui avait lu auparavant le discours et n'y avait trouvé rien à redire. 


Le lendemain, la journée commence pour le couple royal par une visite en matinée au château de Fontainebleau, accompagné du Ministre de la Culture André Malraux et de son épouse. Ensuite, un déjeuner est offert au Quai d'Orsay par le Ministre des Affaires étrangères Maurice Couve de Murville. En après-midi, les souverains se rendent à l'ambassade de Belgique, rue de Tilsitt. Quarante-cinq minutes plus tard, le Ministre des Affaires économiques Wilfrid Baumgartner et son épouse viennent les chercher pour une réception à la Chambre de Commerce de Paris. Ils y sont également salués par le Secrétaire d’État au Commerce intérieur Joseph Fontanet et le président de la Chambre de Commerce Georges Desbrières.




Le soir, c'est au tour du couple royal d'offrir un dîner au président de Gaulle. Celui-ci a lieu à la résidence de l'ambassadeur de Belgique dans l'Hôtel de La Marck, rue de Surène. Ensuite, les invités sont conviés à une soirée de gala au Théâtre national de l'Opéra avec au programme le 3e acte du Lac des Cygnes avec Claude Bessy et Attilo Labis. A leur arrivée, la Garde républicaine rend les honneurs. Le couple royal retrouve alors le couple Malraux et se fait présenter M. Julien, administrateur-général de la Réunion des Théâtres Lyriques Nationaux. Pendant l'entracte, les deux couples se rendent au Musée de l'Opéra où M. Julien leur présente dans la rotonde de la bibliothèque les danseurs et les danseuses étoiles du corps de ballet. A la fin de la soirée, au moment de quitter la loge présidentielle, la reine Fabiola est prise d'étourdissements. Déjà avant d'entamer cette visite, il était question dans la presse belge d'une possible grossesse.


Collection personnelle Valentin Dupont

Le vendredi 26, la reine Fabiola reste dans ses appartements. Le général de Gaulle lui envoie un médecin et un communiqué officiel fait état de « coliques néphrétiques ». Deux semaines plus tard, le couple royal se rendra en audience auprès du pape Jean XIII et ce dernier indiquera maladroitement à la presse que la souveraine est belle et bien enceinte. Hélas, cette grossesse, comme plusieurs autres, se soldera par une fausse couche... La visite prévue avec Mme de Gaulle de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul est donc annulée. Le roi Baudouin se rend, lui, en matinée à l'usine des automobiles Simca à Poissy avec le Ministre de l'Industrie et du Commerce Jean-Marcel Jeanneney.

Aux alentours de midi, le Ministre de l'Information Roger Frey et son épouse arrivent à l'hôtel du ministre des Affaires étrangères et emmènent le Roi à l'hôtel de ville où l'attend une réception. Il est accueilli par Julien Tardieu, président du Conseil municipal. Les membres du Conseil lui sont présentés dans le Salon des Tapisseries puis il signe le livre d'or. La réception se poursuit dans la Salle des Fêtes où les hymnes nationaux retentissent et où le président Tardieu prononce un discours, auquel le Roi répond. C'est à l'Hôtel de Lauzun qu'un déjeuner est offert par le Conseil municipal en l'honneur du souverain belge. 

En après-midi, le roi Baudouin visite la Fondation Biermans-Lapôtre, une résidence de la cité international universitaire de Paris qui accueille en priorité des étudiants belges, ainsi que des Luxembourgeois. Avec l'ambassadeur belge, le baron Jaspar, il quitte la fondation près d'une demi-heure plus tard pour une réception à l'ambassade de Belgique, l'occasion de rencontrer la colonie belge. 

Une nouvelle soirée de gala attend le souverain, cette fois-ci dans le cadre magnifique du château de Versailles et de ses grandes eaux. Il a d'ailleurs l'occasion de rencontrer l'architecte et le conservateur en chef du musée avant de signer le livre d'or. Après la traditionnelle présentation des multiples invités, c'est la célèbre Galerie des Glaces qui sert d'écrin au dîner. Des rumeurs d'attentat planant sur le général de Gaulle, les photographes y sont tout d'abord interdits puis pénètrent dans la salle après l'intervention de Claude de Valkeneer, attaché de presse du Palais. Ensuite, le Roi se retire avec le couple présidentiel dans le Salon de la Pendule, avant de se rendre à l'Opéra Louis XV pour une représentation. Durant l'entracte, le roi Baudouin retrouve M. Julien qui lui présente, dans le vestibule d'entrée, les artistes du spectacle. C'est vers minuit que le souverain belge prend congé de ses hôtes. 

