8 mars 2014

Le château de Hohenburg

L'existence d'un château, ou plutôt d'une forteresse, dans la ville de Lenggries, au sud de la Bavière, est mentionnée pour la première fois vers 1100. Il dépend alors de la plus importante seigneurie de la vallée de l'Isar. Depuis 1566, les lieux appartenaient à la famille Herwarth. Pendant la guerre de succession espagnole, au début du XVIIIe siècle, le château est occupé par des soldats autrichiens. Pour une raison qui n'a jamais été éclaircie, le 21 juillet 1707, la forteresse est entièrement ravagée par un incendie, même s'il pourrait s'agir d'une malveillance de soldats ivres.

L'ancien château selon une gravure de Michael Wening (1701)

Le comte Ferdinand Joseph von Herwarth (1663-1731) a alors décidé de faire reconstruire un château de style baroque classique 300 mètres plus au sud. Les travaux de construction se sont étalés entre 1712 et 1718. Certaines pierres de l'ancien château ont été récupérées, également pour l'édification de l'église paroissiale Sankt-Jakob en 1722 où le châtelain repose. Les jardins, largement inspirés de ceux de Versailles, ont été imaginés par Matthias Diesel. 

Le château selon une gravure de Michael Wening (1720) montrant à l'arrière plan,
à gauche, les ruines de l'ancien château

Après divers propriétaires au début du XIXe siècle, le Schloß Hohenburg est acquis en 1836 par le prince Karl Emich zu Leiningen (1804-1856), le demi-frère de la reine Victoria d'Angleterre. A la même époque, il fait également construire le château néo-gothique de Waldleiningen, mais il est surtout intéressé par Lenggries pour la chasse. Il a apporté quelques modifications à la demeure et a opté pour un style anglais concernant les jardins. Décédé en 1856, il a cependant laissé un château quelque peu délabré. 

En 1857, Hohenburg est acheté pour seulement 32.000 florins par le baron Carl von Eichthal (1813-1880), issu d'une famille de banquiers, petit-fils d'Aron Elias Seligmann (1747-1827), banquier officiel de la Cour de Bavière qui a été fait baron von Eichthal en 1814 par le roi Maximilien Joseph de Bavière. Le baron Carl est lui aussi le banquier de la Cour, ainsi que membre du Zollparlament - créé pour réformer l'union douanière allemande du Zollverein - et cofondateur de la Bayerische Vereinsbank.

Peinture de Franz Sauer (1880)

Se considérant comme un souverain en exil après la perte de son duché en 1866, le duc Adolphe de Nassau-Weilbourg a acheté le château et les terres attenantes le 26 février 1870. Tout comme le prince Karl Emich, en tant que grand chasseur, c'est la forêt giboyeuse qui l'a surtout convaincu de faire de Hohenburg sa résidence d'été. En 1885, sa belle-mère, la landgravine Marie-Louise de Hesse-Kassel s'y éteint et sa fille, Hilda (1864-1952), s'y marie avec le grand-duc héritier Frédéric de Bade. Même devenu grand-duc de Luxembourg en 1890, il passe à Hohenburg une grande partie de son temps, délaissant volontiers le pouvoir à son Ministre d’État, l'expérimenté Paul Eyschen. Non loin du château se trouve un grand chalet, propriété du baron Berthold, l'intendant du domaine.

Carte postale, vers 1900


Le 17 novembre 1905, le grand-duc Adolphe décède au château de Hohenburg et est inhumé dans la chapelle. Son fils, Guillaume IV, prête serment à Hohenburg et durant son règne la famille grand-ducale réside souvent à Lenggries car aucune des résidences possibles au Luxembourg n'est jugées adaptées face à la maladie très précaire du souverain. C'est là qu'une délégation de la Chambre des députés vient y recueillir successivement en 1908 les serments de la grande-duchesse Marie-Anne comme lieutenant-représentant puis comme régente, l'état de santé de son époux s'étant fort dégradé. En 1911, la famille grand-ducale s'installe au château de Colmar-Berg - des travaux y avaient été entrepris - où Guillaume IV décède le 25 février 1912.



Dans son testament, Guillaume IV a légué le château de Hohenburg à sa veuve Marie-Anne. Mais la génération suivante reste attachée à cette demeure, puisque les six filles du couple y ont passé une partie de leur enfance. La princesse Antonia y a d'ailleurs vu le jour (1899-1954), s'y est mariée civilement puis religieusement les 6 et 7 avril 1921 avec le prince héritier Rupprecht de Bavière et y a donné naissance à deux de ses enfants, Heinrich (1922-1958) et Editha (1924-2013) qui  y ont également été baptisés.

