5 août 2026

Décès de la baronne Marie-Claude Solvay de La Hulpe




Marie-Claude (en réalité Claude, Marie, Thérèse, Antoinette, Danielle) Boulin est née le 13 juin 1927 dans le XVIe arrondissement à Paris. Elevée aux Etats-Unis, son père Camille H. Boulin y dirige l'entreprise familiale, la Hasler-Tel Company, une société d’instruments de précision basée en Suisse mais gérée depuis New York. Il décède prématurément en 1938 à l'âge de 52 ans. Son épouse, Paule Marie Bernard, reprend alors la direction de l’entreprise. Avec sa mère et sa sœur Anne, née en 1929, elle voyage régulièrement en France pour rendre visite à leur famille. Sa mère fut présidente pendant 30 ans du chapitre new-yorkais du Conseil National des Femmes Françaises aux Etats-Unis. Elle vivait à Manhattan et est décédée en 1990 à l’âge de 89 ans. Sa sœur Anne a épouse l’Américain John A. Robertshaw. Elle est décédée en 2024 en Pennsylvanie. 

C’est aux Etats-Unis qu’elle rencontre son époux, Jacques Ernest Solvay (1920-2010), fils aîné d'Ernest-John Solvay (1895-1972) et de Marie Graux (1901-1955). Il est l'arrière-petit-fils d'Ernest Solvay (1838-1922), célèbre chimiste et industriel belge, grand mécène de la recherche scientifique. En 1966, le patronyme familial a été modifié en « Solvay de La Hulpe ». Trois ans plus tard, Ernest-John Solvay s’est vu accorder le titre personnel de comte par le roi Baudouin. 

Son diplôme d’ingénieur civil électromécanicien en poche à l’Université libre de Bruxelles – études qu’il avait interrompues durant la Seconde Guerre mondiale pour s’engager comme volontaire au Royaume-Uni –, Jacques Ernest part vivre aux Etats-Unis en avril 1947. Il travaille comme ingénieur au sein de la General Electric dans le New Jersey. C'est à cette occasion qu'il rencontre Marie-Claude Boulin. Après leur mariage le 9 février 1949, le couple part vivre en Belgique en février 1950 et s’installe au château « Le Long Fonds » à La Hulpe. Le couple a eu quatre enfants : Anne-Christine (1950), Marie-Noël (dite « Marina ») (1951), Carole (1954) et Jean-Marie (1956). 

Le baron Jacques Ernest recevant les insignes de Commandeur
de l'Ordre de Léopold par le ministre des Affaires étrangères
Leo Tindemans


Discrète, élégante, chaleureuse et polyglotte, celle qui était surnommée « Mimi » possédait un don naturel pour mettre à l'aise des invités venus du monde entier. A partir de 1954 et ce, pendant 65 ans, elle a officié comme mécène et hôtesse des prestigieux Conseils Solvay. Elle a ainsi personnellement reçu, logé et choyé des centaines de Prix Nobel, d'astrophysiciens et de théoriciens lors de leurs rassemblements à Bruxelles. En 2019, la communauté scientifique internationale lui a d'ailleurs rendu un hommage vibrant pour ses plus de six décennies de dévouement. De son côté, son mari a présidé le comité exécutif de l’entreprise familiale de 1971 à 1986, puis le conseil d’administration jusqu’en 1991. 

A deux reprises, elle a servi de dame d’honneur à la princesse Grace de Monaco : en juin 1958, à l’occasion de la visite du prince Rainier III et de la princesse Grace sur le site de l’Exposition universelle de Bruxelles, ainsi qu’en mars 1969 (photo ci-contre) à l’occasion d’une visite officielle de trois jours du couple princier monégasque. Amie de la Duchesse de Nemours, une Américaine ayant épousé le prince Charles-Philippe d’Orléans, fils de la princesse Henriette de Belgique (sœur du roi Albert Ier), Mimi Solvay a joué le rôle d’intermédiaire au début des années 1970 entre elle et les Archives générales du Royaume afin que ces dernières achètent les archives dont son amie voulait se débarrasser. L’Etat belge a ainsi déboursé entre 1971 et 1983 la somme de 2.650.000 francs belges pour acquérir ce qui est désormais appelé le Fonds Vendôme-Nemours (plusieurs ventes de la Duchesse de Nemours, mais aussi de son neveu le prince Adrian Philip de Bourbon-Siciles). 