Le 27 mai, le couple royal se rend en matinée à l’Élysée afin de saluer une dernière fois le couple présidentiel avant de regagner la Belgique. Baudouin et Fabiola prennent tout d'abord congé des présidents des assemblées, des membres du gouvernement et d'autres personnalités dans le Salon des Ambassadeurs. Les deux chefs d’État se rendent ensuite au drapeau, accompagnés du Premier ministre Michel Debré et du Ministre des Armées Pierre Messmer, tandis que les hymnes se succèdent. Le général de Gaulle reconduit le Roi à sa voiture qui démarre à 10h15. Avant de mettre un terme à cette visite d’État, le roi Baudouin se rend encore au Centre d’Études Nucléaires à Saclay et visite les installations. A 11h45, il arrive à l'aéroport de Villacoublay, où la reine le rejoint. Le couple embarque donc dans un avion à destination du royaume, c'est en tout cas la version du programme officiel puisque d'autres sources indiquent que Baudouin et Fabiola n'auraient regagné la Belgique que le dimanche.


Photo : Sipa Press
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- Voyage en France de Leurs Majestés le Roi et la Reine des Belges. Programme du Voyage du 24 au 27 mai 1961, Paris, Papeterie Vendôme, Collection privée Valentin Dupont
- DE LOBKOWICZ Stéphane (1994), Baudouin. Biographie, Braine l'Alleud, Éditions J.-M. Collet, pp. 193-194
- DE VALKENEER Claude (2002), De Cour à jardin. 30 ans au Palais royal, Bruxelles, Éditions Racine, p. 85
- MICHELLAND Antoine et SÉGUY Philippe (1995), Fabiola. La reine blanche, Paris, Bayard Éditions, pp. 129-132
- STENGERS Jean (1992), L'action du Roi en Belgique depuis 1831. Pouvoir et influence, Paris - Louvain-la-Neuve, Éditions Duculot, pp. 215-217

3 avril 2012

Bicentenaire de la naissance de la reine Louise-Marie

Peinture de Gusaf Wappers

Louise, Marie, Thérèse, Caroline, Isabelle d'Orléans est née à la Villa Santa-Teresa de Palerme le 3 avril 1812. Elle est la fille de Louis-Philippe, duc d'Orléans, et de la princesse Marie-Amélie de Bourbon-Siciles (fille du roi Ferdinand Ier des Deux-Siciles). Son père vivant en exil en Sicile, elle porte à sa naissance le titre de princesse d'Orléans et elle est également appelée "Mademoiselle de France". Deux ans plus tôt, ses parents avaient déjà donné naissance à un héritier, le prince Ferdinand, titré duc de Chartres (qui héritera du titre de duc d'Orléans en 1830). D'autres enfants suivront : Marie en 1813 (Mademoiselle de Valois), Louis en 1814 (duc de Nemours),  Françoise en 1816 (décédée en 1818), Clémentine en 1817 (Mademoiselle de Beaujolais), François en 1818 (prince de Joinville), Henri en 1822 (duc d'Aumale) et Antoine en 1824 (duc de Montpensier).

Deux ans après sa naissance, en 1814, suite à l'abdication de l'empereur Napoléon Ier, la famille du duc d'Orléans est revenue en France, où elle a récupéré notamment le Palais royal. Mais très peu de temps après, durant la période des Cent-Jours, Marie-Amélie et ses enfants ont repris le chemin de l'exil et se sont installés cette fois-ci à Twickenham, sur le sol anglais. Après la défaite de Waterloo, la famille n'a pas  regagné immédiatement la France où elle est alors boudée par la Cour. Ce n'est qu'en 1817 que l'exil a pris fin et la famille du duc d'Orléans a emménagé au château de Neuilly. En 1821, la famille s'est installée au château d'Eu dont venait d'hériter Louis-Philippe. Quelques années plus tard, suite à la révolution des Trois-Glorieuses en juillet 1830, son père est devenu le Roi des Français. En tant que fille de souverain, Louise-Marie s'est vue conférer le titre de Princesse du Sang Royal de France.

Les parents de la princesse Louise-Marie font figure d'exception à l'époque au sein des cours d'Europe : les époux sont réellement unis et vivent dans une atmosphère bourgeoise, ce qui permettra d'avoir avec leurs enfants des liens particulièrement privilégiés. L'éducation des enfants est décrite par Alphonse Rastour de Mongeot dans "La Reine. Tableau de sa vie et de sa mort" (1850) : "Pendant que les fils du Duc d'Orléans allaient s'assoir sur les bancs du collège Henri IV avec les enfants du peuple et participaient ainsi aux avantages de cet enseignement national qui les préparait de bonne heure à leur glorieuse carrière de soldat et de marin, les Princesses Louise-Marie et Marie-Clémentine, objets de la tendresse et constante surveillance de leur mère, acquéraient chaque jour des connaissances nouvelles, formaient leur raison, développaient leur intelligence et complétaient par l'étude les plus heureux dons du cœur et de l'esprit." En effet, Louise, appelée dans l'intimité familiale "princesse Bobonne", a bénéficié de cours d'histoire dispensés par l'historien français Jules Michelet. Son éducation religieuse lui a été prodiguée par l'abbé Guillon, mais sa mère et sa tante, Madame Adélaïde, auront également eu une influence déterminante sur cet aspect. Quant à ses aptitudes artistiques, celles-ci ont été éveillées par Pierre-Jospeh Redouté, le "Raphaël des fleurs" (futur compatriote belge), mais aussi par Paul Delaroche et Ary Scheffer. La princesse apprécie la lecture et elle pratique l'équitation et la natation. Et dès 1825, la princesse Louise est confiée aux bons soins de la comtesse de Celles, épouse d'un gentilhomme belge.

Peinture de Winterhalter

Peu après l’avènement de la Monarchie de Juillet, la Belgique, territoire voisin de la France gagne son indépendance vis-à-vis du royaume des Pays-Bas. Après divers atermoiements, le candidat idéal a été déniché pour monter sur le trône de ce tout jeune État : le prince Léopold de Saxe-Cobourg. Ce prince d'origine allemande, qui a acquis la nationalité britannique par son mariage avec la princesse Charlotte de Galles (décédée après avoir mis au monde un fils mort-né), jouit déjà à l'époque d'une renommée européenne. Ainsi, il n'est pas un étranger pour le tout frais couple royal français. En 1816, lors de son premier mariage, le duc et la duchesse d'Orléans (ainsi que Louise-Marie) étaient présents à la cérémonie, eux qui habitaient alors à Twickenham. Dix ans plus tard, dans un voyage devant le conduire en Allemagne chez sa mère, Léopold fera halte au château de Neuilly pour y rencontrer Louis-Philippe. Et en 1829, le duc d'Orléans et son fils aîné, le duc de Chartres, furent reçus à la Cour de Georges VI. Durant leur voyage, ils prirent la peine d'aller saluer le prince Léopold à Claremont House.

Roi sans descendance et déjà âgé de quarante ans, Léopold Ier sait qu'il doit assurer au plus vite la pérennité de son royaume. Il lui faut encore trouver une épouse qui lui permettra en même temps d'apporter un sérieux appui diplomatique à la Belgique. Des négociations menées par le comte Le Hon, Ministre de Belgique à Paris, seront donc entamées afin de pouvoir épouser la fille aînée du puissant voisin français qui lui était déjà venu à la rescousse quelques jours après son avènement, après une invasion de troupes hollandaises. Ce n'est pas la première fois que Louise-Marie est demandée en mariage par Léopold, cela avait déjà été le cas en 1830, au moment même où le futur souverain était pressenti pour ceindre la couronne grecque. La princesse française avait alors décliné l'offre, appuyée par des parents désireux d'être à l'écoute des choix matrimoniaux de leurs enfants. Par ailleurs, le duc d'Orléans avait d'autres prétendants en tête pour sa fille. Mais après plusieurs mois, la situation a évolué. Certes, le roi Louis-Philippe n'était pas le plus fervent partisan de la candidature de Léopold au trône belge, mais ce choix en écartait au moins d'autres contre lesquels le monarque était hostile. Par ailleurs, la Monarchie de Juillet était vue d'un mauvais œil au sein des cours européennes, un peu comme une famille usurpatrice. Le roi des Français était dès lors conscient qu'il serait beaucoup plus difficile de marier sa fille. Et puis, finalement, Louis-Philippe et Marie-Amélie étaient plutôt emballés de voir leur "princesse Bobonne" accéder au titre de Reine des Belges. La principale intéressée n'a alors que dix-neuf ans et est loin d'être enthousiasmée par ce mariage avec un homme qu'elle connait à peine et de vingt-deux ans son aîné, mais elle consent tout de même à accepter par devoir.

Aquarelle traité à la gouache de la princesse Louise-Marie, signée "L'.O." et réalisée en février 1830, semblant représenter un paysage italien. Les diverses œuvres de la souveraine ont longtemps été conservées dans un album, propriété de la comtesse de Flandre (sa belle-fille et mère du roi Albert Ier) 
Le 28 mai 1832, le roi Léopold Ier se met en route pour la France, où il va procéder à la demande officielle en mariage. A cet effet, il est accompagné par plusieurs hommes de sa Maison : le comte d'Arschot (Grand-Maréchal de la Cour), le général marquis de Chasteler (Grand Écuyer), le général d'Hane de Steenhuyse (Premier Aide de camp), Jules Van Praet (secrétaire du Cabinet), le colonel Sir Henry Seton (ancien Aide de camp) et du docteur Lebeau (médecin de la Maison royale). Après avoir franchi la frontière belge en par Quiévrain, le roi fait son entrée à Valenciennes et à Cambrai avant d'arriver au château de Compiègne. Plusieurs festivités sont organisées en cette occasion, jusqu'au 2 juin, date de la rentrée du souverain pour Bruxelles.

Le Moniteur, journal officiel de la Belgique, annonce officiellement le mariage le 4 juin 1832. Après avoir réglé plusieurs points, la cérémonie est fixée au 9 août prochain. Ainsi, le roi Léopold Ier, protestant, s'engage à ce que les enfants à naître de l'union seront élevés dans la foi catholique. La dot de la princesse est également réglée : 120.000 francs-or de bijoux et un trousseau en tout genre d'un montant d'un peu plus de 100.000 francs qui sera acheminé dans la capitale belge avec pas moins de 27 fourgons. Parmi cette dot se trouve du mobilier d'apparat, conçu pour Napoléon et qui fut recouvert durant la Restauration par des tapisseries de Beauvais. Ces pièces maîtresses des Collections royales sont toujours aujourd'hui visibles au Palais royal de Bruxelles.

Le 5 août, la famille royale de France fait le voyage du château de Saint-Cloud à celui de Compiègne, en passant par Saint-Denis et Senlis. Le lendemain, s'est au tour du roi Léopold Ier de faire son entrée dans la ville, par un arc de triomphe spécialement érigé, aux côtés du duc d'Orléans, du duc de Nemours (à qui la couronne belge avait été offerte mais que Louis-Philippe avait décliné sous la pression anglaise), du marquis de Marmier et du duc de Choiseul. La délégation belge était composée encore une fois du comte d'Arschot, du général d'Hane de Steenhuyse, du général marquis de Chasteler, de Jules Van Praet, ainsi que du comte Félix de Merode (Ministre d'État et député), du baron de Stockmar (fidèle ami du souverain), du comte Le Hon, de Sylvain Van de Weyer (Ministre de Belgique à Londres), du colonel Sir E. Cust et du colonel Prisse (officier d'ordonnance). Depuis quelques jours, la princesse Louise-Marie ne cesse de pleurer, parait-il, face au prochain jour de son départ, loin de sa famille, au profit d'un époux qui la laisse totalement insensible.

Le 9 août, la reine Marie-Amélie écrit ceci : "Après le dîner, j'ai assisté à la toilette de ma chère mariée qui a été faite dans ma chambre. Ses cheveux ont été ornés sur le devant de brillants qui lui a donnés sa tante et d'une couronne de fleurs blanches. On lui a posé ensuite un grand voile en point d'Angleterre surmonté d'un bouquet de fleurs d'oranger fixé par une agrafe en diamants. Elle a revêtu une magnifique robe également en point d'Angleterre que lui avait offert Léopold. Le collier, les pendants d'oreille et le médaillon entouré de brillants étaient également des présents de son fiancé". Le soir, le roi Louis-Philippe, en uniforme de Maréchal de France, conduit sa fille jusque dans un salon du château de Compiègne pour la cérémonie civile présidée par le Chancelier de France, le baron Pasquier, président de la Chambre des pairs. Louise-Marie a pour témoins le lieutenant général duc de Choiseul (Aide de camp du Roi), le marquis de Barbé-Marbois (Premier président de la Cour des comptes), le comte de Portalis (Premier président de la Cour de Cassation), le duc de Bassano (pair de France), le maréchal Gérard, et les députés Alphonse Bérenger, André Dupin et Benjamin Delessert. Quant au roi Léopold, qui porte l'uniforme de lieutenant général accompagné de décorations, notamment du ruban de l'Ordre de la Légion d'honneur, ses témoins sont le comte d'Arschot et le comte Félix de Merode. La bénédiction nuptiale s'est ensuite tenue dans la chapelle du château avec pour officiant, l'évêque de Meaux, Monseigneur Gallard. Enfin, la journée s'est terminée, dans une autre salle, avec un rite luthérien du pasteur Goepp.

Œuvre de Joseph-Désiré Court

Après trois jours de festivités, le couple a regagné la Belgique, salué par la population le long du trajet, et a effectué sa Joyeuse Entrée dans la capitale le 19 août. Les jeunes époux ont enfin l'occasion de se connaître. Bien qu'on ne puisse pas dire que Léopold soit amoureux de Louise-Marie, il la tient cependant en estime. Voici d'ailleurs ce qu'il avait déclaré dans une lettre à sa nièce, la princesse Victoria de Grande-Bretagne, le 31 mars 1832 (avant le mariage donc) : "Vous m'avez dit que vous désiriez avoir le portrait de votre nouvelle tante ; je vais vous la peindre moralement et physiquement. Elle est extrêmement gracieuse et aimable. Ses actes sont toujours dirigés par ses principes. Elle est à tout instant prête à et disposée à sacrifier ses aises et ses préférences pour voir les autres heureux. Elle apprécie la bonté, le mérite et la vertu plus que la beauté, la richesse et la distraction. En outre, elle est très instruite et très intelligente ; elle parle et écrit l'anglais, l'allemand et l'italien ; elle s'exprime très bien en anglais. Bref, mon cher amour, vous voyez que je puis la donner en exemple à toutes les jeunes filles, princesses ou non." De son côté, la première Reine des Belges évoque dans les lettres qu'elle envoie à sa mère un total renversement de situation. Au final, elle a très vite été séduite par celui qu'elle surnomme "Leopich" et envers qui elle semble davantage éprise que lui ne l'est.

Joyeuse Entrée à Bruxelles

Cette impression d'une jeune femme pieuse, discrète, pleine d'esprit et cultivée est également partagée par ceux qui fréquentent la Cour belge comme cela est le cas pour le comte Henri de Merode (dont l'épouse sera la dame d'honneur de la souveraine) qui consigne des ses notes : "Quelques jours après l'arrivée de la Reine en Belgique, je dinais à Laeken. La jeune Reine était fort timide dans les commencements ; cependant, il n'était pas difficile de remarquer dans sa conversation combien son éducation avait été soignée et combien elle était instruite, surtout dans l'histoire des beaux-arts. Mais tout ceci n'était rien en comparaison des belles qualités de son âme par lesquelles elle obtint bientôt le respect et l'attachement général. Au physique elle réunissait le double caractère de fille de Saint-Louis et de Marie-Thérèse. Son teint blanc et rose, sa chevelure d'un blond pâle était celle de la Maison d'Autriche et de sa mère, fille d'Archiduchesse. Ses traits étaient ceux des Bourbons."

Peinte par Joseph-Désiré Court

Peinte en 1840 par Eugène Vervoeckhoven et Gustaaf Wappers

 Le couple s'est installée au château de Laeken, où ils vivent sans grand faste. Louise-Marie écrit à ce propos : "Notre vie à Laeken est très douce, très solitaire, très tranquille. Le roi, son chien et moi habitons seuls le Palais". Depuis toujours la princesse d'Orléans est marquée par une grande timidité en public, ce que lui reprocheront dans un premier temps ses nouveaux sujets. Mais, elle se défend auprès de son père en février 1833 : "Je ne dénigre ni les Belges, ni la Belgique ; je ne me moque jamais d'eux, publiquement du moins. S'ils n'étaient pas si susceptibles et si vaniteux je les aimerais vraiment beaucoup, car ce sont de très bonnes gens. J'aurai beau leur dire à la journée que Bruxelles est une ville cent fois plus brillante que Paris, que j'aime mieux la Belgique que la France, que je n'ai aucun désir de revoir mes parents et mon pays, que toutes les femmes ici sont jolies, que les dents sont superbes, que les discussions des chambres sont intéressantes et plus sensées - ce n'est pas beaucoup dire au reste - que les chambres françaises etc. etc., ils ne me croiraient pas et il me sauraient même plus mauvais gré de mon manque de franchise que de mon silence".

Tableau de Sir George Hayter de 1837, vendu aux enchères en 2002.

Tableau de Claude Dubufe vers 1836, dont une république se trouve dans le Grand Salon Blanc du Palais royal de Bruxelles
Tous les matins, la reine se rend à la messe. Durant la journée, il lui arrive de recopier les notes politiques de son époux, de s'adonner au plaisir de la lecture, du dessin ou encore de jouer de la harpe. Elle joue également son rôle de maîtresse de maison quand il s'agit de recevoir divers invités, qu'ils soient de marque ou plus privés. Elle accorde assez peu d'importance à ses tenues et aux bijoux, malgré ses quelques commandes auprès des joailliers parisiens que sont Mellerio, Bapst, Fossin ou encore Morel. Cette "négligence" lui est d'ailleurs parfois rappelée par son époux, connu pour être coquet, et qui n'hésite pas à changer quatre ou cinq fois de tenues par jour. Elle a introduit à la Cour de Belgique la mode des grands bals masqués, où elle y apparaît tantôt parée comme Jeanne d'Aragon, Marguerite d'Autriche, Jeanne de Constantinople ou encore comme Marie de Bourgogne. Ces bals deviendront d'ailleurs très vite les plus brillants d'Europe.
La reine Louise-Marie en Marie de Bourgogne (© CEDIBEDA)

Très vite Louise-Marie accomplit son devoir primordial : fonder une dynastie. Le 24 juillet 1833, elle donne naissance à un fils, prénommé Louis-Philippe, et surnommé "Babochon". Malheureusement, le prince héritier n'atteindra pas l'âge d'un an et sa disparition affectera profondément le couple. Le 9 avril 1835, un autre garçon voit le jour, Léopold (titré duc de Brabant), le futur roi Léopold II. Il sera suivi par Philippe (titré comte de Flandre) le 24 mars 1837 et par Charlotte le 7 juin 1840. La reine s'est investie plus que d'usage dans l'éducation de ses enfants : le roi Léopold Ier impose ses volontés et c'est elle qui supervise et gère le reste. Elle est attentive à leurs résultats et les félicite en leur offrant des livres de sa bibliothèque. Elle joue d'ailleurs parfois le rôle de médiateur entre son époux et ses enfants, surtout avec "Leo", doté du physique des Bourbon, avec qui les relations sont parfois difficiles. La princesse Charlotte, surnommée "Trésor", qui possède les traits des Cobourg, apparaît comme la préférée du couple. Quant au prince Philippe, "Lipchen" ou "Bijou", il arrive également à obtenir les bonnes grâces de ses parents. Jusqu'à la fin de sa vie, la reine entretiendra une correspondance très soutenue avec ses enfants.

Louise-Marie avec "Babochon", selon une peinture de Decaisne (Musée de Versailles)
Avec son fils Léopold, peinte par Winterhalter

Dessin de Georges Jansoone

Les relations qu'entretiennent Léopold Ier et sa nièce la reine Victoria sont des plus chaleureuses. Et il en sera de même entre les deux femmes. Ainsi c'est au Palais de Buckingham que sont fêtés les vingt-trois ans de Louise-Marie. En 1843, les deux couples ont effectué un voyage en Allemagne qui a connu un certain retentissement en Europe. Le 11 août, le couple britannique est arrivé à Anvers à bord du yacht Victoria and Albert. Les souverains belges les y ont accueilli et les ont accompagné jusqu'à Verviers. Ils se sont retrouvés le 13 août où ils ont été reçus au château de Brühl par le roi Frédéric-Guillaume IV et la reine Elisabeth de Prusse. Le lendemain, une autre cérémonie a été donnée en l'honneur des deux couples au château de Stolzenfels en présence de nombreux invités de marque : les princes Guillaume, Frédéric et Adalbert de Prusse, l'archiduc Frédéric d'Autriche, le duc de Nassau, le duc d'Anhalt, la duchesse de Dessau, le prince et la princesse de Hesse et du Rhin, le prince de Metternich, etc. Ils ont terminé ensuite leur voyage en se rendant à Cobourg, au château d'Ehrenbourg, reçus par le duc régnant Ernest II (le neveu du roi Léopold Ier et le frère du prince consort Albert). Dans ce cadre, une prestigieuse soirée de gala a été donnée au théâtre de Cobourg où avaient pris place dans la loge ducale le roi Léopold, la reine Louise-Marie, la reine Victoria, le prince consort Albert, le duc Ernest II, la grande-duchesse Anna Feodorovna de Russie (sœur du roi), les ducs Alexandre et Ernest de Wurtemberg (beau-frère et neveu du roi), le comte de Mensdorff-Pouilly (beau-frère du roi) et le prince de Linange (neveu du roi et demi-frère de Victoria). Quelques jours plus tard, au mois de septembre, Victoria et Albert étaient une nouvellement fois accueillis à Anvers, mais cette fois pour une visite en Belgique. En 1847, Léopold Ier et Louise-Marie se sont rendus à Buckingham Palace du mois de juin au mois de juillet. A l'instar de sa correspondance avec ses enfants et les membres de la famille Orléans, les relations épistolières entre les deux souveraines seront abondantes.

Dans la loge du théâtre ducal de Cobourg

En 1848, un vent de révolution secoue l'Europe. La Belgique, "au milieu du tremblement de terre universel", comme l'écrit la reine à son père, en sera épargné. La monarchie française, elle, n'y a pas résisté. Sa famille était une fois de plus contrainte à l'exil. Jouissant encore d'une manière viagère de Claremont House, Léopold a mis à disposition de ses beaux-parents cette résidence. A diverses reprises la souveraine a effectué l'aller-retour entre la Belgique et l'Angleterre. La première fois qu'elle réalise la traversée de la Manche à ce dessein, c'était en octobre 1848 et elle fut également reçue par la reine Victoria. Elle a réitéré le voyage en février 1849, en présence de toute la famille des Orléans (sauf les ducs de Montpensier), ainsi qu'en juillet de la même année. Elle y est retournée encore en avril puis en juin 1850. Elle a fait ses derniers adieux à son père le 18 juin, date à laquelle elle est rappelée à Bruxelles par son époux. Le roi Louis-Philippe Ier est décédé le 26 août et elle n'a pas assisté à ses funérailles. Un service religieux a tout de même été organisé en la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule, en présence de la famille royale belge.


La disparition de son père affecte énormément la reine Louise-Marie, tant sur le plan émotionnel que physique. Elle est de santé fragile, surtout depuis sa dernière grossesse qui a été particulièrement pénible. A partir de 1840 donc, elle a commencé à être sujette à des évanouissements et à souffrir des bronches. Son état va alors peu à peu s'aggraver, elle maigrit, et les séjours à la campagne, au château de Ciergnon, n'y font rien. Le 11 mai 1848, elle est victime d'un accident ferroviaire, ce qui n'améliore pas son été de santé. De plus, elle a eu jusqu'à maintenant à affronter divers drames : la perte de "Babochon" en 1833, le décès prématuré de sa sœur Marie (duchesse de Wurtemberg par mariage) en 1839 et le décès de son frère, le duc d'Orléans, dans un accident de voiture en 1842. En 1848, elle est également mise au courant des infidélités de son époux avec une certaine Madame Meyer, née Arcadie Claret, avec qui Léopold entretien une relation depuis 1844. Cela l'attriste tout naturellement mais elle pardonnera son mari. Dans une lettre datée du 20 février 1849 destinée au roi, elle écrivait d'ailleurs ceci : "Être ton amie, ta seule amie, que puis-je désirer d'autre dans ce monde ? Tout ce que j'ai eu de bonheur, je te le dois, tout ce qui a manqué à mon bonheur vient de moi, de moi seule et je ne m'en prends jamais qu'à moi de ce qui m'a fait de la peine [...] Cette impossibilité de faire quelque chose pour toi a été l'épine de mon bonheur, mais le sentiment de tout ce qui me manque, de tout ce qui m'a manqué et me manquera toujours hélas, ne fait qu'ajouter à mon admiration et à ma reconnaissance pour toi".

Un changement d'air est dès lors préconisé par ses médecins. La reine est donc installée dans une villa royale à Ostende, sans grand confort, située au 57 de la Langestraat (aujourd'hui, il s'agit du numéro 69). Trop faible, il sera nécessaire de hisser la souveraine au moyen d'un panier en osier jusqu'à la chambre, au deuxième étage. Son bilan de santé ne s'améliore guère, et le 8 octobre, sa mère Marie-Amélie arrive accompagnée du prince de Joinville, du duc d'Aumale, de la princesse Clémentine, du docteur Guéneau de Massy et de son aumônier, l'abbé Guelle. Deux jours plus tard, les derniers sacrements lui sont administrés, elle tient à bénir ses enfants et à s'entretenir avec chaque membre de sa famille. Louise-Marie est décédée le 11 octobre 1850 à huit heures dix du matin, après une agonie débutée quatre heures auparavant, entourée des siens et sa main dans celle de son époux. Lorsque le décès de la reine fut connu par la population, plusieurs personnes ont alors brisé les vitres d'un hôtel de la rue Royale, qui n'était autre que le lieu d'habitation de la maîtresse du Roi, connue des Bruxellois puisqu'elle n'hésitait pas à parader en calèche dans la ville en compagnie du bâtard royal, né en 1845...

Chambre dans laquelle la reine est décédée
Le 14 octobre, un convoi ferroviaire funèbre a quitté Ostende pour rejoindre la capitale, trajet le long duquel la Belgique endeuillée s'est pressée. Comme elle l'avait exprimé auprès de son époux, c'est l'église villageoise de Laeken qui a été choisi comme sépulture. Durant deux jours, sa dépouille y a d'ailleurs été exposée avant d'y être inhumée le 17 octobre dans un caveau provisoire sous l'autel de Sainte-Barbe. En effet, le roi Léopold Ier projette d'y installer d'une église dotée d'une crypte royale digne ce nom, érigée grâce notamment à une souscription nationale, et qui verra le jour en 1854. Un service solennel a été célébré en la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule, le 24 octobre, par Monseigneur Sterckx, archevêque de Malines-Bruxelles. Un peu plus d'un mois plus tard, le souverain a reçu des délégation du Sénat et de la Chambre des représentants venues lui présenter ses condoléances, respectivement les 25 et 26 novembre.

(© CIDEP asbl)

(© CIDEP asbl)

Bien qu'il n'en était pas épris, le roi Léopold Ier a été véritablement ému par la disparition de sa seconde épouse. A l'archiduc Jean d'Autriche il avait confié : "J'ai perdu une amie infiniment dévouée, confidente de mes pensées et de mes sentiments, qui n'avait de préoccupation que pour moi et ne vivait que pour moi". Il n'a pas mis un terme à sa relation avec Arcadie puisqu'elle a mis au monde un autre fils illégitime du souverain en 1852. Mais le roi est souvent submergé par la mélancolie, il n'a plus dès ce moment le goût prononcé qu'il avait pour les affaires de l’État et il se retire de plus en plus de la vie publique. Il est décédé quinze ans après Louise-Marie, en 1865.