Baptême du prince Heinrich de Saxe le 1er avril 1922

En réalité, en 1919, la grande-duchesse douairière s'est installée durablement au château de Hohenburg. Il s'agissait d'un souhait de la classe politique, voulant éviter une trop grande proximité entre la grande-duchesse Charlotte et sa mère Marie-Anne. En effet, l'influence qu'elle avait eu après de sa fille aînée avait été jugée néfaste et la grande-duchesse Marie-Adélaïde avait été contrainte à abdiquer. Ses filles Antonia, Elisabeth, Sophie et Hilda l'ont accompagnée en Bavière. En 1921, la princesse Sophie (1902-1941) se marie à Lenggries avec le prince Ernst-Heinreich de Saxe. L'année suivante, c'est la princesse Elisabeth (1901-1950) qui épouse au château le prince Philipp Ludwig de Tour et Taxis. En 1924, après une vie religieuse abandonnée pour des raisons de santé, l'ancienne grande-duchesse Marie-Adélaïde rend son dernier souffle au château de Hohenburg et est inhumée dans la chapelle.

Mariage de la princesse Sophie en 1921
 
Mariage de la princesse Elisabeth en 1922


Désormais seule, la grande-duchesse douairière Marie-Anne reçoit souvent la visite des membres de sa famille, comme sa fille Charlotte en 1934 qui y signe des arrêtés grand-ducaux. Les lieux sont souvent égayés des cris de ses nombreux petits-enfants. Croyant sans doute y finir sa vie, elle doit quitter le château de Hohenburg le 17 octobre 1939 après que la France et l'Angleterre soient entrées en guerre contre l'Allemagne début septembre. Avec la famille grand-ducale, suite à la violation de la neutralité du Luxembourg, elle est partie sur les routes de l'exil et a trouvé la mort en 1942 à New York.

Vers les années 1960-1960


Le 17 octobre 1947, une délégation officielle luxembourgeoise se rend à Hohenburg. Elle assiste, deux jours plus tard, à une messe célébrée dans la chapelle par le chanoine Steffen avant que le corps de la grande-duchesse Marie-Adélaïde ne rejoigne le grand-duché, où elle a été inhumée en même temps que sa mère, rapatriée des États-Unis, en la crypte de la cathédrale Notre-Dame. Sortant d'une convalescence, la princesse Elisabeth doit rejoindre Rastibonne en juillet 1950 pour assister aux noces de diamant de ses beaux-parents. Trop faible, elle s'est arrêtée au château de Hohenburg. Elle y décède le 2 août, entourée de ses sœurs Charlotte et Hilda, de sa fille Iniga et de son beau-fils. 

Septembre 2002 (© Schlossarchiv Hohenburg)

Après Marie-Adélaïde en 1947, c'est au tour du grand-duc Adolphe, ainsi que ses fils Frédéric (1854-1855) et François (1859-1875), d'être transférés de la chapelle du château de Hohenburg pour cette fois-ci la crypte du château de Weilbourg. Le 19 octobre 1953, un service religieux a été célébré dans la chapelle en présence du grand-duc héritier Jean, du prince Charles, des princesses Elisabeth et Marie-Adélaïde, de représentants de la République fédérale d'Allemagne, du gouvernement de Hesse et de la ville de Weilbourg, ainsi que des princes Ernst-August zur Lippe et Ernst-August zu Solms-Braunfels.

Janvier 2008 (© Schlossarchiv Hohenburg)

En 1953, après le départ de la dépouille de celui qui fit entrer cette demeure dans la famille, la grande-duchesse Charlotte a décidé de vendre la château de Hohenburg et ses autres propriétés en Allemagne. Il est alors devenu un collège pour filles. Aujourd'hui, deux établissements s'y côtoient gérés par l'archidiocèse de Munich et de Freising : le Mädechenrealschule St. Ursula et le St.-Ursula-Gymnasium. Ce-dernier a d'ailleurs vu passer de 1980 à 1984 la princesse Sophie de Bavière, actuelle princesse héritière de Liechtenstein.