La princesse Paola et la baronne Mimi Solvay



Au début des années 1990, le prince Laurent a trouvé refuge à La Hulpe chez les Solvay alors qu’il connaissait des relations tendues avec ses parents, le prince Albert et la princesse Paola, ainsi qu’avec son oncle le roi Baudouin. Il y a vécu pendant plusieurs années dans une ancienne ferme, proche du château occupé par les Solvay, jusqu’à la mise à sa disposition de la Ville Clémentine à Tervuren, construite tout spécialement pour lui par la Donation Royale. Un choix peut-être lié au fait que la fille du couple, Marina, a épousé le fils du baron Gilbert Thibaut de Maisières, qui fut au service des Princes de Liège et qui prit parfois en charge les enfants princiers en raison de la mésentente conjugale prévalant à cette époque entre Albert et Paola. Le couple était aussi proche du prince Alexandre, demi-frère du roi Albert II, ainsi qu'ensuite de son épouse la princesse Léa. 

Le prince Laurent et la princesse Claire avec la baronne
Mimi Solvay le 21 juillet 2019 lors de la Fête au Parc 


Depuis cette époque, le prince Laurent a conservé une grande proximité avec Mimi Solvay. Elle a été l’un des témoins du mariage du prince Laurent en 2003. Il a souvent été supputé qu’elle était la marraine de la princesse Louise, dont le baptême a eu lieu d’ailleurs à La Hulpe, et elle arriva avec le prince Laurent lors de sa communion à Bonlez en 2011. Mimi Solvay a, par ailleurs, souvent accompagné le prince Laurent lors d’activités officielles, ainsi qu’en compagnie de son épouse la princesse Claire et de leurs trois enfants. Elle était par ailleurs une administratrice et mécène de la Fondation Prince Laurent en faveur du bien-être animal, dont elle était membre fondatrice. 

Le prince Philippe en 2008 avec le baron et
la baronne Jacques Ernest Solvay de La Hulpte



Embed from Getty Images


La baronne Marie-Claude était présidente honoraire l’asbl Espaces Verts et Arts des Jardins. Elle a présidé de 1988 à 2002 le « Thé de l’Amitié Belgo-Japonaise », afin de renforcer les liens entre les deux pays. Elle en fut ensuite jusqu’à son décès la présidence honoraire et a été à cet égard décorée de l’Ordre du Trésor Sacré du Japon. Présidente de la Donation Marie Solvay, elle présidait également le chapitre des « Belgians Patrons of the Arts » des Musées du Vatican. A ce sujet, elle déclarait : « Depuis plus de vingt ans, je suis membre des « Pennsylvania Patrons ». Ma sœur a le privilège de vivre dans cet État et, lorsqu’elle et son mari ont rejoint les « Pennsylvania Patrons » lors de leur visite au Vatican, mon mari et moi les avons accompagnés avec enthousiasme. Il y a quelques années, le père Mark m’a suggéré de créer la section belge. Tous nos membres ne sont pas Belges, mais il y a en Belgique des expatriés généreux, dont nous avons fait profiter les Musées du Vatican de leur altruisme. J’aime mon Église, le Saint-Père, le Vatican et les Musées, mais j’ai aussi une autre raison à mon attachement : ma grande admiration pour le pape Jean-Paul II. Mon mari et moi avons eu l’honneur de le connaître. Pendant la dernière guerre, alors qu’il était un jeune Polonais vivant en Pologne occupée, lui et ses camarades d’études étaient sur le point d’être envoyés en Allemagne comme « main-d’œuvre forcée ». Notre entreprise familiale à Cracovie a réussi à les faire embaucher, lui et ses amis, dans une carrière non loin de Cracovie. Cela leur a sauvé la vie. Après 1945, le jeune Karol Wojtyła est entré au séminaire. Le reste appartient à l’histoire, et notre Saint-Père est resté en contact avec nous. Je me sens privilégiée de travailler pour le Vatican. Nos mécènes sont très généreux et, à ce jour, nous avons parrainé plusieurs restaurations […]. Nous voyageons généralement ensemble et apprécions la compagnie les uns des autres. Nos membres ne sont pas tous catholiques, mais nous sommes tous ouverts d’esprit et nous aimons ce que nous faisons ». 

La baronne Marie-Claude Solvay de La Hulpe et des membres du chapitre belge des patrons d'art 
des Musées du Vatican avec le cardinal Giuseppe Bertello, président du Gouvernorat de la Cité du
Vatican et de la Commission pontificale pour l'Etat de la Cité du Vatican
Photo : Patrons of the Arts of the Vatican Museums 


Officier de l’Ordre norvégien de Saint-Olaf, la baronne Marie-Claude Solvay de La Hulpe avait été élevée au rang de chevalier de l’Ordre de la Légion d’honneur en 2019 au titre de doyenne familiale d’un groupe chimique et ce pour 49 ans de services. Elle partageait sa vie entre La Hulpe et un manoir à Courtenot, situé dans l’Aube (France), ainsi qu’une propriété sur la 5e avenue à New York. 

La baronne Marie-Claude Solvay de La Hulpe est décédée le 31 juillet 2026 à l’âge de 99 ans. Elle était douze fois grand-mère et plusieurs fois arrière-grand-mère.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire