4 mai 2013

La broche préférée de la princesse Lilian

En septembre 1966, le roi Léopold III et la princesse Lilian ont fêté leurs noces d'argent au Cap d'Antibes. En cette occasion, l'ancien souverain a offert à son épouse une broche à tête de cerf, un animal que la princesse de Réthy admirait. C'est elle-même qui l'a imaginée. Elle a été réalisée par Cartier avec des diamants.

(© Fonds Léopold III)

Broche vendue en 1987
(© Christie's)
Ce bijou, par son caractère sentimental, est devenu la broche préférée de la seconde épouse du roi Léopold III. Mais aussi parce que cette dernière vouait une véritable admiration pour les cerfs. Ce n'est d'ailleurs par le seul bijou cynégétique qu'elle possédait. Pour preuve une broche, faisant partie d'une parure en citrine, vendue chez Christie's en 1987.

La princesse Lilian portait cette broche en diamants lors de sa dernière sortie officielle, le 23 septembre 1993, pour les 20 ans du Fonds Léopold III. Elle se trouvait alors en compagnie de son fils Alexandre, de sa fille cadette Maria-Esméralda et de sa nièce, la princesse Marie-Gabrielle de Savoie. Ce fut également le cas en 1998 à Londres ) l'occasion du mariage de sa fille Maria-Esméralda avec le professeur Salvador Moncada, une cérémonie qui s'est déroulée en présence du roi Albert II. Cette broche est aujourd'hui toujours en possession de la famille.



Grande chasseresse, la passion pour le cerf de la princesse Lilian s'exprimait dans ce sport qu'elle a pratiquait assidûment. Elle a tiré son premier cerf à l'âge de dix-huit ans. Cela pourrait apparaître paradoxal mais à l'époque « à ses yeux, seule la chasse permet de vivre en parfait symbiose avec la nature mais aussi de respecter la loi éternelle du jeu de la vie et de la mort. Lilian respecte l'animal au point de porter une véritable admiration au cerf, le roi des forêts. A ses yeux, la chasse présente un autre attrait, celui du respect des traditions qui fait de ce sport un véritable art. »1


(© Hans Lutz)

De 1953 à 1983, elle a possédé une licence de chasse sur pas moins de 16.000 hectares en Autriche, où elle avait acquis un chalet à Hinteriss. Mais elle pratiquait ce loisir également en Belgique lors des chasses royales de l'Hertogenwald, de Saint-Michel et de Ciergnon. Elle a abandonné définitivement la chasse après la mort du roi Léopold III en 1983. Après cette disparition, le domaine royal d'Argenteuil est devenu un paradis pour les cerfs et la princesse Lilian prit plaisir à les nourrir quotidiennement. En 1997, un cerf l'a chargée et projetée à terre. Après une heure et demie, une personne de la sécurité l'a retrouvée et a appelé les secours. La princesse Lilian, ayant une fracture de la hanche et d'une épaule, fut opérée d'urgence. Cet incident coïncida avec un certain déclin physique et son moral en prit un coup.


(© Collection de S.A.R. la Princesse Esmeralda)



1 Esmeralda de Belgique et Patrick Weber (2012), Lilian, une princesse entre ombre et lumière, Bruxelles, Racine, p.147

30 avril 2013

Retour sur les abdications des reines Wilhelmine, Juliana et Beatrix

En 1948, la reine Wilhelmine, sur le trône depuis 1890, a décidé de passer le témoin à sa fille, Juliana. Ce n'était pas la première fois qu'un souverain de la Maison d'Orange-Nassau abdiquait puisque le roi Guillaume Ier avait fait de même en 1840 afin de pouvoir épouser une Belge, Henriette d'Oultremont de Wégimont et de Warfusée, de confession catholique. Mais à l'instar du choix posé en 1964 par la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg, la décision personnelle de la reine Wilhelmine s'est imposée pour les générations suivantes comme une tradition. Ainsi, l'usage a été respecté en 1980 par la reine Juliana puis en 2013 par la reine Beatrix.

Une intronisation aux Pays-Bas induit la présence de membres des autres familles royales régnantes. En 1948, ce furent la reine Elisabeth de Belgique, mère du roi Léopold III en exil en Suisse après la Seconde Guerre mondiale, et le grand-duc héritier Jean de Luxembourg qui assistèrent aux cérémonies organisées à l'occasion de l'intronisation de la reine Juliana.



Pour l'intronisation de la reine Beatrix en 1980, la Belgique envoya les princes de Liège, Albert et Paola, alors que le grand-duc héritier Henri de Luxembourg, encore célibataire, représenta ses parents le grand-duc Jean et la grande-duchesse Joséphine-Charlotte.


Le grand-duc héritier Henri, juste derrière la princesse Juliana et le prince Bernhard, aux côtés du prince héritier Harald de Norvège, du prince héritier du Maroc, de la princesse Sirindhorn de Thaïlande
ainsi que du prince et de la princesse Mikasa du Japon

Pour l'intronisation du roi Willem-Alexander en 2013, la Belgique était représentée par le Duc et la Duchesse de Brabant tandis que le Luxembourg l'était lui aussi par le grand-duc héritier Guillaume et la grande-duchesse héritière Stéphanie.