26 février 2014

Archive : une rencontre improbable

Le 5 février 1982, le roi Léopold III s’envole de Bruxelles pour le Kenya, avec sa fille la princesse Esméralda et son secrétaire, le colonel baron Philippe van Caubergh. Ce voyage est l’avant-dernier pour le souverain puisqu’il se rendra encore en février 1983 au Sénégal avec sa fille cadette. 

Le lendemain, le 6 février 1982, sa petite-fille Marie-Astrid de Luxembourg, dont il est également le parrain, se marie civilement puis religieusement avec l’archiduc Carl-Christian d’Autriche. Le roi Léopold III a été invité au mariage, mais il a préféré décliner l’invitation. La crise entre « Laeken » et « Argenteuil » a également eu des incidences sur les relations entre l’ex-Roi des Belges et la famille grand-ducale. Mais voilà que Marie-Astrid et son époux ont choisi le Kenya comme voyage de noces... 




Le lundi 15 février, au Serena Beach de Mombasa, le hasard fait bien les choses. Dans ses notes de voyages, le roi Léopold III indique : « Rencontrons à l’hôtel Astrid et Christian de Habsbourg en voyage de noces ! ». Le roi ne s’épanche pas vraiment, mais ses carnets de voyage servent avant tout à mentionner ses faits et gestes, indiquer les endroits qu’il découvre, la faune et la flore qu’il observe et les personnes qu’il rencontre. La dernière fois qu’ils se sont vus, ou plutôt entraperçus, ce fut lors des funérailles de la reine Elisabeth en 1965. Marie-Astrid avait alors onze ans et avait été emmenée avec son frère Henri aux obsèques de son arrière-grand-mère. 

Le mardi 16 février 1983, ils se revoient, dînent à l’hôtel et assistent ensuite à une course de crabes animée par le manager du Senera Beach. Le lendemain Marie-Astrid et Carl-Christian viennent dire au revoir au roi Léopold et à sa fille qui prennent ensuite l’avion pour Nairobi. On imagine que cette rencontre fortuite n’a pu que faire plaisir à l’ancien roi et à sa petite-fille. Un an et demi plus tard, la princesse Marie-Astrid assistera aux funérailles de son grand-père en l’église Notre-Dame de Laeken… 


Source : 
- Léopold III (2004), Carnets de voyages. 1919-1983, Bruxelles, Éditions Racine, pp. 496-497

15 février 2014

Les fiançailles du prince Amedeo

Par un communiqué diffusé par le Palais, la princesse Astrid et le prince Lorenz ont exprimé leur grande joie d'annoncer les fiançailles de leur fils Amedeo avec Mademoiselle Elisabetta Maria Rosboch von Wolkenstein. Le couple se connait déjà depuis au moins six ans. 


Cela faisait déjà quelques années qu’il se disait que le prince Amedeo était en couple avec une Italienne. En novembre dernier, le prince belge et archiduc d’Autriche assistait à un gala de charité à New York au profit de la Fondazione. A ses côtés, une certaine « Lili » Rosboch von Wolkenstein. L’information a en réalité été révélée par une blogueuse américaine bien informée Marlene E. Koenig (Royal Musings). Ensuite, elle a été reprise par des journalistes belges qui découvrirent que la jeune femme était discrètement présente en 2007 lors de la prestation de serment d’Amedeo en tant que sous-lieutenant de réserve. Depuis ce début d’année, la rumeur courrait que l’annonce officielle des fiançailles se ferait en 2014. Le 14 février, jour de la Saint-Valentin, les amoureux ont eu l'occasion de saluer le pape François au Vatican. Les fiançailles ont été célébrées le 15 février au cours d’un repas familial à la villa Schoonenberg auquel à pris part l'ensemble de la famille royale, à l'exception de la reine Fabiola (le prince Laurent n'apparait pas sur la photo mais est arrivé après pour le repas). Les parents de Lili étaient également présents, tout comme la grand-mère paternelle d'Amedeo, la princesse Margherita de Savoie-Aoste. Aucune information n’a encore été donnée sur le mariage, mais il se pourrait qu’il ait lieu en été à Rome et que le couple vienne ensuite s’installer en Belgique.



Elisabetta Maria (Lili) Rosboch von Wolkenstein est née le 9 septembre 1987 à Rome. Elle est le seul enfant d’Ettore Rosboch von Wolkenstein et de la comtesse Lilia de Smecchia. Son parrain est le prince Carlo, 9e prince Caraciollo di Castagneto et 4e duc de Melito, décédé en 2008. Quant à sa marraine, il s'agit de sa tante maternelle, la comtesse Muni Sassoli de Bianchi. Le patronyme "Wolkenstein" fait référence au village de Selva di Gardena, dans les Dolomites, appelé de la sorte lors que l'occupation autrichienne du Trentin. Notons également que Lili et Amedeo sont cousins au 10e degré puisqu'ils descendent tous deux du prince Franz Albrecht zu Oettingen-Spielberg (1663-1737). Plus d'infos généalogiques : ici.    

Lors du gala de charité à New York en novembre 2013
Photo : La Fondazione

Lili a vécu à Rome auprès de ses parents jusqu'à l'âge de ses dix-huit ans. En 2005, elle obtient son baccalauréat en sciences économiques et sociales après des études en français au lycée Chateaubriand de Rome. Elle entreprend ensuite des études de littérature et cinéma à la Queen Mary University à Londres, où elle décroche avec les honneurs un Bachelor of Arts en mai 2009. Entretemps, pendant l’été 2007, elle a effectué un stage dans la galerie d’art londonienne Dickinson Roundell, au sein du département d’art contemporain. Ses études terminées, elle entame, en septembre 2009, un stage à New York chez Bloomberg News. Suite à ce stage, un emploi lui est proposé en mai 2010. Depuis lors, Lili Rosboch travaille toujours pour Bloomberg News en tant que journaliste, ainsi que comme photographe pour le magazine Muse du groupe Bloomberg et éditrice pour l'agence de presse Bloomberg. 


Son père, né en 1945, est officiellement le fils d’Ettore Rosboch. Mais il est en réalité issu d'une relation de sa mère Elisabetta Jaworski (1915-1959), baronne von Wolkenstein, avec Filippo Caracciola (1903-1965), 8e prince de Castagneto et 3e duc de Melito. D’ailleurs, il lui fut attribué un tuteur, son demi-frère Carlo (1925-2008), 9e prince de Castagneto. Celui-ci fut choisi comme parrain de Lili. Ettore Rosboch von Wolkenstein a grandi en Suisse et est passé par l’Institut Le Rosey. Il a travaillé dans le secteur bancaire à Londres après des études d’économie et de commerce à Rome. Il est ensuite devenu producteur de cinéma d’auteur, produisant notamment Jean-Luc Godard. Il a également lancé Roberto Benigni comme auteur, metteur en scène et acteur.


Sa mère, la comtesse Lilia (Maria Anna) de Smecchia, née en 1947, est la fille du comte Attilio de Smecchia et de Maria Elisabeth Habig. C’est à Milan qu’elle a grandi et est passée par l’école allemande du Sacré-Cœur. Elle a ensuite obtenu un diplôme à l’université de Milan avant de devenir également productrice.

Pour un portrait du prince Amedeo, je vous dirige vers le blog sur la famille royale belge de notre ami Un Petit Belge.

11 février 2014

La visite d'Etat de Baudouin et Fabiola en France en 1961

Le 6 février, le roi Philippe et la reine Mathilde ont effectué une visite officielle en France. Au programme, un hommage à la statue du roi Albert Ier à côté de la place de la Concorde, un déjeuner à l'Elysée, une rencontre avec le président de l'Assemblée nationale et une réception à l'ambassade de Belgique. C'est l'occasion de revenir sur la visite d’État du roi Baudouin, la première accompagnée de la reine Fabiola, chez le voisin français en 1961. Une visite de quatre jours durant lesquelles la république avait déployé tous ses fastes. 


Collection personnelle Valentin Dupont


Le mercredi 24 mai 1961 en matinée, la caravelle d'Air France Comté de Nice atterrit à Orly. A son bord, se trouvent le roi Baudouin et la reine Fabiola. Pour ce déplacement, ils sont accompagnés du Premier ministre Théo Lefevre et du Vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak. La Cour est représentée par le comte Gobert d'Aspremont Lynden, Grand Maréchal, le comte Gatien du Parc Locmaria, Maître des Cérémonies, le lieutenant-général R. Dinjaert, Chef de la Maison Militaire, Charles Kerremans, attaché au département du Grand Maréchal, le lieutenant-général O. Harteon comme aide de camp, le major R. de Heusch en tant qu'officier d'ordonnance, sans oublier la princesse de Merode-Westerloo, dame d'honneur de la souveraine.