A son décès, les Belges qui l'avaient jugé beaucoup trop réservée à son arrivée, ont été touchés de la disparation de leur souveraine. Au fil des années, elle était apparue comme l'une des âmes charitables du royaume. Cette "Mère des pauvres", comme elle est parfois à l'époque surnommée, n'hésite pas à faire des dons au profit des plus déshérités et des institutions philanthropiques, religieuses ou sociales. Sa dame d'honneur, la comtesse Henri de Merode, l'entretenait tous les matins d'ailleurs des différentes requêtes de détresse arrivées au Palais. Elle avait également pris sous sa royale protection des institutions liées à l'enfance et l'éducation comme des associations maternelles, des crèches scolaires, des écoles gardiennes, des orphelinats, sans oublier des hôpitaux. Sensible aux difficultés que connaissait le secteur de la dentelle de Belgique, elle l'a soutenu par ses nombreuses commandes et ses visites dans des écoles dentellières. Elle a également, plus d'une fois, intercédé auprès de son époux pour faire aboutir l'une ou l'autre demande de grâce. Le 10 février 1835, elle a d'ailleurs été faite Dame de l'Ordre royal de la reine Marie-Louise, fondé par l'épouse du roi Charles IV d'Espagne en 1792, visant à récompenser les personnalités féminines se distinguant par leurs vertus.

La reine Louise-Marie, première souveraine de Belgique, figure souvent en simple notice biographique dans les ouvrages généraux écrits sur la famille royale belge. Tout comme pour Marie-Henriette, on ne lui prête pas grand chose, si ce n'est d'avoir fonder la dynastie belge. L'écrivain Carlo Bronne a quant à lui indiqué qu'aucune reine n'avait été autant impliquée aux décisions politiques, jouant presque le rôle de chef de Cabinet du Ministre des Affaires étrangères. Ce dernier étant entendu qu'il s'agit du roi Léopold Ier. Sans aller aussi loin, on peut indiquer qu'en effet, Louise-Marie a fréquemment servi de relais entre Bruxelles et Paris, plutôt que de choisir le réseau habituel de la diplomatie. Elle a également été une intermédiaire entre son père et la reine Victoria. Bref, contrairement à Marie-Henriette, elle a été une bonne collaboratrice du souverain. Elle était par ailleurs vivement intéressée par les problèmes politiques et sociaux. Et elle a aidé son époux à rallier autour de la Maison royale certaines familles aristocratiques orangistes, c'est-à-dire qui étaient encore attachées au roi des Pays-Bas. De par sa personne, elle a apporté aussi une position diplomatique appréciable pour la Belgique, comme l'avait rappelée le prêtre Deschamps (futur primat de Belgique) dans l'oraison funèbre de la souveraine le 24 octobre 1850 : "L'union bénie le 9 août 1832 dans la chapelle de Compiègne révéla aux nations étonnées deux faits de premier ordre : l'alliance de la France et de l'Angleterre (ndlr : puisque la Grande-Bretgane avait été désignée comme garante de la neutralité belge), formée à cette occasion même, et qui fut alors la sauvegarde de la paix du monde ; la reconnaissance de la neutralité belge, qui fixa d'une manière rationnelle et durable les limites, si longtemps incertaines des nations voisines".

Comme indiqué ci-dessus, sa dépouille a été réinstallée dans la nouvelle église Notre-Dame de Laeken en 1854, au sein d'une crypte royale où le tombeau de Léopold Ier et de Louise-Marie occupe une position centrale. En 1859, la ville Ostende a honoré sa mémoire en plaçant un mausolée de marbre blanc, signé Charles-Auguste Fraikin, dans une chapelle de l'église des Saints-Pierre-et-Paul. Quelques années plus tard, Philippeville (province de Namur) a érigé une statue en bronze, de l'artiste Joseph Jacquet, sur la Place d'Armes (déplacée depuis sur le site de l'ancienne moyenne école). Ces hommages architecturaux sont les rares à avoir vu le jour pour saluer la première Reine des Belges.




Pour en savoir sur la reine Louise-Marie :
- Mia Kerckvoorde, Louise-Marie, reine oubliée, 1812-1850, éditions Racine, 2001
- Madeleine Lassère, Louise, reine des Belges : 1812-1850, éditions Perrin, 2006

Demain sur Royalement Blog : un article retraçant la présence de la reine Louise-Marie dans la philatélie