24 avril 2013

L'Escorte Royale à cheval

Une circulaire ministérielle du 6 août 1938 crée l'Escorte Royale à cheval telle que nous la connaissons aujourd'hui. Elle a effectué sa première apparition le 20 mai 1939 à l'occasion de l'ouverture par le roi Léopold III de l'Exposition internationale de la technique de l'eau. Déjà sous le règne de Léopold Ier, une unité de cavalerie était chargée d'accompagner le souverain dans certains de ses déplacements. Cette mission sera ensuite confiée à la gendarmerie avec la mécanisation de l'armée belge. Il s'agit d'une particularité unique en Europe qui tire son origine au XVIe siècle, lorsque Charles-Quint a fondé la maréchaussée afin de réorganiser la garde des ducs de Bourgogne.
A partir de 1938, l'Escorte est dotée de l'uniforme de parade actuel. Il a été conçu par l'artiste-peintre James Thiriar en s'inspirant du grand uniforme de la gendarmerie avant 1914. La cape et la lance proviennent d'une époque antérieure. Les cavaliers portent un bonnet en poils d'ours noirs avec à l'avant une couronne royale en or. Il tire son origine de précédentes unités, comme de la cavalerie d'élite française de 1792. Si de nouveaux bonnets doivent être fabriqués aujourd'hui, ils le sont dans une manière synthétique. Il est intéressant de noter que le bonnet est en forme de "sabot", alors que le célèbre modèle anglais est en forme d' "oeuf". Les officiers portent un sabre, tandis que les autres membres tiennent une lance, réalisée en bambou et surmontée en son sommet par un fanion tricolore. Le Corps des Trompettes n'est naturellement pas armé.
(© Charles Fréger)
Les chevaux sont harnachés à l'aide d'une selle de police et d'un pelham à double mors. L'équipement est composé aussi d'un tapis de selle bleu brodé d'un galon blanc et frappé du monogramme du souverain, de garnitures de sacoches, d'un faux manteau brodé d'un galon blanc et garni d'une couronne royale. Avant une sortie, un damier est dessiné sur la croupe du cheval et les sabots sont passés au cirage noir.
Flèche avant (© Yves Roland)
Ce que l'on appelle la Grande Escorte, composée de 132 chevaux et cavaliers est de sortie pour les grandes manifestations officielles : le jour de la Fête Nationale, à l'occasion d'un mariage ou des funérailles d'un membre de la famille royale ou dans le cadre d'une visite d'Etat en Belgique d'un chef d'Etat étranger. Elle fut également mobilisée en 1952 et 1953 pour les Joyeuses Entrées du roi Baudouin à travers le pays ou encore en 1976 pour les vingt-cinq ans de son règne.
Le trompette-major, suivi du timbalier et du Corps de Trompettes (© Yves Roland)
Une flèche avant, de trois cavaliers sous-officiers, annonce la présence dans le cortège du Roi par les lances tenues horizontalement par-dessus l'encolure du cheval. Vient ensuite le trompette-major, sur un cheval gris pommelé, et le timbalier, montant un cheval à la robe pie, suivis de la "clique" du Corps de Trompettes indiquant l'arrivée de l'Escorte avec un large panel de marches et de sonneries. Les douze chevaux, en deux rangs, composant ce corps sont également gris pommelés. Un premier escadron de lanciers fait alors son apparition à deux pelotons placés sous la direction d'un commandant d'escadron. Les chevaux sont ici bais foncés et alezans brûlés.
Le premier escadron (© Yves Roland)
Devant la voiture royale est positionné le porte-étendard flanqué de deux cavaliers pour garde. Le commandant de l'Escorte Royale à cheval, le commissaire divisionnaire Pierre Jacobs depuis 2010, se trouve à hauteur de la porte droite où se situe le Roi. C'est lui qui est théoriquement responsable de la sécurité du monarque. Pour ce faire, il doit éventuellement pouvoir relayer les ordres du Roi auprès de deux cavaliers qui le précèdent, le porte-fanion et l'agent de liaison (ou estafette).
Le porte-étendard et sa garde de deux cavaliers (© Yves Roland)
Le cortège de l'Escorte se termine par un second escadron placé une fois de plus sous la direction d'un commandant d'escadron. Ces deux pelotons est composé de chevaux alezans dorés et bais clairs. Et enfin, la flèche arrière comptant, comme la flèche avant, trois cavaliers mais ceux-ci tiennent leurs lances de manière verticale.
La flèche arrière (© Yves Roland)
Il existe également une escorte réduite à l'occasion de la remise des lettres de créances au Roi par les ambassadeurs, dénommée Escorte Ambassadeur. On y dénombre 56 cavaliers, placé sous la direction d'un commandant d'escadron ou d'un officier porte-étendard. Récemment, certains cavaliers ont participé à des cérémonies officielles aux Pays-Bas ou en Espagne. Ainsi, en 2002, une délégation en uniforme a participé sur des cheveux espagnols à la relève de la garde à Madrid et lors de la Fête Nationale de cette même année une délégation de la Guardia Real a défilé aux côtés de l'Escorte Royale.
(© Yves Roland)
A l'occasion des 70 ans de l'Escorte Royale en 2008, un de ses cavaliers déclarait dans la presse : "Il ne s'agit pas d'une mission policière à proprement parler, c'est plutôt du protocole confié à la police. Chaque membre en est très honoré et personne ne raterait l'occasion d'une sortie". Les cavaliers se voient attribuer d'autres fonctions ordinaires durant l'année. Même si plusieurs jours sont nécessaires pour les entraînements et les répétitions avant chaque sortie. Cette année, l'Escorte Royale à cheval célèbre son 75e anniversaire. Il y a cinq ans, le roi Albert II avait passé en revue l'ensemble de l'escorte avant le défilé, fera-t-il de même cette année ? En tout cas, il a reçu le personnel de l'Escorte en début de soirée ce 24 avril dans les serres royales de Laeken. Cet anniversaire est cependant terni par le plan d'économies de la police fédérale, prévu pour la fin du mois de juin, qui pourrait réduire de moitié cette prestigieuse formation. Si une décision est prise en ce sens, la Grande Escorte compterait désormais deux pelotons tandis que celle prévue pour accompagner les ambassadeurs ne compterait plus qu'un peloton.