A l'aéroport, le général de Gaulle, président de la république, et son épouse Yvonne accueillent le couple royal en présence du Premier ministre Michel Debré, du Ministre des Affaires étrangères Maurice Couve de Murville, du Ministre des Armées Pierre Messmer, ainsi que de l'ambassadeur de Belgique en France le baron Marcel-Henri Jaspar, de l'ambassadeur français basé en Belgique Raymond Bousquet, du général d'armée André Demetz, gouverneur militaire de Paris, du préfet de Seine-et-Oise Paul Demange et du préfet de police Maurice Papon. Alors que Mme de Gaule et la reine Fabiola prennent la voiture, le général de Gaulle entraîne le roi Baudouin au drapeau. Les hymnes nationaux sont exécutés et les troupes passées en revue. Dans le salon d'honneur de l’aéroport ont lieu les présentations des diverses personnalités présentes puis les discours des chefs d’État. Le président français indique notamment que « depuis la visite d'Albert Ier, il n'y a eu entre la Belgique et la France que des raisons de s'estimer, de s'allier et de s'aimer » 




Ensuite les deux couples prennent la direction de l'hôtel du ministre des Affaires étrangères, sur le Quai d'Orsay, où les souverains belges logeront durant leur séjour. Une partie de la délégation belge prendra ses quartiers par contre à l'Hôtel de Crillon. Le long du parcours, ce ne sont pas moins de 12.000 policiers qui assurent la sécurité. Arrivés à destination, un détachement de la Garde républicaine rend les honneurs puis les suites et la Maison du général de Gaulle sont présentées dans le Salon de la Rotonde. Le président français a détaché auprès du Roi des Belges le général Leguay, le commandant Jallas, le capitaine de corvette de Castelbajac, M. de Casteja (conseiller des Affaires étrangères), sans oublier Mme de Beaumarchais destinée à la reine Fabiola. Le couple royal a alors le loisir de découvrir les appartements mis à sa disposition, agrémentés pour l'occasion de prêts venant du Louvre : un Manet, deux Chardin et un Lancret.


Une heure plus tard, à exactement 12h28, le général de Gaulle est de retour, accompagné de son Premier ministre Michel Debré et d'une délégation française. Les deux chefs d’État se retrouvent dans le Hall d'Honneur puis prennent la direction du Tombeau du Soldat Inconnu. Accueillis par le Ministre des Armées Pierre Messmer et le Ministre des Anciens combattants et Victimes de la Guerre Raymond Triboulet, cette cérémonie d'hommage est le premier temps fort de toute visite d’État. Elle se conclut par la signature du livre d'or par le roi Baudouin.



Photo : Archives Le Soir


Le cortège de dix voitures pénètre ensuite, via la Grille du Coq, à l’Élysée, demeure officielle du président français. Le président de Gaulle conduit son hôte dans le Salon des Ambassadeurs et sont peu après rejoints par la reine Fabiola et Mme de Gaulle pour un déjeuner intime dans le Salon Murat. Les deux couples dégustent alors du melon au porto, un bar braisé au chablis, une poularde de Bresse périgourdine, des formages puis un soufflé au Grand Marnier, le tout arrosé par un Chevalier-Montrachet de 1955. A l'issue du déjeuner, vers 14h40, alors que la reine Fabiola regagne le Quai d'Orsay, le général de Gaulle entraîne le roi Baudouin dans son cabinet pour un entretien privé de quarante-cinq minutes.





De retour lui aussi à l'hôtel du ministre des Affaires étrangères, le roi Baudouin se voit présenter les chefs de mission diplomatique dans le Salon de l'Horloge, resté célèbre pour la déclaration qu'y a faite Robert Schuman le 9 mai 1950 pour la construction européenne. Un peu plus d'une heure plus tard, il accorde une audience à Marie-Hélène Cardot, vice-présidente du Sénat et présidente du Groupe d'Amitié France-Belgique au Sénat, à M. Courant, député et président du Groupe d'Amitié France-Belgique à l'Assemblée nationale, ainsi qu'à tous les membres de ces deux bureaux. Pendant ce temps, la reine Fabiola a eu le temps de retrouver sa mère, la marquise douairière de Casa Riera, descendue à l'Hôtel de Crillon.


En soirée, un dîner de gala était offert au Palais du Louvre par le président français en l'honneur du Roi et de la Reine des Belges. La reine Fabiola arbore la version uniquement florale du diadème des ducs de Medinaceli. Salués devant la Porte Denon par le Ministre de la Culture André Malraux, les souverains belges retrouvent le couple présidentiel sur le perron. Patientant dans la Galerie de Praxitèle, les invités sont présentés progressivement aux deux couples dans la Salle du Parthénon et gagnent ensuite leurs places dans la Galerie des Cariatides. Après le dîner, les deux couples se retirent dans la salle où avaient eu lieu les présentations. Avant de regagner le Quai d'Orsay, le couple royal se voit présenter dans le Salon d'Auguste les chefs de mission diplomatique et leurs conjoints. Baudouin et Fabiola prennent ensuite congé du couple présidentiel dans la Galerie du Manège, il est alors 23h30.







Lors du dîner , comme toujours lors d'une telle visite, les deux chefs d’État ont prononcé un discours. Un extrait de la réponse du Roi au général de Gaulle ne passera pas inaperçu dans les milieux laïques belges : « Nul dialogue n'est valable entre les hommes si ceux-ci ne communient pas à quelque vérité souveraine et reconnue de tous. La science peut abolir les distances et franchir les espaces, elle est incapable, par elle-même, de faire tomber un préjugé, d'amener l'homme à tendre la main à l'homme, de nouer entre eux des liens durables et de leur apporter des raisons de vivre. Or, aujourd'hui comme hier, les hommes ont besoin, pour vivre, de savoir pourquoi notre monde contemporain s'interroge encore avec acuité sur le sens même de la vie personnelle et collective. Ceux qui ont opté pour les sables mouvants du relativisme ne peuvent offrir une réponse valable à ces questions vitales. On ne construit pas une cité humaine sur de pareils fondements, sur de pareils marécages. Cette primauté du spirituel sur la technique, la France en est profondément convaincue. La grandeur de votre pays à travers l'histoire, Monsieur le Président, vient de ce qu'il a gardé le culte des valeurs essentielles qui sont à la base de notre civilisation et qui sont l'héritage du christianisme ». Si bien qu'Henri Janne, sénateur socialiste et ancien recteur de l'Université Libre de Bruxelles, a publié un article dans Le Soir du 1er juin afin de remettre en cause, non pas tant la personne du roi Baudouin, mais celle du ministre socialiste des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak qui avait lu auparavant le discours et n'y avait trouvé rien à redire. 


Le lendemain, la journée commence pour le couple royal par une visite en matinée au château de Fontainebleau, accompagné du Ministre de la Culture André Malraux et de son épouse. Ensuite, un déjeuner est offert au Quai d'Orsay par le Ministre des Affaires étrangères Maurice Couve de Murville. En après-midi, les souverains se rendent à l'ambassade de Belgique, rue de Tilsitt. Quarante-cinq minutes plus tard, le Ministre des Affaires économiques Wilfrid Baumgartner et son épouse viennent les chercher pour une réception à la Chambre de Commerce de Paris. Ils y sont également salués par le Secrétaire d’État au Commerce intérieur Joseph Fontanet et le président de la Chambre de Commerce Georges Desbrières.




Le soir, c'est au tour du couple royal d'offrir un dîner au président de Gaulle. Celui-ci a lieu à la résidence de l'ambassadeur de Belgique dans l'Hôtel de La Marck, rue de Surène. Ensuite, les invités sont conviés à une soirée de gala au Théâtre national de l'Opéra avec au programme le 3e acte du Lac des Cygnes avec Claude Bessy et Attilo Labis. A leur arrivée, la Garde républicaine rend les honneurs. Le couple royal retrouve alors le couple Malraux et se fait présenter M. Julien, administrateur-général de la Réunion des Théâtres Lyriques Nationaux. Pendant l'entracte, les deux couples se rendent au Musée de l'Opéra où M. Julien leur présente dans la rotonde de la bibliothèque les danseurs et les danseuses étoiles du corps de ballet. A la fin de la soirée, au moment de quitter la loge présidentielle, la reine Fabiola est prise d'étourdissements. Déjà avant d'entamer cette visite, il était question dans la presse belge d'une possible grossesse.


Collection personnelle Valentin Dupont

Le vendredi 26, la reine Fabiola reste dans ses appartements. Le général de Gaulle lui envoie un médecin et un communiqué officiel fait état de « coliques néphrétiques ». Deux semaines plus tard, le couple royal se rendra en audience auprès du pape Jean XIII et ce dernier indiquera maladroitement à la presse que la souveraine est belle et bien enceinte. Hélas, cette grossesse, comme plusieurs autres, se soldera par une fausse couche... La visite prévue avec Mme de Gaulle de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul est donc annulée. Le roi Baudouin se rend, lui, en matinée à l'usine des automobiles Simca à Poissy avec le Ministre de l'Industrie et du Commerce Jean-Marcel Jeanneney.

Aux alentours de midi, le Ministre de l'Information Roger Frey et son épouse arrivent à l'hôtel du ministre des Affaires étrangères et emmènent le Roi à l'hôtel de ville où l'attend une réception. Il est accueilli par Julien Tardieu, président du Conseil municipal. Les membres du Conseil lui sont présentés dans le Salon des Tapisseries puis il signe le livre d'or. La réception se poursuit dans la Salle des Fêtes où les hymnes nationaux retentissent et où le président Tardieu prononce un discours, auquel le Roi répond. C'est à l'Hôtel de Lauzun qu'un déjeuner est offert par le Conseil municipal en l'honneur du souverain belge. 

En après-midi, le roi Baudouin visite la Fondation Biermans-Lapôtre, une résidence de la cité international universitaire de Paris qui accueille en priorité des étudiants belges, ainsi que des Luxembourgeois. Avec l'ambassadeur belge, le baron Jaspar, il quitte la fondation près d'une demi-heure plus tard pour une réception à l'ambassade de Belgique, l'occasion de rencontrer la colonie belge. 

Une nouvelle soirée de gala attend le souverain, cette fois-ci dans le cadre magnifique du château de Versailles et de ses grandes eaux. Il a d'ailleurs l'occasion de rencontrer l'architecte et le conservateur en chef du musée avant de signer le livre d'or. Après la traditionnelle présentation des multiples invités, c'est la célèbre Galerie des Glaces qui sert d'écrin au dîner. Des rumeurs d'attentat planant sur le général de Gaulle, les photographes y sont tout d'abord interdits puis pénètrent dans la salle après l'intervention de Claude de Valkeneer, attaché de presse du Palais. Ensuite, le Roi se retire avec le couple présidentiel dans le Salon de la Pendule, avant de se rendre à l'Opéra Louis XV pour une représentation. Durant l'entracte, le roi Baudouin retrouve M. Julien qui lui présente, dans le vestibule d'entrée, les artistes du spectacle. C'est vers minuit que le souverain belge prend congé de ses hôtes. 

Le 27 mai, le couple royal se rend en matinée à l’Élysée afin de saluer une dernière fois le couple présidentiel avant de regagner la Belgique. Baudouin et Fabiola prennent tout d'abord congé des présidents des assemblées, des membres du gouvernement et d'autres personnalités dans le Salon des Ambassadeurs. Les deux chefs d’État se rendent ensuite au drapeau, accompagnés du Premier ministre Michel Debré et du Ministre des Armées Pierre Messmer, tandis que les hymnes se succèdent. Le général de Gaulle reconduit le Roi à sa voiture qui démarre à 10h15. Avant de mettre un terme à cette visite d’État, le roi Baudouin se rend encore au Centre d’Études Nucléaires à Saclay et visite les installations. A 11h45, il arrive à l'aéroport de Villacoublay, où la reine le rejoint. Le couple embarque donc dans un avion à destination du royaume, c'est en tout cas la version du programme officiel puisque d'autres sources indiquent que Baudouin et Fabiola n'auraient regagné la Belgique que le dimanche.


Photo : Sipa Press
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- Voyage en France de Leurs Majestés le Roi et la Reine des Belges. Programme du Voyage du 24 au 27 mai 1961, Paris, Papeterie Vendôme, Collection privée Valentin Dupont
- DE LOBKOWICZ Stéphane (1994), Baudouin. Biographie, Braine l'Alleud, Éditions J.-M. Collet, pp. 193-194
- DE VALKENEER Claude (2002), De Cour à jardin. 30 ans au Palais royal, Bruxelles, Éditions Racine, p. 85
- MICHELLAND Antoine et SÉGUY Philippe (1995), Fabiola. La reine blanche, Paris, Bayard Éditions, pp. 129-132
- STENGERS Jean (1992), L'action du Roi en Belgique depuis 1831. Pouvoir et influence, Paris - Louvain-la-Neuve, Éditions Duculot, pp. 215-217